Opinion
12 Janvier 2026
Le rêve d’une Amérique unifiée
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En décembre 2024, j’ai fait paraître dans les journaux francophones de la province un texte d’opinion intitulé «Usurpation d’une identité continentale», où je dénonçais la pratique établie aux États-Unis de s’identifier comme Américains et d’utiliser le nominatif «America» pour désigner leur pays. Je soutenais que le nom d’Amérique n’appartenait pas davantage aux États-Unis qu’au Canada ou aux 22 autres États indépendants formant le continent constitué par les trois Amériques.
Je ne soupçonnais pas alors que l’attitude autocratique de Donald Trump était plus que capricieuse et symbolique et que ses rêves d’expansion étaient autres qu’oniriques. À ce moment, je déplorais aussi que les 23 autres pays d’Amérique maintinssent à ce sujet un silence gênant, révélant leur soumission à cette réalité comme si elle allait de soi.
Mais les agissements récents du président Trump ont levé le rideau et allumé les phares sur ses intentions réelles dissimulées dans ses propos que l’on avait pu croire anodins. Il faut désormais se rendre à l’évidence qu’il ambitionne sérieusement de regrouper les Amériques du Nord et Centrale en un seul territoire sous sa gouvernance.
Par ses interventions militaires depuis 2024 en Irak et en Iran, en Syrie, au Yémen et au Nigeria, contrevenant au droit international de l’ONU et à la Convention de son propre pays, Donald Trump a d’abord voulu établir sa puissance incontestable aux yeux de tous, transmettant un avertissement au reste du monde que ni l’OTAN, ni aucune autre puissance mondiale ne pouvait rien contre lui.
Subséquemment, il fait connaître par bribes d’informations habilement éparses via son réseau Truth Social son intention de prendre le contrôle de l’État du Venezuela et de l’administrer à son avantage, entendons économique. Son récent coup militaire en ce pays n’en constitue que la première étape. L’invasion va se continuer. Et il ne faut pas se leurrer. Nous aurions tort de ne pas soupçonner que la Colombie et les autres pays de l’Amérique centrale sont inclus dans sa mire.
Garantir la sécurité des États-Unis en menant une lutte aux cartels de la drogue, raison qu’il avance comme justification de son agression, n’est que de la poudre aux yeux qui n’aveugle que ses partisans. Le reste du monde décèle bien là une tentative de tromperie naïve et de la foutaise pour masquer ses véritables intentions, qui sont de prendre le contrôle des immenses ressources énergétiques de ces pays. Entre-temps, «l’Empereur auto-proclamé» continue de lorgner du côté du Mexique et du Canada comme territoires à annexer, ce qui ferait de l’Amérique trumpienne le plus grand et le plus puissant pays du monde.
Mais cela ne suffit pas encore. La cerise sur le gâteau : le Groenland, considéré lui aussi comme faisant partie du continent de l’Amérique du Nord. Le hic, c’est qu’il est la propriété du Danemark, un pays membre fondateur de l’OTAN. Mais ce que Trump veut, Trump prend. Reste à savoir par quel moyen s’effectuera l’appropriation. La raison évoquée pour cette intention d’intrusion, toujours une question de sécurité pour les États-Unis : une protection contre la Russie et la Chine, dont la présence accrue dans l’Océan arctique inquiète.
En rétrospective, la réaction de Donald Trump à la guerre en Ukraine au moment de son accession au pouvoir après les élections du 5 novembre 2024 m’apparaît plus logique. Il a évité de condamner formellement l’action de Poutine au nom du droit international. Peut-être nourrissait-il déjà lui-même de semblables projets dans son propre coin de l’hémisphère.
Advenant que ses rêves d’une Amérique du Nord et Centrale unifiée se réalisent, pourquoi s’arrêterait-il là? S’étendrait sans doute alors dans sa vision le vaste territoire de l’Amérique du Sud, qui porte déjà commodément le nom d’Amérique. Pourquoi se gênerait-il pour l’annexer au reste de son nouveau territoire? La justification, réelle ou fictive, serait sûrement au rendez-vous.
J'ai du mal à croire que les autres pays du monde, ceux de l’Europe et de l’Asie en particulier, ne se sentent pas menacés par les agirs inqualifiables de Trump. Oseront-ils finalement s’y opposer de façon claire et sans équivoque?
Cyrille Sippley
Saint-Louis-de-Kent
Je ne soupçonnais pas alors que l’attitude autocratique de Donald Trump était plus que capricieuse et symbolique et que ses rêves d’expansion étaient autres qu’oniriques. À ce moment, je déplorais aussi que les 23 autres pays d’Amérique maintinssent à ce sujet un silence gênant, révélant leur soumission à cette réalité comme si elle allait de soi.
Mais les agissements récents du président Trump ont levé le rideau et allumé les phares sur ses intentions réelles dissimulées dans ses propos que l’on avait pu croire anodins. Il faut désormais se rendre à l’évidence qu’il ambitionne sérieusement de regrouper les Amériques du Nord et Centrale en un seul territoire sous sa gouvernance.
Par ses interventions militaires depuis 2024 en Irak et en Iran, en Syrie, au Yémen et au Nigeria, contrevenant au droit international de l’ONU et à la Convention de son propre pays, Donald Trump a d’abord voulu établir sa puissance incontestable aux yeux de tous, transmettant un avertissement au reste du monde que ni l’OTAN, ni aucune autre puissance mondiale ne pouvait rien contre lui.
Subséquemment, il fait connaître par bribes d’informations habilement éparses via son réseau Truth Social son intention de prendre le contrôle de l’État du Venezuela et de l’administrer à son avantage, entendons économique. Son récent coup militaire en ce pays n’en constitue que la première étape. L’invasion va se continuer. Et il ne faut pas se leurrer. Nous aurions tort de ne pas soupçonner que la Colombie et les autres pays de l’Amérique centrale sont inclus dans sa mire.
Garantir la sécurité des États-Unis en menant une lutte aux cartels de la drogue, raison qu’il avance comme justification de son agression, n’est que de la poudre aux yeux qui n’aveugle que ses partisans. Le reste du monde décèle bien là une tentative de tromperie naïve et de la foutaise pour masquer ses véritables intentions, qui sont de prendre le contrôle des immenses ressources énergétiques de ces pays. Entre-temps, «l’Empereur auto-proclamé» continue de lorgner du côté du Mexique et du Canada comme territoires à annexer, ce qui ferait de l’Amérique trumpienne le plus grand et le plus puissant pays du monde.
Mais cela ne suffit pas encore. La cerise sur le gâteau : le Groenland, considéré lui aussi comme faisant partie du continent de l’Amérique du Nord. Le hic, c’est qu’il est la propriété du Danemark, un pays membre fondateur de l’OTAN. Mais ce que Trump veut, Trump prend. Reste à savoir par quel moyen s’effectuera l’appropriation. La raison évoquée pour cette intention d’intrusion, toujours une question de sécurité pour les États-Unis : une protection contre la Russie et la Chine, dont la présence accrue dans l’Océan arctique inquiète.
En rétrospective, la réaction de Donald Trump à la guerre en Ukraine au moment de son accession au pouvoir après les élections du 5 novembre 2024 m’apparaît plus logique. Il a évité de condamner formellement l’action de Poutine au nom du droit international. Peut-être nourrissait-il déjà lui-même de semblables projets dans son propre coin de l’hémisphère.
Advenant que ses rêves d’une Amérique du Nord et Centrale unifiée se réalisent, pourquoi s’arrêterait-il là? S’étendrait sans doute alors dans sa vision le vaste territoire de l’Amérique du Sud, qui porte déjà commodément le nom d’Amérique. Pourquoi se gênerait-il pour l’annexer au reste de son nouveau territoire? La justification, réelle ou fictive, serait sûrement au rendez-vous.
J'ai du mal à croire que les autres pays du monde, ceux de l’Europe et de l’Asie en particulier, ne se sentent pas menacés par les agirs inqualifiables de Trump. Oseront-ils finalement s’y opposer de façon claire et sans équivoque?
Cyrille Sippley
Saint-Louis-de-Kent
