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28 Mai 2025
Des agriculteurs de Kent inquiets pour leurs contrats avec Food Dépôt Alimentaire
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Alors que les semis sont déjà bien avancés dans les champs du sud-est du Nouveau-Brunswick, plusieurs fermes locales partenaires de Food Dépôt alimentaire ignorent toujours si elles seront payées pour leurs récoltes destinées aux banques alimentaires. En cause: une coupe de 50 % dans le financement gouvernemental de l’organisme, qui met en péril un programme axé sur l’approvisionnement local en produits frais.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
Plusieurs agriculteurs du sud-est du Nouveau-Brunswick attendent de savoir s'ils seront payés pour les produits qu'ils ont déjà plantés pour les banques alimentaires de la région de Moncton cette année.
Les entreprises agricoles concernées sont la Ferme L’Hirondelle à Sainte-Marie-de-Kent (Champdoré), la Ferme Mame & Pepe à Richibucto-Village (District rural de Kent), la Ferme Coopérative Terre Partagée à Rogersville (Nouvelle-Arcadie) et la ferme Alva Farm à Saint-Maurice (Grand-Bouctouche).
Sarah Smith, coordonnatrice administrative du programme Fresh Local Food, les a averties que Food Dépôt Alimentaire pourrait annuler un contrat de 75 000 $ conclu avec eux en raison d'un manque de fonds provinciaux.
En verti de ce programme, ces quatre fermes fournissent des produits frais directement au Centre alimentaire communautaire Peter McKee et à la banque alimentaire Second Mile par le biais d'un contrat avec Food Dépôt Alimentaire, basé à Moncton.
En 2023, ce sont plus de 21 000 livres de légumes frais, allant des pois mange-tout aux carottes, qui ont été distribuées grâce à ce programme.
Mais cette année, l’accord de 75 000 dollars signé en février avec Food Dépôt alimentaire est suspendu. Pour ces producteurs, il s’agit d’une mauvaise nouvelle qui met leur saison en péril.
«C’est vraiment à la dernière minute. Si on l’avait su en janvier, on aurait peut-être pris d’autres décisions. Là, on se demande si tout ce qu’on a mis en place était en vain», déplore Rébeka Frazer-Chiasson, de la Ferme Coopérative Terre Partagée.
Un soutien structurant pour l’agriculture locale
Le programme représentait une source de stabilité pour ces petites exploitations. Selon Sarah Smith, ce financement leur permettait de sécuriser une partie de leur saison et de couvrir d’emblée des étapes cruciales: planification des cultures, préparation des champs, semences, entretien, embauche de main-d’œuvre, transport.
«Être payé à l’avance, c’est la différence entre pouvoir travailler sereinement ou craindre de ne pas payer ses employés», résume Mme Smith, elle-même ancienne agricultrice biologique à Sackville.
Certaines fermes participantes estiment que ce contrat représente jusqu’à 25% de leurs revenus annuels, mais pour Shelley Shantz, de la Ferme l’Hirondelle, les données sont pires. En cas de non-renouvellement de l’accord, c’est 90% de son revenu agricole pour cette année qui pourrait partir en fumée.
«J'aurais également perdu de l'argent déjà investi, car la majeure partie de notre investissement dans la saison se fait avant même le début de la culture. (…) En raison des besoins précis des clients du dépôt alimentaire, nous avons planifié de grandes quantités de cultures spécifiques. Il est donc trop tard pour s'orienter vers d'autres voies, comme les marchés, les services de boîtes, etc.»
Dans une déclaration cosignée par Tammy Scott-Wallace, porte-parole en matière d’Agriculture, d’Aquaculture et de Pêches, et Margaret Johnson, porte-parole en matière de Développement social, l’opposition officielle conservatrice a enjoint le gouvernement Holt d’annuler la coupure.
«Ce n'est pas seulement un choc pour ceux qui font face à l'insécurité alimentaire, c'est aussi un impact sur les agriculteurs locaux dont nous cherchons à mettre les produits dans les mains et les ventres des Néo-Brunswickois et sur les tables des familles locales. (…) Plutôt que d'envoyer un ministre pour défendre et expliquer une réduction qui représente 0,007% de son budget de 14,3 milliards de dollars, la première ministre Holt doit annuler cette coupure immédiatement», ont-elles indiqué dans un communiqué publié mercredi dernier.
Un organisme fragilisé par la baisse de soutien public
Le directeur général de Food Dépôt alimentaire, Stéphane Sirois, confirme que plusieurs contrats d’achat de nourriture ont été «mis en pause» en attendant des réponses du gouvernement. L’organisme, qui dessert 67 banques alimentaires et cuisines communautaires au Nouveau-Brunswick, a vu son budget d’achat exploser de 1400 % ces dernières années, à cause d’une demande grandissante.
En 2022 et 2023, Fredericton avait accordé à Food Dépôt un financement exceptionnel de 2 millions de dollars par an, dans la foulée de la pandémie. Cette année, l’aide a été amputée de moitié, ramenée à un million. Et la moitié seulement du budget de 5 millions nécessaire pour répondre à la demande a pu être confirmée.
«Pour l’instant, nous concentrons nos ressources sur l’achat de nourriture pour une distribution immédiate», indique M. Sirois, qui précise que des pourparlers sont en cours avec plusieurs ministères ainsi qu’avec des partenaires privés.
La première ministre Susan Holt a déclaré la semaine dernière que son gouvernement souhaitait parvenir à une entente de financement renouvelée. «ll y a absolument plus de fonds à leur disposition», a-t-elle assuré, tout en restant vague sur l’échéancier.
Des répercussions humaines
Du côté des banques alimentaires, la consternation règne. À Moncton, Christopher Pellerin, président du conseil d’administration de la banque alimentaire Deuxième Chance, a été informé de la situation par les fermiers eux-mêmes.
«Ce sont des centaines et des centaines de livres de nourriture qu’on n’aura pas. Eh oui, ça fait une énorme différence», insiste-t-il.
Pour Sarah Smith, ce programme ne faisait pas que remplir des ventres. Il nourrissait aussi la dignité.
«Certains clients nous disaient que ça les rendait fiers. Ils avaient l’impression de faire partie du circuit alimentaire de leur communauté, de connaître les agriculteurs qui les nourrissent. Cela améliorait le moral, au-delà du simple accès à des légumes.»
Vers un financement pluriannuel?
Pour éviter que la situation ne se reproduise l’an prochain, Food Dépôt alimentaire espère conclure une entente pluriannuelle avec le gouvernement, à l’image de celle déjà signée pour le programme des petits-déjeuners scolaires.
«Il n’y a aucune raison pour qu’on ne puisse pas faire la même chose pour soutenir l’achat de nourriture pour les banques alimentaires», plaide Stéphane Sirois.
En attendant, les plants poussent, les contrats stagnent, et la communauté agricole retient son souffle. À l’attente angoissante s’ajoute un stress lié aux conditions météorologiques qui peuvent avoir un impact négatif sur les cultures.
«Si l'accord se concrétise, nous serons très soulagés, mais cela aura exercé une pression énorme sur nous», se désole Shelley Santz.
Le recours aux banques alimentaires atteint des sommets
Selon le rapport Bilan-Faim 2024 de Banques alimentaires Canada, le nombre de visites aux banques alimentaires a atteint un niveau record en mars 2024, avec plus de 2 millions de visites enregistrées. Ce chiffre représente une augmentation de 90% par rapport à mars 2019.
Statistiques clés au Canada :
• Près de 700 000 visites mensuelles concernent des enfants de moins de 18 ans, représentant 33% des usagers.
• Environ 70% des clients vivent dans des logements locatifs au prix du marché.
• Près de 40% des usagers dépendent de l’aide sociale provinciale comme principale source de revenu.
• 32% des clients sont des nouveaux arrivants au Canada depuis moins de 10 ans.
• Les principaux facteurs expliquant le recours accru aux banques alimentaires incluent la hausse du coût des aliments (39,7%), le coût du logement (13,4%) et des prestations sociales insuffisantes (12,4%).
Situation au Nouveau-Brunswick :
En 2023, les banques alimentaires de la province ont enregistré 29 846 visites, dont 10 322 concernaient des enfants. Parmi les usagers, 43,7% étaient des bénéficiaires de l'aide sociale, tandis que 13,8% avaient l'emploi comme source de revenu principale.
Cette situation met en lumière la fragilité du système d'approvisionnement alimentaire pour les populations vulnérables et souligne l'importance d'un soutien financier stable pour les organismes communautaires et les agriculteurs locaux.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
Plusieurs agriculteurs du sud-est du Nouveau-Brunswick attendent de savoir s'ils seront payés pour les produits qu'ils ont déjà plantés pour les banques alimentaires de la région de Moncton cette année.
Les entreprises agricoles concernées sont la Ferme L’Hirondelle à Sainte-Marie-de-Kent (Champdoré), la Ferme Mame & Pepe à Richibucto-Village (District rural de Kent), la Ferme Coopérative Terre Partagée à Rogersville (Nouvelle-Arcadie) et la ferme Alva Farm à Saint-Maurice (Grand-Bouctouche).
Sarah Smith, coordonnatrice administrative du programme Fresh Local Food, les a averties que Food Dépôt Alimentaire pourrait annuler un contrat de 75 000 $ conclu avec eux en raison d'un manque de fonds provinciaux.
En verti de ce programme, ces quatre fermes fournissent des produits frais directement au Centre alimentaire communautaire Peter McKee et à la banque alimentaire Second Mile par le biais d'un contrat avec Food Dépôt Alimentaire, basé à Moncton.
En 2023, ce sont plus de 21 000 livres de légumes frais, allant des pois mange-tout aux carottes, qui ont été distribuées grâce à ce programme.
Mais cette année, l’accord de 75 000 dollars signé en février avec Food Dépôt alimentaire est suspendu. Pour ces producteurs, il s’agit d’une mauvaise nouvelle qui met leur saison en péril.
«C’est vraiment à la dernière minute. Si on l’avait su en janvier, on aurait peut-être pris d’autres décisions. Là, on se demande si tout ce qu’on a mis en place était en vain», déplore Rébeka Frazer-Chiasson, de la Ferme Coopérative Terre Partagée.
Un soutien structurant pour l’agriculture locale
Le programme représentait une source de stabilité pour ces petites exploitations. Selon Sarah Smith, ce financement leur permettait de sécuriser une partie de leur saison et de couvrir d’emblée des étapes cruciales: planification des cultures, préparation des champs, semences, entretien, embauche de main-d’œuvre, transport.
«Être payé à l’avance, c’est la différence entre pouvoir travailler sereinement ou craindre de ne pas payer ses employés», résume Mme Smith, elle-même ancienne agricultrice biologique à Sackville.
Certaines fermes participantes estiment que ce contrat représente jusqu’à 25% de leurs revenus annuels, mais pour Shelley Shantz, de la Ferme l’Hirondelle, les données sont pires. En cas de non-renouvellement de l’accord, c’est 90% de son revenu agricole pour cette année qui pourrait partir en fumée.
«J'aurais également perdu de l'argent déjà investi, car la majeure partie de notre investissement dans la saison se fait avant même le début de la culture. (…) En raison des besoins précis des clients du dépôt alimentaire, nous avons planifié de grandes quantités de cultures spécifiques. Il est donc trop tard pour s'orienter vers d'autres voies, comme les marchés, les services de boîtes, etc.»
Dans une déclaration cosignée par Tammy Scott-Wallace, porte-parole en matière d’Agriculture, d’Aquaculture et de Pêches, et Margaret Johnson, porte-parole en matière de Développement social, l’opposition officielle conservatrice a enjoint le gouvernement Holt d’annuler la coupure.
«Ce n'est pas seulement un choc pour ceux qui font face à l'insécurité alimentaire, c'est aussi un impact sur les agriculteurs locaux dont nous cherchons à mettre les produits dans les mains et les ventres des Néo-Brunswickois et sur les tables des familles locales. (…) Plutôt que d'envoyer un ministre pour défendre et expliquer une réduction qui représente 0,007% de son budget de 14,3 milliards de dollars, la première ministre Holt doit annuler cette coupure immédiatement», ont-elles indiqué dans un communiqué publié mercredi dernier.
Un organisme fragilisé par la baisse de soutien public
Le directeur général de Food Dépôt alimentaire, Stéphane Sirois, confirme que plusieurs contrats d’achat de nourriture ont été «mis en pause» en attendant des réponses du gouvernement. L’organisme, qui dessert 67 banques alimentaires et cuisines communautaires au Nouveau-Brunswick, a vu son budget d’achat exploser de 1400 % ces dernières années, à cause d’une demande grandissante.
En 2022 et 2023, Fredericton avait accordé à Food Dépôt un financement exceptionnel de 2 millions de dollars par an, dans la foulée de la pandémie. Cette année, l’aide a été amputée de moitié, ramenée à un million. Et la moitié seulement du budget de 5 millions nécessaire pour répondre à la demande a pu être confirmée.
«Pour l’instant, nous concentrons nos ressources sur l’achat de nourriture pour une distribution immédiate», indique M. Sirois, qui précise que des pourparlers sont en cours avec plusieurs ministères ainsi qu’avec des partenaires privés.
La première ministre Susan Holt a déclaré la semaine dernière que son gouvernement souhaitait parvenir à une entente de financement renouvelée. «ll y a absolument plus de fonds à leur disposition», a-t-elle assuré, tout en restant vague sur l’échéancier.
Des répercussions humaines
Du côté des banques alimentaires, la consternation règne. À Moncton, Christopher Pellerin, président du conseil d’administration de la banque alimentaire Deuxième Chance, a été informé de la situation par les fermiers eux-mêmes.
«Ce sont des centaines et des centaines de livres de nourriture qu’on n’aura pas. Eh oui, ça fait une énorme différence», insiste-t-il.
Pour Sarah Smith, ce programme ne faisait pas que remplir des ventres. Il nourrissait aussi la dignité.
«Certains clients nous disaient que ça les rendait fiers. Ils avaient l’impression de faire partie du circuit alimentaire de leur communauté, de connaître les agriculteurs qui les nourrissent. Cela améliorait le moral, au-delà du simple accès à des légumes.»
Vers un financement pluriannuel?
Pour éviter que la situation ne se reproduise l’an prochain, Food Dépôt alimentaire espère conclure une entente pluriannuelle avec le gouvernement, à l’image de celle déjà signée pour le programme des petits-déjeuners scolaires.
«Il n’y a aucune raison pour qu’on ne puisse pas faire la même chose pour soutenir l’achat de nourriture pour les banques alimentaires», plaide Stéphane Sirois.
En attendant, les plants poussent, les contrats stagnent, et la communauté agricole retient son souffle. À l’attente angoissante s’ajoute un stress lié aux conditions météorologiques qui peuvent avoir un impact négatif sur les cultures.
«Si l'accord se concrétise, nous serons très soulagés, mais cela aura exercé une pression énorme sur nous», se désole Shelley Santz.
Le recours aux banques alimentaires atteint des sommets
Selon le rapport Bilan-Faim 2024 de Banques alimentaires Canada, le nombre de visites aux banques alimentaires a atteint un niveau record en mars 2024, avec plus de 2 millions de visites enregistrées. Ce chiffre représente une augmentation de 90% par rapport à mars 2019.
Statistiques clés au Canada :
• Près de 700 000 visites mensuelles concernent des enfants de moins de 18 ans, représentant 33% des usagers.
• Environ 70% des clients vivent dans des logements locatifs au prix du marché.
• Près de 40% des usagers dépendent de l’aide sociale provinciale comme principale source de revenu.
• 32% des clients sont des nouveaux arrivants au Canada depuis moins de 10 ans.
• Les principaux facteurs expliquant le recours accru aux banques alimentaires incluent la hausse du coût des aliments (39,7%), le coût du logement (13,4%) et des prestations sociales insuffisantes (12,4%).
Situation au Nouveau-Brunswick :
En 2023, les banques alimentaires de la province ont enregistré 29 846 visites, dont 10 322 concernaient des enfants. Parmi les usagers, 43,7% étaient des bénéficiaires de l'aide sociale, tandis que 13,8% avaient l'emploi comme source de revenu principale.
Cette situation met en lumière la fragilité du système d'approvisionnement alimentaire pour les populations vulnérables et souligne l'importance d'un soutien financier stable pour les organismes communautaires et les agriculteurs locaux.
