Quand les Mi’kmaq écrivent l’histoire : un premier conseil paritaire à Elsipogtog
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Dans la Première Nation d’Elsipogtog, un équilibre ancien trouve aujourd’hui une expression politique contemporaine. Pour la première fois, le conseil de bande de la communauté présente une représentation égale entre femmes et hommes — une réalité qui, pour plusieurs, dépasse la simple arithmétique. Pour Susan Levi-Peters, première femme à avoir dirigé le conseil de bande, cet équilibre relevait d’un idéal. Sa communauté l’a concrétisé.
Damien Dauphin
Le Moniteur Acadien – IJL
L’inauguration de ce conseil historique a eu lieu le 30 mars dernier, en présence du Moniteur acadien. Sans compter le chef, la plus importante communauté Mi’kmaq du Canada atlantique accède ainsi à une forme de gouvernance qui résonne avec ses enseignements traditionnels.
Tenant une plume d’aigle, la conseillère Nerissa Augustine est assermentée par le juge D. Troy Sweet. (Photo : Damien Dauphin)
Ancrée dans les traditions autochtones, la cérémonie s’est ouverte par une prière des aînés Kenneth Francis et Donna Augustine. Le chef Arren Sock puis les membres du conseil — Nerissa Augustine, Teagan Copage, Cameron Francis, Joe Jacob Francis, Amber Joseph, Sandi Joseph, Dean Levi, Sharona Levi, Keyona Milliea, Jody Millier, Stephanie Simon et Zachary Simon — ont ensuite été assermentés par le juge D. Troy Sweet.
Mais au-delà du protocole, ce sont les paroles et les symboles qui ont donné à l’événement sa profondeur.
L’aîné Bo Augustine a rappelé que le leadership ne se mesure pas seulement à la compétence, mais à la capacité d’agir et d’en assumer les conséquences. «Gardez le cap sur vos responsabilités et votre sens du devoir», a-t-il insisté, évoquant l’héritage laissé aux générations futures comme véritable mesure de l’engagement.
L’aigle, symbole d’équilibre
Pour comprendre la portée de cette parité, il faut se tourner vers les enseignements transmis lors de la cérémonie.
Pour l’aîné Donna Augustine, la composition du conseil de bande représente un équilibre harmonieux. (Photo : Damien Dauphin)
L’aînée Donna Augustine a expliqué la symbolique de l’aigle — le Gitpu — figure centrale des traditions autochtones.
«Lorsque l’aigle plane, il nous rappelle de nous unir autour d’un cercle où chacun a de la valeur. Personne n’est supérieur, personne n’est inférieur», a-t-elle indiqué.
Dans cette vision, les hommes et les femmes ne sont pas opposés, mais complémentaires: les uns, protecteurs et pourvoyeurs; les autres, nourricières et gardiennes de la vie. Ensemble, ils forment un équilibre essentiel.
«Il faut à la fois l’homme et la femme», a-t-elle résumé, évoquant également la reconnaissance des identités «deux esprits» comme partie intégrante de cet équilibre.
Une gouvernance qui reflète les valeurs
Dans ce contexte, la parité observée au sein du conseil prend un sens particulier.
«L’équilibre», réitère Donna Augustine. «Les femmes entendront la voix des hommes, mais elles seront là pour maintenir cet équilibre. Et elles travailleront ensemble […] pour le bien de notre peuple.»
Le chef Arren Sock, qui entame sa 15e année à la tête de la communauté, y voit lui aussi une évolution naturelle. Il entend poursuivre le développement d’une économie autosuffisante, dans une approche alignée avec les besoins et les valeurs de la communauté.
Du côté des élues, l’idée d’une collaboration renforcée ressort également. «Avec cet équilibre, nous pourrons travailler ensemble plus efficacement», estime la conseillère Amber Joseph, qui entame un deuxième mandat.
À Elsipogtog, la parité ne se limite pas à une représentation équitable. Elle s’inscrit dans une conception plus large du vivre-ensemble, où le politique rejoint le culturel et le spirituel.
Ce conseil de bande paritaire marque ainsi un moment charnière, non seulement pour la communauté, mais aussi comme reflet d’une gouvernance enracinée dans des valeurs anciennes, réaffirmées dans le présent.
De gauche à droite : Zachary Simon, Jody Millier, Cameron Francis, Joe Jacob Francis, Teagan Copage, Dean Levi, le chef Arren Sock, Stephanie Simon, Amber Joseph (premier plan), Sandi Joseph (derrière), Keyona Milliea, Sharona Levi et Nerissa Augustine. (Photo : Damien Dauphin)
