Beaurivage : unité, gouvernance et tensions en toile de fond
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Trois candidats dont deux Acadiens briguent la mairie de Beaurivage: Danielle Dugas, dernier maire de Saint-Louis-de-Kent avant l’amalgamation, et Gabriel Comeau. Unilingue anglophone, Brian Stevens n’était pas présent lors de l’émission Parle Parle Jase Jase (PPJJ) à la radio CJSE, mardi 21 avril.
Damien Dauphin
Le Moniteur Acadien – IJL
Gabriel Comeau : dialogue et prudence budgétaire
Gabriel Comeau
Originaire de Saint-Louis et résident de Richibucto, Gabriel Comeau met de l’avant une approche axée sur l’écoute et la gestion prudente des finances municipales.
«Je ne suis pas là pour vous mener, mais pour vous représenter», a-t-il affirmé, insistant sur l’importance du dialogue avec les citoyens avant toute décision majeure.
Il souhaite notamment renforcer la transparence des décisions municipales et s’assurer que les dépenses répondent à des besoins réels. Parmi ses priorités figurent également le développement touristique régional, la création d’espaces pour les artisans et la question du logement abordable.
Le candidat a aussi exprimé des réserves quant à la politique linguistique proposée l’an dernier, estimant qu’elle ne tenait pas suffisamment compte de l’ensemble des résidents. «Ce ne serait pas mon but de la ramener à la table», a-t-il indiqué, tout en se disant ouvert à en discuter si le conseil le souhaite.
Danielle Dugas : expérience et cohésion communautaire
Danielle Dugas
Ancienne édile de Saint-Louis-de-Kent pendant une décennie, Danielle Dugas met de l’avant son expérience municipale dans un contexte marqué par les défis de l’amalgamation.
«La mission pour moi, ça serait que Beaurivage puisse être une communauté qui soit unie», a-t-elle expliqué, évoquant un sentiment de «déconnexion» entre certains secteurs de la nouvelle municipalité.
Elle insiste sur l’importance de renforcer le sentiment d’appartenance et de travailler à une meilleure cohésion entre les anciens territoires. Sur la question linguistique, elle rappelle que la politique débattue relevait d’un cadre administratif, visant la diffusion de l’information municipale, et non la vie quotidienne des citoyens.
«Ça n’affecte pas la vie de tous les jours», a-t-elle précisé, sans s’engager à le réactiver et en précisant que le dossier devrait être abordé collectivement par le conseil.
Une controverse qui s’invite dans la campagne
L’émission a été marquée par une question d’un membre du public concernant une lettre adressée en début d’année au ministre des Gouvernements locaux, cosignée notamment par Gabriel Comeau, dans laquelle des citoyens exprimaient des préoccupations quant au fonctionnement de la nouvelle municipalité. D’autres cosignataires sont candidats à des postes de conseillers municipaux aux présentes élections.
Interpellé à ce sujet, M. Comeau a expliqué qu’il ne s’agissait pas d’un appel à la division, mais d’une démarche visant à attirer l’attention du gouvernement sur certaines frustrations.
«Mon but n’est pas de séparer Beaurivage», a-t-il affirmé, ajoutant qu’une telle décision relèverait ultimement de la population et du conseil municipal.
Cette prise de position soulève néanmoins des questions quant à l’avenir institutionnel de la municipalité, dans un contexte où la réforme de la gouvernance locale demeure récente et où les mécanismes permettant d’éventuelles modifications territoriales restent encadrés par la législation provinciale.
Identité et perceptions
Les échanges ont également mis en lumière certaines tensions entre les secteurs qui composent aujourd’hui Beaurivage.
Danielle Dugas a évoqué des perceptions de déséquilibre entre les anciens territoires, notamment en ce qui concerne certains projets d’infrastructures. Elle a rappelé que des investissements comme le centre Aquakent avaient été planifiés avant l’amalgamation, indépendamment de la nouvelle structure municipale.
Dans ce contexte, la candidate insiste sur l’importance d’une gouvernance équitable et d’une communication claire afin de réduire les incompréhensions.
Deux approches face à un même défi
Au terme des échanges, deux visions se dessinent: l’une axée sur la consultation et la prudence financière, l’autre sur l’expérience municipale et la consolidation d’une communauté encore en construction.
Dans les deux cas, le défi demeure le même: faire de Beaurivage une municipalité pleinement fonctionnelle et rassembleuse, malgré les tensions héritées de sa création.
L’émission complète est disponible en rediffusion sur le site du Moniteur Acadien.
La « sécession » municipale, un parcours semé d’embûches juridiques
Bien que la question de la division ou du détachement d'un secteur revienne parfois dans les débats à Beaurivage, la législation provinciale n’offre aucun mécanisme de « divorce » automatique pour les municipalités issues de la réforme de 2021-2023.
Ce que prévoit la loi : La Loi sur la gouvernance locale (LGL) est la référence en la matière. Selon les articles 12 à 14, seul le Lieutenant-gouverneur en conseil (le Cabinet provincial) a le pouvoir de modifier les limites territoriales d’une municipalité, sur recommandation du ministre des Gouvernements locaux.
Pour qu’une telle demande soit seulement considérée, le ministère exige généralement :
- Une demande formelle :Bien qu'un groupe de citoyens puisse pétitionner, le processus est normalement initié par une résolution du conseil municipal.
- Une étude de faisabilité :Le ministre peut nommer un commissaire pour analyser l'impact d'un changement de limites.
- La preuve de viabilité :L’entité qui souhaiterait se détacher doit prouver qu’elle possède l’assiette fiscale nécessaire pour offrir les services essentiels (incendie, voirie, administration) de façon autonome, sans hausse déraisonnable des taxes.
