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15 Mai 2025
Vivre et vieillir ensemble dans une francophonie plurielle : un projet de société
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Le vieillissement est une réalité universelle, mais son expérience varie selon la langue, la culture et l’histoire sociale. La francophonie est marquée par une diversité d’accents, de dialectes et d’expressions qui influencent les relations intergénérationnelles et l’accès aux services. Présidente de la Commission des droits de la personne du Nouveau-Brunswick, Phylomène Zangio en a évoqué les enjeux au deuxième jour des États généraux sur le vieillissement.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
Née en République démocratique du Congo lorsque celle-ci portait encore le nom de Zaïre (ex-Congo belge), Phylomène Zangio est une immigrante de la première génération. Arrivée d’abord au Manitoba chez ceux qu’elle considère comme ses parents au Canada, elle s’est fixée par la suite au Nouveau-Brunswick.

Personnalité attachante qui a une voix qui une porte, Phylomène Zangio a trouvé le courage de s’exprimer grâces aux membres de la communauté qui l’ont épaulée durant son parcours. (Photo : Damien Dauphin)
Celle qui est présidente de la Commission provinciale des droits de la personne a dû se battre pour tracer son chemin dans un environnement parfois hostile, ou au mieux, indifférent. Phylomène a connu la déception et l’exclusion à cause de la couleur de sa peau.
Encore récemment, elle a reçu des commentaires haineux en ligne, en raison du poste qu’elle occupe.
«Le racisme systémique et institutionnel envers les Noirs est toujours présent. On ne peut pas continuer ainsi parce que l’avenir, on doit le vivre ensemble», a-t-elle martelé. «Vous et moi, nous sommes ensemble jusqu’à la fin. J’ai décidé de vivre ici, et je vais rester ici. C’est ici que je serai enterrée.»
Mme Zangio a déclaré se battre pour la génération future et s’est dit prête à former un syndicat dans un foyer de soins si aucune solution n’est trouvée à l’issue des États généraux sur le vieillissement en français.
Madame? Appelons-la «maman», «mamie» ou «matante» en fonction de notre âge, car Phylomène Zangio a une personnalité chaleureuse qui abolit toute notion de distance. «Madame, ça fait Blanc. Ma famille et mes amis m’appellent maman, pas madame.»
Maman Phylomène pose un regard sur l’avenir. Le vieillissement n’est pas qu’une question de foyers ou de lits : c’est un enjeu collectif. Vieillir ensemble est un projet de société. Il faut comprendre les différences culturelles pour mieux vivre ensemble dans le respect et la dignité.
Les préjugés ont la vie dure
L’impact du vieillissement sur les francophones issus de l’immigration a été traité sous l’angle du témoignage de Marie, d’origine sénégalaise et âgée de 72 ans. «En arrivant au Canada, j’avais peur de vieillir loin de mes enfants. Les centres pour aînés sont souvent anglophones, et j’ai dû apprendre à naviguer entre deux cultures tout en préservant ma langue maternelle. Quand je parle en wolof avec mes amis, certains résidents disent que nous devrions parler français ou anglais. Pourtant, dans ma jeunesse au Sénégal, on nous a appris que la francophonie était un espace inclusif.»
Norma Dubé a évoqué sa propre mère qui n’avait jamais vu de personne de couleur noire avant d’aller dans un foyer. «Dans nos établissements de soins de longue durée et nos hôpitaux, on voit de plus en plus de gens qui n’ont pas la peau blanche. On a du travail à faire pour sensibiliser nos aînés, car le portrait des personnes qui travaillent avec les personnes âgées ne va pas changer», a reconnu la présidente de l’Association francophone des aîné(e)s du Nouveau-Brunswick (AFANB).
Aux membres du public qui l’ignoraient, Phylomène Zangio a révélé des statistiques sur les personnes d’ascendance africaine au Canada. Surprise: des Noirs sont arrivés au Nouveau-Brunswick avant même que le pays ne devienne le Canada. C’est le cas des ancêtres de Jean, 80 ans, un Acadien noir du Nouveau-Brunswick.
«Quand j’étais enfant, je ne pouvais pas aller à la même école que les Blancs. Aujourd’hui, dans mon foyer pour aînés, peu de gens comprennent mon histoire et mes besoins culturels», a-t-il témoigné.
Autochtones, Acadiens et Noirs dans le même bateau
Forte de cette réalité, et dès lors que personnes d’ascendance africaine sont une minorité visible à l’intérieur d’une minorité linguistique, Phylomène a mis en relief la convergence des situations vécues par les Autochtones, les Noirs et les Acadiens: colonisation, esclavage et ségrégation. Elle a donc lancé un appel à l’unité des trois communautés.
Elle a également pointé du doigt un phénomène invisibilisé. «La majorité des gens ne connaissent pas la Commission des droits de la personne. Voilà pourquoi il n’y a presque pas de plainte liée au racisme. En se fondant sur les données, le premier ministre peut dire qu’il n’y a pas de racisme au Nouveau-Brunswick.»
C’est le cas au Québec, où le premier ministre caquiste François Legault ne veut pas reconnaître l’existence du racisme systémique, comme un intervenant québécois l’a fait observer durant la période de questions.
«Quand on ne reçoit aucune plainte, c’est facile de nier le problème. Si je ne vous avais pas montré les statistiques, comment auriez-vous su qu’il y avait des noirs dans la communauté?», a répondu Phylomène.
Un public conquis et convaincu
Sa conférence a touché droit au cœur de nombreuses personnes présentes. Vicky Haché, qui se bat au quotidien pour faire une différence dans le monde, a dit que tout commençait à la maison pour construire un monde meilleur. «Vous avez votre place. C’est malheureux et déchirant de voir qu’en 2025 on est encore obligé de crier aussi fort.»
Une Acadienne, Colette, a dit avoir eu l’occasion d’aider de nouveaux arrivants à trouver du logement. C’est ainsi qu’elle s’est trouvé une deuxième famille d’origine malgache. S’étant un jour cassé la hanche, elle a eu la surprise d’être accueillie à l’hôpital par l’une de ses membres qui lui a dit : «Mais Mamie Colette, mais qu’est-ce que tu fais là ? J’ai répondu: je suis venue te dire bonjour. C’est pour vous dire que les personnes de couleur sont aussi gentilles et m’appellent mamie Colette.»
Ni Blanche ni Noire mais «entre les deux» selon ses propres mots, Amina, originaire de Casablanca (Maroc), a raconté avoir reçu des éloges spontanés de la part d’un couple après avoir passé la nuit aux urgences de l’hôpital où elle accompagnait son fils malade. Le couple, qui avait un a priori sur les femmes voilées, a été ébahi de la façon dont elle a pris soin de son enfant. Ils sont devenus bons amis.
«Si vous voyez une personne différente de couleur ou de religion, et que vous voyez qu’elle n’est pas Canadienne, je vous en prie, allez vers elle. Un simple sourire peut lui donner confiance en elle», a-t-elle témoigné.
«Vieillir ensemble devient un concept clé, invitant à bâtir des ponts entre les générations et les cultures. Vieillir dans la dignité, c’est un droit. Vieillir ensemble, c’est une promesse. À nous de la tenir», a conclu Phylomène avec son cœur de maman.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
Née en République démocratique du Congo lorsque celle-ci portait encore le nom de Zaïre (ex-Congo belge), Phylomène Zangio est une immigrante de la première génération. Arrivée d’abord au Manitoba chez ceux qu’elle considère comme ses parents au Canada, elle s’est fixée par la suite au Nouveau-Brunswick.

Personnalité attachante qui a une voix qui une porte, Phylomène Zangio a trouvé le courage de s’exprimer grâces aux membres de la communauté qui l’ont épaulée durant son parcours. (Photo : Damien Dauphin)
Celle qui est présidente de la Commission provinciale des droits de la personne a dû se battre pour tracer son chemin dans un environnement parfois hostile, ou au mieux, indifférent. Phylomène a connu la déception et l’exclusion à cause de la couleur de sa peau.
Encore récemment, elle a reçu des commentaires haineux en ligne, en raison du poste qu’elle occupe.
«Le racisme systémique et institutionnel envers les Noirs est toujours présent. On ne peut pas continuer ainsi parce que l’avenir, on doit le vivre ensemble», a-t-elle martelé. «Vous et moi, nous sommes ensemble jusqu’à la fin. J’ai décidé de vivre ici, et je vais rester ici. C’est ici que je serai enterrée.»
Mme Zangio a déclaré se battre pour la génération future et s’est dit prête à former un syndicat dans un foyer de soins si aucune solution n’est trouvée à l’issue des États généraux sur le vieillissement en français.
Madame? Appelons-la «maman», «mamie» ou «matante» en fonction de notre âge, car Phylomène Zangio a une personnalité chaleureuse qui abolit toute notion de distance. «Madame, ça fait Blanc. Ma famille et mes amis m’appellent maman, pas madame.»
Maman Phylomène pose un regard sur l’avenir. Le vieillissement n’est pas qu’une question de foyers ou de lits : c’est un enjeu collectif. Vieillir ensemble est un projet de société. Il faut comprendre les différences culturelles pour mieux vivre ensemble dans le respect et la dignité.
Les préjugés ont la vie dure
L’impact du vieillissement sur les francophones issus de l’immigration a été traité sous l’angle du témoignage de Marie, d’origine sénégalaise et âgée de 72 ans. «En arrivant au Canada, j’avais peur de vieillir loin de mes enfants. Les centres pour aînés sont souvent anglophones, et j’ai dû apprendre à naviguer entre deux cultures tout en préservant ma langue maternelle. Quand je parle en wolof avec mes amis, certains résidents disent que nous devrions parler français ou anglais. Pourtant, dans ma jeunesse au Sénégal, on nous a appris que la francophonie était un espace inclusif.»
Norma Dubé a évoqué sa propre mère qui n’avait jamais vu de personne de couleur noire avant d’aller dans un foyer. «Dans nos établissements de soins de longue durée et nos hôpitaux, on voit de plus en plus de gens qui n’ont pas la peau blanche. On a du travail à faire pour sensibiliser nos aînés, car le portrait des personnes qui travaillent avec les personnes âgées ne va pas changer», a reconnu la présidente de l’Association francophone des aîné(e)s du Nouveau-Brunswick (AFANB).
Aux membres du public qui l’ignoraient, Phylomène Zangio a révélé des statistiques sur les personnes d’ascendance africaine au Canada. Surprise: des Noirs sont arrivés au Nouveau-Brunswick avant même que le pays ne devienne le Canada. C’est le cas des ancêtres de Jean, 80 ans, un Acadien noir du Nouveau-Brunswick.
«Quand j’étais enfant, je ne pouvais pas aller à la même école que les Blancs. Aujourd’hui, dans mon foyer pour aînés, peu de gens comprennent mon histoire et mes besoins culturels», a-t-il témoigné.
Autochtones, Acadiens et Noirs dans le même bateau
Forte de cette réalité, et dès lors que personnes d’ascendance africaine sont une minorité visible à l’intérieur d’une minorité linguistique, Phylomène a mis en relief la convergence des situations vécues par les Autochtones, les Noirs et les Acadiens: colonisation, esclavage et ségrégation. Elle a donc lancé un appel à l’unité des trois communautés.
Elle a également pointé du doigt un phénomène invisibilisé. «La majorité des gens ne connaissent pas la Commission des droits de la personne. Voilà pourquoi il n’y a presque pas de plainte liée au racisme. En se fondant sur les données, le premier ministre peut dire qu’il n’y a pas de racisme au Nouveau-Brunswick.»
C’est le cas au Québec, où le premier ministre caquiste François Legault ne veut pas reconnaître l’existence du racisme systémique, comme un intervenant québécois l’a fait observer durant la période de questions.
«Quand on ne reçoit aucune plainte, c’est facile de nier le problème. Si je ne vous avais pas montré les statistiques, comment auriez-vous su qu’il y avait des noirs dans la communauté?», a répondu Phylomène.
Un public conquis et convaincu
Sa conférence a touché droit au cœur de nombreuses personnes présentes. Vicky Haché, qui se bat au quotidien pour faire une différence dans le monde, a dit que tout commençait à la maison pour construire un monde meilleur. «Vous avez votre place. C’est malheureux et déchirant de voir qu’en 2025 on est encore obligé de crier aussi fort.»
Une Acadienne, Colette, a dit avoir eu l’occasion d’aider de nouveaux arrivants à trouver du logement. C’est ainsi qu’elle s’est trouvé une deuxième famille d’origine malgache. S’étant un jour cassé la hanche, elle a eu la surprise d’être accueillie à l’hôpital par l’une de ses membres qui lui a dit : «Mais Mamie Colette, mais qu’est-ce que tu fais là ? J’ai répondu: je suis venue te dire bonjour. C’est pour vous dire que les personnes de couleur sont aussi gentilles et m’appellent mamie Colette.»
Ni Blanche ni Noire mais «entre les deux» selon ses propres mots, Amina, originaire de Casablanca (Maroc), a raconté avoir reçu des éloges spontanés de la part d’un couple après avoir passé la nuit aux urgences de l’hôpital où elle accompagnait son fils malade. Le couple, qui avait un a priori sur les femmes voilées, a été ébahi de la façon dont elle a pris soin de son enfant. Ils sont devenus bons amis.
«Si vous voyez une personne différente de couleur ou de religion, et que vous voyez qu’elle n’est pas Canadienne, je vous en prie, allez vers elle. Un simple sourire peut lui donner confiance en elle», a-t-elle témoigné.
«Vieillir ensemble devient un concept clé, invitant à bâtir des ponts entre les générations et les cultures. Vieillir dans la dignité, c’est un droit. Vieillir ensemble, c’est une promesse. À nous de la tenir», a conclu Phylomène avec son cœur de maman.
Comment agir au quotidien
Phylomène Zangio a offert au public des pistes de solutions pour mieux vivre et vieillir ensemble. En voici quelques-unes.
- Reconnaître la dignité de chaque personne
- Connaître et respecter vos droits et ceux des autres
- Éviter les stéréotypes et les préjugés
- Répondre aux besoins spécifiques des personnes marginalisées
- Dénoncer les comportements discriminatoires
- Soutenir les victimes de discrimination
- Favoriser l’équité dans toutes vos interactions
