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1 Mai 2025
Décalage entre panélistes et public lors d’une table ronde sur la participation citoyenne
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Mardi 22 avril, à l’occasion du Jour de la Terre, une table ronde était organisée par l’Alliance française et le Consulat général de France à la Bibliothèque publique de Moncton. Placée sous le thème «Réinventer la participation des citoyens dans un monde en mutation», la rencontre s’est révélée... assez «flyée».
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
Animée par notre consœur de Radio-Canada, Noémie Avidar, la table ronde réunissait le philosophe Alain Deneault, professeur à l’Université de Moncton, la politologue Réjane Sénac, directrice de recherche au CNRS (Centre national de la recherche scientifique) à Paris, et le poète Paul Bossé, de Moncton.

Alain Deneault, Réjane Sénac, Paul Bossé et la journaliste Noémie Avidar : acteurs d’une table ronde complexe… (Photo : Damien Daphin)
Désireux de réveiller les consciences sur l’urgence climatique, l’artiste pluridisciplinaire – qui se définit comme un «éco-rebelle» – a livré d’entrée de jeu plusieurs performances. Il a donné lecture de trois de ses œuvres, dont Perdre la boule, un poème dédié « aux milliardaires qui s’envoient en l’air avec des fusées, des space ships ».
Avec une démonstration par l’absurde, Bossé a même suggéré d’instaurer un anti-Jour de la Terre : une journée où tout serait permis en matière de pollution – à condition de respecter la planète les 364 autres jours de l’année. «Le Jour de la Terre me fait de la peine. Ça veut dire que pendant 364 jours, ce n’est pas le Jour de la Terre. Un seul jour, c’est trop peu: c’est même honteux», a-t-il déclaré.
Peu après, Noémie Avidar a interrogé les panélistes: agir pour l’environnement est-il en soi un geste radical? Dans une volonté d’incarner ses convictions écologiques, elle a dispensé les intervenants de l’usage du micro, pensant ainsi réduire l’empreinte carbone de l’événement. Une décision radicale… qui a toutefois privé une partie de l’auditoire de la clarté nécessaire pour suivre les débats, d’autant que le langage des intervenants, dense et complexe, n'était pas à la portée de tous.
Dans une intervention plus accessible, Réjane Sénac a fait référence au poussin Caliméro, célèbre pour ses plaintes récurrentes – «C’est trop injuste!» – illustrant ainsi les sentiments d’impuissance face aux crises actuelles. De son côté, Alain Deneault a souligné, dans un échange avec l’animatrice, que «se demander ce qu’il faut faire, c’est être déjà dans l’action».
Hélas, la suite s’est enlisée dans des propos souvent sibyllins, difficiles à suivre pour les quelques dizaines de spectateurs présents. Le débit rapide et l'absence de micros, combinés au niveau soutenu du vocabulaire, n'ont fait qu'aggraver l’écart.
Installée au troisième rang sur six, Madeleine Delaney s’est dite frustrée : «J’ai perdu 60% de ce que Sénac a dit. Sans micro et avec ses variations de voix, je ne l’entendais pas bien par moments.»
Le constat s’est révélé intergénérationnel. Emma Raphaëlle, présidente de la FÉCUM et de la FJFNB, a elle aussi relevé la difficulté : «Je ne pense pas que tout le monde dans la salle les a compris, car ils avaient vraiment un niveau très complexe», a-t-elle reflété.
«Selon moi, leurs mots étaient trop compliqués. Pour certaines choses, ça allait, mais pour d’autres, je ne connaissais pas les mots qu’ils utilisaient. Je pense que ça prend d’autres politologues pour comprendre les politologues!»
Samuel LeBlanc, professeur de français à l’école Mathieu-Martin de Dieppe et titulaire d’un doctorat, a lui-même constaté la fracture : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, dit-on. Or, les difficultés de communication ont rapidement fait dévier la séance de son cours initial. La complexité des interventions a empêché de vrais échanges. »
Celui qui enseigne également la théorie de la connaissance s’est offert «une petite montée de lait publique» durant la période de questions. Il estime heureux qu’il n’y avait pas d’enfants dans le public, à moins que la séance n’eût poussé certains jeunes à piquer des «crises existentielles» pour l’électrifier.
En guise de conclusion, il a néanmoins nuancé son propos. «Si j'ai été déçu de la table ronde, je souhaite également être charitable, car leur tâche était ingrate, voire impossible.»
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
Animée par notre consœur de Radio-Canada, Noémie Avidar, la table ronde réunissait le philosophe Alain Deneault, professeur à l’Université de Moncton, la politologue Réjane Sénac, directrice de recherche au CNRS (Centre national de la recherche scientifique) à Paris, et le poète Paul Bossé, de Moncton.

Alain Deneault, Réjane Sénac, Paul Bossé et la journaliste Noémie Avidar : acteurs d’une table ronde complexe… (Photo : Damien Daphin)
Désireux de réveiller les consciences sur l’urgence climatique, l’artiste pluridisciplinaire – qui se définit comme un «éco-rebelle» – a livré d’entrée de jeu plusieurs performances. Il a donné lecture de trois de ses œuvres, dont Perdre la boule, un poème dédié « aux milliardaires qui s’envoient en l’air avec des fusées, des space ships ».
Avec une démonstration par l’absurde, Bossé a même suggéré d’instaurer un anti-Jour de la Terre : une journée où tout serait permis en matière de pollution – à condition de respecter la planète les 364 autres jours de l’année. «Le Jour de la Terre me fait de la peine. Ça veut dire que pendant 364 jours, ce n’est pas le Jour de la Terre. Un seul jour, c’est trop peu: c’est même honteux», a-t-il déclaré.
Peu après, Noémie Avidar a interrogé les panélistes: agir pour l’environnement est-il en soi un geste radical? Dans une volonté d’incarner ses convictions écologiques, elle a dispensé les intervenants de l’usage du micro, pensant ainsi réduire l’empreinte carbone de l’événement. Une décision radicale… qui a toutefois privé une partie de l’auditoire de la clarté nécessaire pour suivre les débats, d’autant que le langage des intervenants, dense et complexe, n'était pas à la portée de tous.
Dans une intervention plus accessible, Réjane Sénac a fait référence au poussin Caliméro, célèbre pour ses plaintes récurrentes – «C’est trop injuste!» – illustrant ainsi les sentiments d’impuissance face aux crises actuelles. De son côté, Alain Deneault a souligné, dans un échange avec l’animatrice, que «se demander ce qu’il faut faire, c’est être déjà dans l’action».
Hélas, la suite s’est enlisée dans des propos souvent sibyllins, difficiles à suivre pour les quelques dizaines de spectateurs présents. Le débit rapide et l'absence de micros, combinés au niveau soutenu du vocabulaire, n'ont fait qu'aggraver l’écart.
Installée au troisième rang sur six, Madeleine Delaney s’est dite frustrée : «J’ai perdu 60% de ce que Sénac a dit. Sans micro et avec ses variations de voix, je ne l’entendais pas bien par moments.»
Le constat s’est révélé intergénérationnel. Emma Raphaëlle, présidente de la FÉCUM et de la FJFNB, a elle aussi relevé la difficulté : «Je ne pense pas que tout le monde dans la salle les a compris, car ils avaient vraiment un niveau très complexe», a-t-elle reflété.
«Selon moi, leurs mots étaient trop compliqués. Pour certaines choses, ça allait, mais pour d’autres, je ne connaissais pas les mots qu’ils utilisaient. Je pense que ça prend d’autres politologues pour comprendre les politologues!»
Samuel LeBlanc, professeur de français à l’école Mathieu-Martin de Dieppe et titulaire d’un doctorat, a lui-même constaté la fracture : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, dit-on. Or, les difficultés de communication ont rapidement fait dévier la séance de son cours initial. La complexité des interventions a empêché de vrais échanges. »
Celui qui enseigne également la théorie de la connaissance s’est offert «une petite montée de lait publique» durant la période de questions. Il estime heureux qu’il n’y avait pas d’enfants dans le public, à moins que la séance n’eût poussé certains jeunes à piquer des «crises existentielles» pour l’électrifier.
En guise de conclusion, il a néanmoins nuancé son propos. «Si j'ai été déçu de la table ronde, je souhaite également être charitable, car leur tâche était ingrate, voire impossible.»
