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27 Mars 2025
Le glas a retenti pour Antonine Maillet en présence de 500 élèves à Bouctouche
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Jeudi 20 mars, à l’occasion de la Journée internationale de la francophonie, les cloches de l’église Saint-Jean-Baptiste de Bouctouche ont sonné avec solennité en mémoire d’Antonine Maillet. Les élèves des écoles Dr.-Marguerite-Michaud et Clément-Cormier ont assisté à cette commémoration devenue inhabituelle.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
Le Musée de Kent est à l’origine de cette initiative. Quelques minutes avant le début de la cérémonie, son directeur, Pierre Cormier, a confié avec humour au Moniteur acadien qu’il allait endosser le rôle de Quasimodo (1).
Cependant, en 2025, il n’est plus nécessaire de s’accrocher à une corde pour faire sonner les cloches. Grâce à un don de Jim Irving, le dispositif qui les actionne est on ne peut plus moderne. Il suffit d’appuyer sur un bouton pour lancer le tintement.
Les cinq cloches ont d’ailleurs été nommées. La première porte le nom de Jean-Baptiste, en l’honneur du saint à qui la paroisse est consacrée. La deuxième s’appelle Norbert, en mémoire de Mgr Norbert Robichaud, archevêque de Moncton. Les deux suivantes rendent hommage au couple fondateur de l’empire Irving : Kenneth (1899-1992) et son épouse Harriet (1899-1976). La cinquième cloche a été nommée d’après leurs trois fils, James, Arthur et John.
«Ce sont des cloches anglaises, précise Pierre Cormier. Celles de l’ancienne église venaient de Villedieu-les-Poêles (2).»
À tout seigneur, tout honneur: le glas avait été sonné pour marquer le décès des trois fils Irving. Cependant, les cloches de Bouctouche avaient carillonné pour les papes Jean-Paul II et Benoît XVI, ainsi que pour Viola Léger, il y a deux ans. Cette fois, c’était pour sa grande amie Antonine Maillet.
Murielle McDonald était du nombre de la vingtaine d’adultes qui attendaient les enfants et les adolescents.

Nonobstant son nom écossais, Murielle McDonald est une francophone de naissance. « La Sagouine » d’Antonine Maillet a réveillé sa fierté du parler acadien. (Photo : Damien Dauphin)
«Se déplacer, ça signifie qu’on va vivre vraiment cet hommage à une grande dame. Sans elle, les francophones n’auraient pas eu beaucoup de choses», a-t-elle justifié.
Le parler acadien a quitté la honte pour s’épanouir dans la fierté
Une McDonald francophone? Murielle a expliqué que son père, qui portait un nom très écossais et avait aussi des origines irlandaises, était le fils d’une Acadienne et qu’il avait lui-même épousé une Cormier.
«Chez nous, on parlait français. Les Écossais se mariaient souvent avec des Acadiennes, on avait des choses en commun: la religion catholique, la musique, le sens de la fête.»
Des caractéristiques que Murielle retrouve au Pays de la Sagouine, créé à partir des personnages nés de la plume d’Antonine Maillet.
«J’ai vu la pièce ‘La sagouine’ en 1972 à Bouctouche. Ça m’a révélé quelque chose que je ne savais pas sur mon identité. Avant, on avait honte de parler le vieux français. A partir de là, j’ai apprécié la culture acadienne et son parler. C’était très significatif pour moi dans ma vie», s’est-elle souvenue.
Au grand plaisir de Pierre Cormier, les élèves des écoles sont ensuite arrivés et ont littéralement noyé le parvis de l’église sous une marée humaine. Puis les voix se sont tues et les corps se sont figés en signe de recueillement. Le silence n’a été brisé que par des applaudissements à la fin de chacune des trois sonneries.
« Les cloches devraient sonner dans toutes les églises »
Carole Allain, directrice de l’école Marguerite-Michaud, va demander au personnel de faire un retour sur cette activité avec les élèves. «On va partir de ce que les élèves savent déjà et on va approfondir leurs connaissances en faisant appel à des experts de la communauté pour nous partager des informations», a-t-elle indiqué alors que la foule se dispersait.

Antonine Maillet enfant devant l’ancienne église de Bouctouche. À l’arrière-plan, la cloche qui a été vendue à l’église de Mont-Carmel et qui a elle aussi sonné le glas jeudi dernier. (Crédit : Collection du Musée de Kent – Don de Nicole Marcoux)
Les cloches ont retenti aussi à l’église Notre-Dame-du-Mont-Carmel, à l’Île-du-Prince-Édouard, car c’est à celle-ci que la cloche qui avait rythmé l’enfance d’Antonine Maillet a été vendue en 1960.
Venue de Cocagne, Thérèse Goguen était informée de ce détail. «Quand on est ici à Bouctouche pour le jour de l’Acadie, les cloches sonnent pour le tintamarre. Les cloches vont sonner aussi à l’Île-du-Prince-Édouard, mais je pense qu’elles devraient sonner dans toutes les églises de l’Acadie», a-t-elle dit avant la cérémonie.
Le glas est une tradition séculaire de l'Église catholique qui consiste à sonner les cloches d'une église pour annoncer un décès ou les funérailles d'un fidèle. Son tintement lent et solennel, souvent en trois séries de coups espacés, comme ce fut le cas à Bouctouche jeudi dernier, symbolise la prière et le deuil de la communauté.
Autrefois, il marquait également les étapes de la cérémonie funéraire, du dernier soupir du défunt à son inhumation. Si cette coutume s'est raréfiée avec le temps, elle demeure encore vivante dans certaines paroisses, notamment en milieu rural, où elle perpétue un lien entre les vivants et les défunts dans la foi chrétienne.
(1) Personnage qui sonnait les cloches de la cathédrale dans le roman de Victor Hugo, ‘Notre-Dame de Paris’.
(2) Ville en Normandie (France), dans le département de la Manche. On la surnomme «la cité du cuivre».
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
Le Musée de Kent est à l’origine de cette initiative. Quelques minutes avant le début de la cérémonie, son directeur, Pierre Cormier, a confié avec humour au Moniteur acadien qu’il allait endosser le rôle de Quasimodo (1).
Cependant, en 2025, il n’est plus nécessaire de s’accrocher à une corde pour faire sonner les cloches. Grâce à un don de Jim Irving, le dispositif qui les actionne est on ne peut plus moderne. Il suffit d’appuyer sur un bouton pour lancer le tintement.
Les cinq cloches ont d’ailleurs été nommées. La première porte le nom de Jean-Baptiste, en l’honneur du saint à qui la paroisse est consacrée. La deuxième s’appelle Norbert, en mémoire de Mgr Norbert Robichaud, archevêque de Moncton. Les deux suivantes rendent hommage au couple fondateur de l’empire Irving : Kenneth (1899-1992) et son épouse Harriet (1899-1976). La cinquième cloche a été nommée d’après leurs trois fils, James, Arthur et John.
«Ce sont des cloches anglaises, précise Pierre Cormier. Celles de l’ancienne église venaient de Villedieu-les-Poêles (2).»
À tout seigneur, tout honneur: le glas avait été sonné pour marquer le décès des trois fils Irving. Cependant, les cloches de Bouctouche avaient carillonné pour les papes Jean-Paul II et Benoît XVI, ainsi que pour Viola Léger, il y a deux ans. Cette fois, c’était pour sa grande amie Antonine Maillet.
Murielle McDonald était du nombre de la vingtaine d’adultes qui attendaient les enfants et les adolescents.

Nonobstant son nom écossais, Murielle McDonald est une francophone de naissance. « La Sagouine » d’Antonine Maillet a réveillé sa fierté du parler acadien. (Photo : Damien Dauphin)
«Se déplacer, ça signifie qu’on va vivre vraiment cet hommage à une grande dame. Sans elle, les francophones n’auraient pas eu beaucoup de choses», a-t-elle justifié.
Le parler acadien a quitté la honte pour s’épanouir dans la fierté
Une McDonald francophone? Murielle a expliqué que son père, qui portait un nom très écossais et avait aussi des origines irlandaises, était le fils d’une Acadienne et qu’il avait lui-même épousé une Cormier.
«Chez nous, on parlait français. Les Écossais se mariaient souvent avec des Acadiennes, on avait des choses en commun: la religion catholique, la musique, le sens de la fête.»
Des caractéristiques que Murielle retrouve au Pays de la Sagouine, créé à partir des personnages nés de la plume d’Antonine Maillet.
«J’ai vu la pièce ‘La sagouine’ en 1972 à Bouctouche. Ça m’a révélé quelque chose que je ne savais pas sur mon identité. Avant, on avait honte de parler le vieux français. A partir de là, j’ai apprécié la culture acadienne et son parler. C’était très significatif pour moi dans ma vie», s’est-elle souvenue.
Au grand plaisir de Pierre Cormier, les élèves des écoles sont ensuite arrivés et ont littéralement noyé le parvis de l’église sous une marée humaine. Puis les voix se sont tues et les corps se sont figés en signe de recueillement. Le silence n’a été brisé que par des applaudissements à la fin de chacune des trois sonneries.
« Les cloches devraient sonner dans toutes les églises »
Carole Allain, directrice de l’école Marguerite-Michaud, va demander au personnel de faire un retour sur cette activité avec les élèves. «On va partir de ce que les élèves savent déjà et on va approfondir leurs connaissances en faisant appel à des experts de la communauté pour nous partager des informations», a-t-elle indiqué alors que la foule se dispersait.

Antonine Maillet enfant devant l’ancienne église de Bouctouche. À l’arrière-plan, la cloche qui a été vendue à l’église de Mont-Carmel et qui a elle aussi sonné le glas jeudi dernier. (Crédit : Collection du Musée de Kent – Don de Nicole Marcoux)
Les cloches ont retenti aussi à l’église Notre-Dame-du-Mont-Carmel, à l’Île-du-Prince-Édouard, car c’est à celle-ci que la cloche qui avait rythmé l’enfance d’Antonine Maillet a été vendue en 1960.
Venue de Cocagne, Thérèse Goguen était informée de ce détail. «Quand on est ici à Bouctouche pour le jour de l’Acadie, les cloches sonnent pour le tintamarre. Les cloches vont sonner aussi à l’Île-du-Prince-Édouard, mais je pense qu’elles devraient sonner dans toutes les églises de l’Acadie», a-t-elle dit avant la cérémonie.
Le glas est une tradition séculaire de l'Église catholique qui consiste à sonner les cloches d'une église pour annoncer un décès ou les funérailles d'un fidèle. Son tintement lent et solennel, souvent en trois séries de coups espacés, comme ce fut le cas à Bouctouche jeudi dernier, symbolise la prière et le deuil de la communauté.
Autrefois, il marquait également les étapes de la cérémonie funéraire, du dernier soupir du défunt à son inhumation. Si cette coutume s'est raréfiée avec le temps, elle demeure encore vivante dans certaines paroisses, notamment en milieu rural, où elle perpétue un lien entre les vivants et les défunts dans la foi chrétienne.
(1) Personnage qui sonnait les cloches de la cathédrale dans le roman de Victor Hugo, ‘Notre-Dame de Paris’.
(2) Ville en Normandie (France), dans le département de la Manche. On la surnomme «la cité du cuivre».
