Emplois étudiants perdus ou retardés cet été

   Plusieurs jeunes ont perdu leur emploi ou commence- ront plus tard que prévu dans cette période de pandémie. C’est le cas des étudiants et étudiantes qui travaillaient dans les installations touris- tiques qui n’ouvriront pas, ainsi que dans les restaurants et dans les magasins qui, eux, ouvriront plus tard.

Claire Lanteigne Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

   Alexis Bourque, de Grande-Digue, aurait entamé bientôt sa cinquième saison au Pays de la Sagouine à Bouctouche. Depuis l’âge de 11 ans, il interprète Mouque, un personnage qu’il a créé. Il est très déçu.

Alexis Bourque interprète Mouque, le personnage qu’il s’est créé au
Pays de la Sagouine.

   «J’aime beaucoup mon travail, pas juste pour l’argent, mais avant tout pour rendre les gens heureux et leur faire découvrir l’Acadie, dit-il. Ce travail est captivant et m’offre toutes sortes de possibilités.» Alexis crée de nouvelles histoires chaque année, toutes inspirées de sa routine. Mais il ramène celles que les gens aiment tout particulièrement.

   Étudiant à l’école Louis- J.-Robichaud, de Shédiac, Alexis termine sa 10e année en ligne et fait ses devoirs. «C’est plus difficile que je m’attendais. Il n’y a pas autant d’échanges avec les professeurs.»

   Mais même s’il est déçu, cette situation lui donne du temps à lui et lui permet de ralentir. Il va en profiter pour continuer à travailler sur le livre qu’il a commencé. Alexis a publié un premier livre, Le journal d’un jeune auteur acadien, en 2018. De plus, il fera du camping en famille et comme d’habitude, il a bien d’autres projets.

   «Maintenant, conclut-il en riant, quand je me lève le lundi matin, je me dis wow c’est déjà la fin de semaine.»

Jessica Savoie, à gauche, et son amie Megan Williston, lors de leurs dernières compétitions nationales de ringuette à Charlottetown l’an dernier. 
(Photos : Gracieuseté)

   Jessica Savoie, de Dieppe, a terminé sa 2e année à l’Université de Moncton en enseignement primaire. Elle attend la réouverture du restaurant où elle travaillait depuis deux ans pour reprendre le boulot. Elle a fait une demande pour la Prestation canadienne d’urgence pour les étudiants, ce qui l’aide entretemps.

   «Je ne fais rien et je me lève vraiment tard, admet la jeune étudiante. J’ai terminé mon année en ligne comme les autres, mais j’ai commencé un nouveau cours mardi, puisque j’ai le temps.»

   Passionnée de ringuette et entraîneuse bénévole depuis plusieurs années, Jessica est entraîneuse-chef de l’équipe les Stingers de Shédiac. Ella dirigeait également une équipe de jeunes qui devait se rendre à un tournoi ce printemps, mais celui-ci a été annulé. «Je continue de les entraîner avec zoom, dit-elle. Jais des capsules et les parents sont bien contents, car ils ne peuvent plus voir leurs jeunes devant leurs appareils électroniques.»  De cette façon, les jeunes peuvent se dégourdir en s’entraînant.C’est une belle acti- vité. 

Isabelle Boudreau travaillera au Centre des pensions à Shédiac.

   Isabelle Boudreau, de Memramcook, a davantage de chance. Elle a obtenu un emploi d’été au Centre des pensions du gouvernement canadien à Shédiac et débutera le 28 mai. Isabelle a terminé sa première année universitaire en sciences de la santé à la NCAA Pace University à Pleasantville, New York, où elle pratique également son sport préféré : la balle-molle. Elle aimerait bien ai-der les plus jeunes filles qui pratiquent ce sport dans la région, d’ici la fin de l’été, si on peut éventuellement utiliser les terrains. «Avant de repartir en septembre, si c’est possible, j’aimerais bien organiser un camp de balle-molle pour filles à Saint-Léonard.»

Une enseignante de Cap-Pelé a créé un alter ego pour maintenir l’intérêt de ses élèves à distance

   L’idée lui est venue lors d’une nuit d’insomnie peu après la fermeture des écoles en lien avec la pandémie.

   Enseignante en première année à l’école Donat-Robichaud de Cap-Pelé, Marie- Josée Comeau devait trouver le moyen d’assurer l’apprentissage des élèves confinés à la maison. L’objectif était d’établir un contact direct avec ceux-ci.

   «J’ai essayé de parler avec chaque enfant, mais ce n’est pas facile quand ils ne nous voient pas… Il y en avait qui ne voulaient pas parler, il y en a même une qui s’est mise à pleurer parce qu’elle s’ennuyait», se rappelle-t-elle.

   Pour établir un lien plus visuel, l’enseignante a commencé à se filmer devant un tableau pour donner des devoirs d’orthographe – des mots d’ortho comme elle les appelle – c’est d’ailleurs ce qu’elle faisait déjà en classe.

   La nuit suivante, n’arrivant pas à dormir, elle s’est dit que son idée ne fonctionnerait pas avec de si jeunes enfants. «J’ai pensé : ce n’est pas vrai, je ne peux pas faire cela, ils vont abandonner avant la fin mars.»

   N’arrivant toujours pas à trouver le sommeil, Marie- Josée s’est mise à parcourir Snapchat sur son téléphone. En s’amusant avec la caméra et les filtres, le déclic se fit. «Je me suis créé un personnage. On pouvait voir que c’était encore moi, mais à travers un personnage virtuel. Ma voix changeait, elle ressemblait à celle d’un enfant. En essayant plusieurs filtres, j’ai réalisé que je pouvais m’enregistrer et créer une vidéo d’une minute, ce qui était parfait pour un mot d’ortho.» C’est ainsi que Jojo a pris naissance.

   Après s’être enregistrée sur Snapchat, l’enseignante fit le montage sur une autre application avant de transférer le produit final sur la page Facebook de sa classe où les élèves pourraient le visionner parmi d’autre matériel pédagogique. 

   Depuis, les lundis, elle présente virtuellement à ses élèves sa capsule originale où elle-même présente les six mots à découvrir. «Puis, le mardi, c’est Jojo qui prend la relève, explique-t-elle. Elle vient vérifier s’ils ont pratiqué leurs mots.»

   La popularité du personnage auprès des élèves a été instantanée. Marie-Josée enregistre alors plusieurs capsules par semaine, une pour chaque mot. «Je fais une petite mise en situation dans laquelle le mot se retrouve. Puis là, je fais une pause et je demande : connais-tu ce mot-là toi? Ensuite, je leur demande d’aller écrire le mot sur le mur avec le doigt. Ils ont plus envie de le faire avec Jojo qu’avec moi!»

   Son personnage commença même à l’envahir un peu. «À un moment donné, j’avais tellement fait de capsules, je m’apercevais que je parlais comme Jojo dans la maison. Ma fille, qui va avoir 20 ans, n’était plus capable.»

   Marie-Josée Comeau admet qu’elle n’aurait jamais eu le temps de développer ce genre de matériel sans le confinement imposé par la pandémie. Elle ajoute qu’elle utilisera ces capsules dans la salle de classe. «Jojo va être dans ma classe pour toujours. Ces capsules permettront aux élèves de s’installer et d’interagir avec Jojo et moi je pourrai interagir avec un autre groupe d’élèves. J’en profite vraiment. Quand les vacances d’été vont commencer, je vais travailler mon ortho au complet en filmant toutes mes capsules et ainsi avoir tous les mots pour l’année.»

   Comme quoi à quelque chose malheur est bon, comme dit le proverbe.

Une saison très compliquée pour les amateurs de plaisirs nautiques

Neil LeBlanc, gérant de la marina de Cap-de-Cocagne. (Photo : Lyline Themaz)

   Ce ne sera pas un été comme les autres pour les amateurs de plaisirs nautiques, dont les propriétaires de bateaux de plaisance et les marinas où ils sont habituellement amarrés. Les marinas de Shédiac, de Pointe-du-Chêne et de Cap-de-Cocagne ont subi des dommages l’automne dernier lors de la tempête Dorian et d’autres tempêtes subséquentes. On s’affaire aux réparations nécessaires pour débuter la saison 2020.

Claire Lanteigne – Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

   À Cap-de-Cocagne, le quai principal et d’autres quais individuels ont été endommagés l’automne dernier. «Nous avons perdu 25% de nos quais», souligne Neil LeBlanc, gérant du site.   «Les quais neufs que nous avions commandés n’ont pu être fabriqués et livrés à cause de la pandémie.» Résultat : seulement 60 bateaux pourront être accomodés cette année, au lieu des 72 habituellement.

   Lors de la réunion virtuelle du conseil, la décision a été prise d’annuler la réunion générale annuelle et de la reporter à un moment opportun. Le gérant est occupé depuis le 4 mai à préparer le site pour l’ouverture. Il sera le seul employé en poste jusqu’à la mise à l’eau des bateaux, ce qui devrait avoir lieu le 30 mai. La marina sera ouverte – aux membres seulement – à compter du 31 mai.

   «Ce sera aussi une mise à l’eau très différente des années précédentes», explique  M. LeBlanc. «Seuls  les capitaines de bateaux pourront y participer. Ce sera une équipe dévouée.» De plus, les propriétaires qui veulent mettre leur bateau à l’eau ce jour-là devront s’inscrire à l’avance. Il sera donc impossible d’arriver le 30 mai au matin et mettre son bateau à l’eau. Après le 31 mai, s’il reste des places, elles seront offertes au public.

   Tous les propriétaires de bateaux qui seront à la marina cet été devront si-       gner un contrat comportant de nouveaux règlements et ils devront fournir une copie de leur assurance avant de mettre leur bateau à l’eau. La rampe ouvrira le 31 mai et seuls les détenteurs de passes de saison pourront y accéder. Ils devront également signer un contrat et fournir une preuve d’assurance pour obtenir la passe.  

   La petite cantine demeurera fermée cet été et les gens ne pourront rien placer dans le réfrigérateur du club.  La vente de sacs de glace se poursuivra.

   «La plage va demeurer fermée au public pour le moment, dit-il. Avec les choses qui changent quoti- diennement, on va continuer à réévaluer et ajuster les choses au fur et à mesure.»

   Conformément à l’ordonnance obligatoire révisée et renouvelée sur l’état d’urgence de la COVID-19 émise par le gouvernement provincial, les propriétaires et les gestionnaires de lieux qui permettent l’amarrage saisonnier de plusieurs bateaux de plaisance doivent prendre toute mesure raisonnable pour assurer une interaction minimale entre des personnes à une distance d’au moins deux mètres, sauf pour les personnes qui habitent ensemble.

   «La marina est un endroit où les membres, leurs familles et les amis aiment socialiser, ajoute M. LeBlanc, ça fait partie de l’expérience qu’on vit ici. Mais il faudra respec-ter la distanciation physique de six pieds, et ça ne sera pas nécessairement facile d’arrêter les gens de jaser ensemble en petits groupes.» Seuls les membres d’une même famille pourront être sur un bateau et on ne pourra plus se promener d’un bateau à l’autre.

   Plusieurs propriétaires de bateaux de plaisance ne prévoient pas mettre leur bateau à l’eau cette année. Avant la pandémie, 25 propriétaires de bateau avaient confirmé l’achat de leurs droits pour l’été 2020. Neil LeBlanc n’a aucune idée combien parmi eux vou-dront maintenant y aller avec toutes les contraintes.

   «Nous, on aime faire de longs voyages», indique  Krista-Lee Fisher, présidente du conseil d’administration de la marina. «Comme ce ne sera pas possible, ça ne sert à rien de le mettre à l’eau.» Il en est autrement pour Lyline et Yves Mazerolle qui préparent leur voilier pour le grand jour. Pour eux, faire de la voile, c’est leurs vacances annuelles et pas question de s’en priver.

   Le Club nautique Pointe-du-Chêne  terminera l’installation de ses nouveaux quais à la fin mai et c’est alors que la date de la mise à l’eau sera annoncée. Actuellement en construction, le quai de Pointe-du-Chêne devrait ouvrir d’ici deux semaines, selon le gérant Donald Boudreau. «Nous allons regarder comment les règlements de distanciation physique vont s’appliquer dans les parcs et sur les plages et voir comment l’appliquer au quai», dit-il. Il faudra aussi sensibiliser les gens à l’importance de respecter les règlements.

   M. Boudreau ajoute que les trois grandes écoles de voile provinciales de Shédiac, Fredericton et Saint-Jean n’ouvriront pas cet été. Même chose, croit-on, pour le programme Handi-Voile, qui permet à des personnes handicapées de pratiquer la voile. Ce programme a perdu son site à la marina de Shédiac et il serait aussi difficile de respecter la distanciation physique avec quatre personnes dans de petits bateaux.

   En septembre dernier, lors de la tempête Dorian, le Yacht club de la baie de Shédiac a subi en septembre dernier d’énormes dommages aux quais, aux brise-lames et aux équipements. La facture s’est élevée à de deux millions de dollars et seulement la moitié des quais commandés ont été reçus. Une centaine de quais permanents ont dû être enlevés, inspectés et réparés l’hiver dernier. Il reste encore beaucoup de travail à faire et la mise à l’eau ne devrait pas avoir lieu avant la fin juin.

Richard MacDougall heureux de contribuer aux succès des Snowbirds

Richard MacDougall, anciennement de Dieppe, devant son avion des Snowbirds. (Gracieuseté)

   Le passage des Snowbirds des Forces armées canadiennes dans le ciel ensoleillé du Sud-est du Nouveau-Brunswick, mercredi dernier, a certes été une bouffée d’air frais pour les milliers de personnes qui sont sorties à l’extérieur afin d’admirer les Snowbirds, la patrouille aérienne acrobatique officielle du Canada, dans le cadre de leur tournée nationale baptisée «Opération Inspiration».

Normand A. Léger

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

   L’équipage a commencé sa tournée pancanadienne en Nouvelle-Écosse la semaine dernière, afin de remonter le moral des habitants de cette province éprouvés par la tuerie de masse survenue il y a trois semaines. Ils vont aussi parcourir le pays pour saluer les Canadiens qui mènent de front  la lutte contre la propagation de la COVID-19.

   Un finissant de l’école Mathieu-Martin en 2003 et de l’Université de Moncton, Richard MacDougall, 34 ans, était le pilote de l’avion de reconnaissance qui a précédé le vol des neuf avions des Snowbirds. On a pu l’observer dans la région, environ 20 minutes avant le spectacle des neuf avions. Il a survolé le Sud-Est, particulièrement les deux hôpitaux de Moncton, en reconnaissance envers les travailleurs et travailleuses   de première ligne face à la pandémie de COVID-19.

   «Cela fait 14 ans que je suis avec les Forces canadiennes», explique  Richard MacDougall lors d’un temps mort dans son horaire chargé qui consiste à traverser d’un bout à l’autre le pays. «J’étais bien content de me retrouver chez moi. J’ai eu la chance de survoler Sackville, où j’ai été membre des cadets de l’air, la vallée de Memramcook et ensuite Dieppe et l’avenue Amirault. J’ai vu la maison où j’ai grandi. J’avais une larme à l’oeil avec ces souvenirs et c’était touchant. Ensuite, je suis passé à côté du collège Moncton Flight College où j’ai suivi mes premiers cours de pilote.»

   Dès l’âge de 10 ans, Richard MacDougall savait qu’il voulait devenir pilote d’avion. Gymnaste ayant fait compétition pendant plusieurs années, il avait l’intention de devenir pilote commercial, un rêve qu’il nourrit d’ailleurs toujours. Cependant, le mari (Jack) de sa mère (Paulette) était un militaire et lorsqu’il a découvert ce qui passionnait le jeune Richard, il lui a souligné les avantages de devenir pilote dans les Forces canadiennes.

   «J’ai vu tout de suite que la formation comme pilote militaire avait ses avantages et présentait des techniques qui n’étaient pas enseignées chez les civils, a poursuivi le pilote. C’était une aventure difficile, mais je savais ce que j’avais à faire. J’avais obtenu mon permis privé dans les cadets de l’air grâce à une bourse. L’aventure dans les Forces a débuté il y a 14 ans, en 2006, lors de ma deuxième année d’études à l’Université de Moncton en ingénierie. J’ai réussi la phase 1 du cours tout en poursuivant mes études universitaires. J’ai modifié mon programme pour obtenir mon baccalauréat en 2009 en géographie et en physique du campus de Moncton.»

L’équipage des Snowbirds de passage dans le Sud-est : rangée avant, de gauche à droite : le major Ryan Stich – Snowbird 9, le capitaine Logan Reid – Snowbird 8, le capitaine Steve Sparks – Snowbird 6, le major Marc-André Lefèvre-Snowbird 4, le capitaine Ari Mahajan  – Snowbird 2, le capitaine Steve McKeen – Snowbird 3, le capitaine Scott Boyd – Snowbird 5 et la capitaine Jennifer Casey – officier des affaires publiques. Rangée arrière sur l’aile et dans le cockpit : le capitaine Richard MacDougall – Snowbird 11, le major Regan Wickett – Snowbird 10, le capitaine Joel Wilson – Snowbird 7 et le major Jean-François Dupont – Snowbird 1. (Gracieuseté)

   La phase 2 d’entraînement de pilote a débuté en 2010. Trois choix s’offraient alors à lui : pilote d’hélicoptère, d’avions de transport ou de chasse. Le sort a voulu qu’il pilote les avions de transport de matériaux de King Air, à Portage la Prairie, au Manitoba. Il a ensuite été transféré à Winnipeg pour une période de six ans avec les Hercules, avec lesquels il a voyagé à travers le monde comme spécialiste du ravitaillement en vol des avions de chasse.. En 2017, il est allé à Moose Jaw, en Saskatchewan, la base d’entraînement des pilotes et des Snowbirds, en tant  qu’enseignant pendant deux ans. Il a joint le groupe des Snowbirds en août dernier avec les vieux avions Tudors qui datent d’au moins 1966 et qui ne sont pas dotés des nouvelles technologies. Par contre, ces appareils sont bien construits et ils sont encore fiables grâce  à l’entretien et aux inspections effectuées chaque année. 

   Richard MacDougall s’est engagé pour deux ans comme pilote d’avion de reconnaissance des Snowbirds et il espère être l’an prochain aux commandes  de l’un des neuf aéronefs du groupe.. «Je suis dans l’avion qui précède le groupe de neuf et le pilote de sécurité, a-t-il ajouté. Je vole dans une formation de deux jets avant l’arrivée des neuf autres. Cette semaine, j’ai pu voler seul, donc j’ai fait un vol au-dessus de la rivière Petitcodiac 20 minutes avant les autres avec le Snowbird 11. J’ai suivi le trajet des neuf pour m’assurer que tout était correct. Lors des spectacles aériens, je commente souvent les manoeuvres pour le public. Moi et l’autre pilote de reconnaissance, on surveille le spectacle également pour dénoter des problèmes et apporter des correctifs au besoin. Les pilotes surveillent l’avion de tête et non leurs instruments pour s’empêcher de le frapper. On se sert de notre cerveau différemment que les autres pilotes et c’est tout un défi. On doit continuellement corriger le vol de l’avion. C’est fatigant et continuel.»

Un spectacle aérien avec les Snowbirds en septembre à Moncton

   Richard MacDougall et ses parents planifient depuis des mois un spectacle aérien qui devrait se produire au-dessus de la rivière Petitcodiac en septembre. Il espère que les gouvernements donneront leur approbation en cette période de pandémie. Naturellement, les Snowbirds seraient en vedette.

   Les membres de la patrouille sont très touchés par les nombreux messages reçus depuis le début de leur tournée «Opération Inspiration». «On les regarde le soir après notre spectacle et on est très touché par tous les commentaires, ajoute l’ancien membre de l’équipe d’athlétisme des Aigles Bleus de l’Université de Moncton. On ne s’attendait pas à avoir un impact aussi positif. On était en confinement pour six semaines lorsqu’on a su qu’on allait en Nouvelle-Écosse pour un survol commémoratif. Le tout s’est rapidement transformé en tournée canadienne de reconnaissance du combat des gens contre la pandémie. On a terminé l’est du Canada en fin de semaine (Ontario samedi) et on se rend ensuite dans l’Ouest.»

   Le prochain défi pour Richard MacDougall pourrait être de piloter un avion Challenger d’ici quelques années. Il aimerait piloter l’avion qui transporte le premier ministre. «Ce serait un bel emploi pour moi, a-t-il ajouté en riant. On est très ému par la réception des Canadiennes et des Canadiens. Je suis heureux qu’on puisse avoir un impact aussi puissant. On est bouche bée.»

   Les Snowbirds, 431e escadron de démonstration aérienne, sont un véritable emblème canadien et des ambassadeurs du pays. L’équipe offre des spectacles à sensations fortes pour le public canadien. Elle est composée de neuf avions à réaction et leurs traînées de fumée blanche sont leur marque de commerce.

   «On nous a demandé de faire ce qu’on fait le mieux… inspirer les Canadiens», souligne dans un communiqué  le lieutenant-colonel Mike French, commandant des Snowbirds. En menant l’Opération Inspiration. «Nous voulons saluer les travailleurs de première ligne en santé, les premiers intervenants et les travailleurs essentiels, mais aussi tous les Canadiens qui participent aux mesures pour freiner la propagation de la COVID-19. Nous voulons que les Canadiens sachent que nous sommes à leurs côtés pour traverser cette épreuve.»

Lise Cormier, profession : experte en essai d’ajustement du masque N95

Pendant une fin de semaine, Lise  Cormier, de Beaubassin-est, peut faire une centaine de masques en un tour de main. (Courtoisie)

   La chimiste Lise Cormier, de Beaubassin-est, est consultante environnementale pour la compagnie All-Tech Environmental Services depuis 2007.

Claire Lanteigne 

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

   L’entreprise  a un contrat depuis 15 ans avec l’hôpital de Moncton et l’hôpital de Sackville, du réseau de santé Horizon pour effectuer les essais d’ajustements de masques N95. Depuis l’épidémie du SRAS, en 2003, tous les employés de ces deux hôpitaux doivent porter un masque et le faire ajuster tous les deux ans, que ce soient les médecins, les infirmières, le personnel du service alimentaire, les concierges, etc., ainsi que le personnel du Programme extra-mural. Il s’agit d’une directive de Travail sécuritaire NB. 

   «Habituellement, je passais environ cinq jours par mois sur ce contrat, dit-elle, et j’ai une liste de 5 000 personnes dans ma base de données. En 13 ans, il y a des gens que j’ai vus sept fois. Mais depuis le début de la COVID-19, en janvier, c’est cinq jours à temps plein et chaque essai d’ajustement prend environ 20 minutes.» Depuis janvier, elle a assisté 681 personnes, à raison de 20 personnes par jour. Lise Cormier porte un masque procédural depuis les débuts parce qu’elle doit s’approcher des clients pour procéder aux essais.

   Elle se rend aussi aux cliniques médicales de Riverside-Albert, de Rexton et de Petitcodiac, afin de combler les surcharges de travail. La semaine dernière, en plus de son travail régulier à l’Hôpital de Moncton, elle s’est rendue aux hôpitaux de Miramichi, du Haut de la Vallée à Waterville, près de Hartland, et à celui de Fredericton. 

   «Nous utilisons la méthode quantitative pour les essais d’ajustements, explique Lise. Cette méthode est plus dispendieuse, mais plus efficace». La méthode «quantitative» consiste à exposer le masque à un agent d’essais afin de mesurer le degré d’infiltration à l’intérieur. Certains hôpitaux utilisent plutôt la méthode «qualitative», par laquelle l’utilisateur se sert de ses sens pour détecter des substances avec lesquelles il ou elle est mis en contact. Au début, Lise s’est concentrée sur les médecins et les infirmières, ainsi que sur le personnel qui n’ avait jamais eu de masque. «Mais ça s’en vient bien, et j’aurai fini prochainement. Il me reste à peu près une demi-journée à faire à Fredericton à la mi-mai et une journée à Moncton pour les nouveaux employés embauchés par l’institution.»

   Elle fera aussi des essais d’ajustements pour les dentistes qui ont beaucoup de difficulté à obtenir les masques N95.

   Lise doit maintenant voyager beaucoup plus; les arrêts aux hôtels ne lui plaisent guère. Elle est par ailleurs consciente des dangers qui accompagnent ses responsabilités. «J’ai assez peur d’être malade, dit-elle, car si jamais j’étais infectée, je pourrais en infecter d’autres. Je lave et désinfecte tout.» Elle apprend à évoluer dans cette nouvelle réalité, mais elle aime son travail ainsi que rencontrer les employés avec qui elle passe les sept étapes pour un essai d’ajustement.

Faire des masques pour se relaxer et une bonne cause

À l’Hôpital de Moncton, on connaît Lise comme la «Fit testing lady»; on pense qu’elle est une employée tellement on l’a vue souvent depuis 13 ans.

   Et quand arrive la fin de semaine, pour relaxer, elle se rend dans sa salle de couture et… fabrique des masques Elle a même participé à la mise sur pied d’un groupe «Coudeuses de par che-nous». «C’est ma thérapie. Ce ne sont pas des masques N95, mais ce sont de bons masques en batik, ce qui est mieux que le coton à 100%.» Ces masques sont  plus soyeux, plus denses et ont deux épaisseurs. Il y a un petit trou pour la pincette de nez et un filtre à café qui augmente la protection. Ils sont lavables.

   Elle ajoute qu’elle a commencé par en tailler une vingtaine, puis elle en a fait 100 au cours d’une fin de semaine, celle qui a coïncidé avec la tuerie en Nouvelle-Écosse. Ce drame l’a particulièrement marquée puisque son mari, Michel Dupuis, un membre de la GRC, était en fonction lorsque trois membres du détachement Codiac ont été tués à Moncton en 2014 par un tireur solitaire.

   Comme la fabrication de masque est très populaire ces temps-ci, elle ne trouve pas toujours les matériaux dont elle a besoin dans la région. Elle fait alors du magasinage en ligne, soit pour des élastiques ou du tissu, auprès de boutiques qui offrent le service. Elle paie en ligne et va chercher sa commande qu’on lui livre à l’auto. Au rythme où elle les confectionne, son inventaire de tissu diminue à vue d’œil. Sans oublier que les commandes augmentent continuellement.

   Elle en a reçu d’amis du Québec et d’Ottawa, dont une qui travaille pour l’UNICEF; ce masque voyagera dans le monde.

   Et toujours aussi généreuse, elle ne les vend pas : «Je demande aux gens de faire un don à une œuvre de charité de leur choix, poursuit-elle. J’ai un penchant pour le Centre de ressources et de crises familiales Beauséjour Inc.»

   Lise Cormier participera également à un projet des membres du Moncton    Modern Quilt Guild afin de faire une couverture aux couleurs du drapeau de la Nouvelle-Écosse et avec des cœurs. Elles seront toutes envoyées aux travailleurs et travailleuses de première ligne de cette province.

Pour Sara Miller de Grande-Digue, la vie est un cirque

Sara Miller en équilibre sur ses mains à Toronto.

   Le monde du cirque attire l’attention de tous et surtout des plus jeunes, en vo- yant ces athlètes réaliser des exploits qu’on attribue à des casse-cou ou des virevoltes qui semblent inimaginables. Que ce soit marcher sur des cordes dans les airs, réaliser toutes sortes d’acrobaties, se balancer sur ses mains tout en exécutant des exercices d’équilibre ou se balancer dans les airs, les gens du cirque savent nous surprendre avec leurs numéros.

Normand Léger

Initiative de journalisme local – APF – Atlantique

   Sara Miller, de Grande-Digue, au Nouveau-Brunswick, vit son rêve et sa passion du cirque depuis deux ans à Toronto où elle enseigne des éléments nécessaires à la pratique de ce métier tout en faisant partie d’un groupe qui aspire à présenter un spectacle électrisant d’ici la prochaine année. On ne parle pas du Cirque du Soleil, mais d’un groupe qui mélange les arts et les mouvements du corps dans une ambiance de cirque avec des acrobaties. Sara est à l’emploi de Deflying Fitness, à Toronto, une compagnie qui offre une variété de cours pour les gens de tout âge intéressés par le mouvement du corps et par l’art. En fait, c’est de l’activité physique inspirée par l’art du cirque. Elle est également membre du groupe sans but lucratif – Deflying Feets – qui regroupe cinq organisations  qui souhaitent  se produire un jour sur la scène internationale avec des actes de cirque basés sur le trapèze volant (duo sur des balançoires dans les airs), le main à main, la jonglerie et la planche sautoir.

Sara Miller au trapèze.
(Photos : Gracieuseté)

   Diplômée en kinésiologie de l’Université de Moncton en 2011, Sara a ensuite été enseignante dans un centre de conditionnement physique de Moncton pendant quatre ans et demi. Elle a étét membre de l’équipe d’athlétisme des Aigles Bleues du campus de Moncton durant cinq ans et s’est intéressée au saut à la perche, en plus des autres disciplines. Elle est devenue entraîneuse adjointe de cette équipe tout en continuant à travailler dans le domaine du conditionnement physique. En décembre 2015, elle décide de quitter ce centre pour voyager un peu et poursuivre ses intérêts. Elle aime beaucoup exécuter l’équilibre sur les mains ou l’appui renversé. Elle est devenue entraîneuse indépendante tout en continuant de perfectionner ses connaissances dans le mouvement du corps humain. Elle a aussi pratiqué et enseigné le yoga.

   «J’ai trouvé ma vocation et j’adore chaque minute que je passe avec ce groupe, dit la femme de 32 ans. Je vis vraiment ma passion et mon art. J’ai toujours été intéressée par l’art et l’expression corporelle. J’ai pratiqué beaucoup de danse en grandissant et j’aimais toujours d’être en mouvement. J’ai toujours voulu me balancer avec les mains sur terre et les pieds dans l’air.»

   Au printemps 2018, elle trouve un cours intéressant pour améliorer sa technique de l’équilibre sur les mains offert par la compagnie Deflying Fitness. Elle cherchait à obtenir une formation dans ce domaine qui était offerte par le copropriétaire. «Nous avons discuté du cirque, de mes intérêts pour le cerceau aérien, de mes mouvements inversés sur les mains et autres. Il m’a invitée à revenir à Toronto afin d’offrir des cours pendant deux semaines en mars 2018. J’ai tellement aimé cela que j’ai décidé de joindre la compagnie en septembre. J’offre maintenant des cours de flexibilité, de l’équilibre sur les mains et autres. Je me suis aussi associée à quatre autres personnes de Deflying Fitness afin de mettre sur pied un spectacle de cirque qui pourrait, un jour, faire des tournées mondiales. C’est une vie excitante et enrichissante.»

   Deflying Fitness offre une gamme variée de cours destinés aux débutants jusqu’aux plus avancés. On y enseigne les techniques de flexibilité, la musculation, les acrobaties et l’équilibre sur les mains, en gros tout le nécessaire pour devenir un artiste du cirque. Miller est une des trois enseignantes avec les deux copropriétaires. Elle aime bien les défis et cherche toujours à se dépasser dans ses mouvements et comme apprentie artiste de cirque.

   «J’ai vraiment trouvé ce que je cherchais dans ma vie en venant ici», souligne Sara Miller, qui a également été membre de l’équipe d’athlétisme du Nouveau-Brunswick aux Jeux du Canada. «C’est un peu plus difficile maintenant parce que notre centre est fermé en raison de la pandémie. J’offre actuellement plusieurs cours en ligne de chez-moi. C’est différent, mais on s’adapte.»

   La crise a cependant un avantage : élargir sa clientèle. «Je rejoins aussi maintenant plus de gens de partout au Canada, au lieu de seulement à Toronto. C’est intéressant pour moi.»

   Sara a toujours eu un intérêt pour le mouvement physique et artistique. Elle a suivi des sessions avec Yves Arsenault de Circus Stella, de Dieppe, afin d’en apprendre davantage sur l’art du cirque. Elle a essayé la gymnastique artistique, mais elle n’y a pas trouvé sa niche. Elle a suivi des sessions au Studio aérien avec des cerceaux. Elle explique le monde du cirque est toujours en évolution parce qu’il y a toujours un nouveau mouvement à découvrir. «Les possibilités sont innombrables, Il y a toujours une nouvelle étape à entrevoir. J’apprécie les nouveaux défis qui se présentent dans l’étape suivante.   On a présenté des spectacles à Edmonton et à Ottawa l’an dernier et on attend des subventions pour en offrir à nouveau cette année. On fait cela de façon bénévole pour le moment. On fait des acrobaties, le trapèze, la planche sautoir et la marche sur la corde lisse suspendue. Il y a beaucoup d’intérêt pour les duos, main à main ou trapèze. Je ne veux pas me spécialiser dans une épreuve, mais tout essayer.»

   En février et en mars, Sara et ses partenaires dans le projet ont passé quatre semaines au Mexique avec des entraîneurs spécialisés de renommée mondiale dans le domaine du cirque afin d’approfondir leurs expériences et habiletés. Elle a beaucoup apprécié les entraînements inversés sur mains. Elle souligne que l’alimentation et les entraînements font partie de son quotidien. Elle prend quelques pauses ici et là, mais sa passion, elle veut la vivre à 100 pour cent. Elle explique que ses premières expé- riences avec la jonglerie ont été inspirantes. La répétition du même mouvement est au rendez-vous. «Je fais le tout avec une attitude positive. Je travaille fort et avec fierté. Je manque le contact que j’avais avec les athlètes en athlétisme de l’Université de Moncton, mais je me vois devenir une accrochée du cirque qui voyagera dans le monde d’ici cinq ans pour amuser le public et vivre de ma passion.»

   Sara Miller revient en Acadie en temps en temps pour visiter la famille et ses amis. Cependant, elle voit son avenir dans le monde à amuser le public en quête d’un divertissement différent et rempli de surprises et d’acrobaties humaines semblant presque impossible à réaliser.