Opinion
6 Juillet 2022
Contrôler notre éducation
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Qui ne sait pas que Ti-Louis Robichaud avait déclaré que l’éducation était notre meilleure arme de construction massive pour développer notre peuple ? Ce ne sont peut-être pas ses mots exacts, mais c’est ce qu'il voulait vraiment dire, avec raison. Même la Cour suprême a déclaré que “l’école est l’institution la plus importante pour la survie de la minorité linguistique officielle”.
Les différents organismes d’éducation acadiens, y compris les parents, les conseils scolaires, les enseignants et même la SANB se sont mis ensemble dernièrement afin de préciser leur vision pour un meilleur système d’éducation scolaire de langue française. Il y a longtemps que l'on n'avait pas vu un document aussi clair et englobant sur la question.
Nous l’avons déjà dit, mais je trouve scandalisant que la loi scolaire actuelle du Nouveau-Brunswick soit une des plus obsolètes dans le Canada francophone. Comme seule province officiellement bilingue, nous devrions nous faire un point d’honneur d’avoir la meilleure loi. Mais non, ce sont la Nouvelle-Écosse et l’Ontario qui remportent la palme.
À titre d’exemple, actuellement au Nouveau-Brunswick, les districts scolaires n’ont même pas le pouvoir de décider où installer leurs bureaux ou les établissements scolaires dont ils sont responsables. Ils n'ont pas non plus le pouvoir d’établir les programmes scolaires, notamment faute de moyens financiers pour le faire. On est loin de l’autonomie dans la gestion scolaire, comme on serait en droit de l’attendre.
Cette autonomie scolaire tant recherchée ne vise pas nécessairement à faire fi de la place du gouvernement en éducation. Au contraire, on croit qu’il y aura toujours de la place pour de la dualité administrative. Le gouvernement devrait continuer à assigner les budgets, et le ministère de l’Éducation à négocier les conventions collectives. Mais à l’avenir, il serait souhaitable que le gouvernement et le ministère consultent davantage les districts scolaires avant de procéder.
Contrairement aux écoles anglophones, les écoles acadiennes ont le double mandat d’instruire et de construire la fierté identitaire. Pour ce faire, “la pleine gestion scolaire est essentielle à sa vitalité (mémoire)”. Il est malheureux de constater que les districts n’ont pas actuellement les ressources financières et humaines pour définir l’ensemble des programmes scolaires, comme c’est le cas en Nouvelle-Écosse. Mais, je suis heureux d'apprendre que nos districts scolaires aspirent à de telles capacités.
Afin d’atteindre cet objectif, je suggère qu’une masse importante des employés du ministère à Fredericton soit relocalisée en régions et affectée au développement des programmes scolaires au sein même des districts, afin de rendre ces derniers plus autonomes. Et c'est un droit exclusif reconnu par la Cour suprême. Cela permettrait aussi aux régions d’accueillir des centaines de nouvelles familles qui donneraient un coup de pouce à leur épanouissement.
J'irais même jusqu'à suggérer qu'il ne devrait y avoir qu'un seul ministère omnibus (comme au Québec) qui serait responsable de tout ce qui concerne l'éducation, de la petite enfance au postsecondaire, y incluant l'alphabétisation. Actuellement, les responsabilités sectorielles sont éparpillées dans différents ministères. En unissant toutes les instances sous un même portefeuille ministériel, on pourrait réellement dire que l'on a une vraie dualité en éducation. Selon cette logique, on pourrait même aspirer à avoir deux ministres de l'éducation, l'un francophone et l'autre anglophone.
En attendant que se réalise cette dernière suggestion, le ministre Cardy mène en ce moment un processus de consultation avec les citoyens pour réviser la loi sur l'éducation actuelle, avec comme objectif de mettre l’accent sur les écoles et les districts scolaires. Il est à souhaiter que cette nouvelle loi ressemble au moins à la loi sur l'éducation de la Nouvelle-Écosse. Il ne faut jamais oublier, qu’en tant que communauté égalitaire de langue officielle en milieu minoritaire, l’éducation est la principale clé pour assurer notre pérennité. L'éducation, avec la gouvernance locale, reste le pouvoir politique et démocratique acadien le plus près de nous!
Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com
