Violences sexuelles : les institutions publiques doivent prévenir la victimisation secondaire et respecter la dignité des personnes survivantes
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Réaction au communiqué de la Municipalité régionale de Tracadie du 14 octobre 2026
Le Réseau des services pour victimes de violence du Nouveau-Brunswick (RSVVNB) souhaite exprimer ses préoccupations concernant le communiqué publié le 14 octobre 2026 par la Municipalité de Tracadie, annonçant la fermeture du dossier relatif aux demandes de changement de noms de rues et d'édifices municipaux associés à d'anciens prêtres visés par des allégations d'abus sexuels.
Au-delà de cette décision, nous rappelons que les institutions publiques ont une responsabilité humaine et sociale envers les personnes qu'elles représentent. Leurs communications peuvent avoir des répercussions sur les personnes ayant dénoncé des violences sexuelles, mais aussi sur celles qui n’ont pas encore trouvé la force pour parler de leur expérience.
Nos institutions publiques ne devraient jamais, même involontairement, contribuer à discréditer, marginaliser ou réduire au silence les personnes survivantes. La justice sociale et le respect de la personne doivent demeurer au cœur de leurs responsabilités et de leurs actions afin de préserver la confiance du public.
Une décision administrative ne devrait pas devenir une source supplémentaire de souffrance
Nous reconnaissons que les municipalités doivent prendre leurs décisions conformément à leurs obligations légales et, fiduciaires. Toutefois, lorsqu'une décision concerne des allégations de violences sexuelles, la manière dont elle est communiquée revêt une importance particulière.
Dans son communiqué, la Municipalité régionale de Tracadie justifie notamment sa décision par l'insuffisance des informations et des preuves disponibles. Elle mentionne également que l'absence de collaboration de certaines personnes impliquées (les victimes) aurait empêché la poursuite des vérifications.
Nous reconnaissons pleinement le principe fondamental de la présomption d'innocence. Cependant, ce principe ne devrait pas occulter les obstacles auxquels font face les personnes survivantes. La honte, la peur de ne pas être crues, les traumatismes et les rapports de pouvoir peuvent rendre la divulgation particulièrement difficile, notamment lorsque les allégations concernent des personnes ayant occupé des positions d'autorité ou de confiance, en particulier dans les petites communautés.
Par ailleurs, si nos institutions publiques sont en droit d'exiger le respect dans les échanges, elles doivent également reconnaître le droit des citoyens d'exprimer leur mécontentement et leur frustration face aux décisions qui les concernent, dans le respect des droits d'autrui. Cette expression fait partie intégrante du dialogue démocratique.
La victimisation secondaire : une responsabilité collective
La victimisation secondaire survient lorsqu'une personne ayant vécu des violences subit des préjudices supplémentaires en raison de réactions institutionnelles ou sociales qui la discréditent, la culpabilisent ou minimisent son expérience.
Nous sommes préoccupés par les formulations du communiqué municipal qui insistent sur le manque de preuves et de collaboration, sans reconnaître les difficultés propres aux violences sexuelles ni la souffrance des personnes concernées.
Le respect des obligations légales n’implique aucunement d’être insensible aux traumatismes. Les personnes survivantes ne devraient jamais avoir à exposer publiquement leur traumatisme pour être traitées avec dignité et considération.
Un appel à des pratiques municipales plus sensibles aux traumatismes
La situation de Tracadie soulève une question qui dépasse les limites d'une seule municipalité : comment les institutions publiques peuvent-elles mieux communiquer lorsqu'elles sont interpellées sur des situations de violences sexuelles ?
Le RSVVNB encourage les municipalités et les instances gouvernementales concernées à :
- Adopter une approche sensible aux traumatismes dans leurs communications publiques, en reconnaissant la dignité des personnes survivantes et en évitant les formulations susceptibles de les culpabiliser ou de les discréditer.
- Inclure les coordonnées des ressources d'aide et d'accompagnement dans les communications concernant des situations susceptibles de raviver des traumatismes.
- Former et sensibiliser les élu.es et le personnel municipal aux réalités des violences sexuelles et à la victimisation secondaire.
- Collaborer avec les organismes spécialisés et les personnes ayant une expérience vécue pour élaborer des lignes directrices favorisant des communications institutionnelles respectueuses.
Jovial Orlachi Osundu Directrice générale
Réseau des services pour victimes de violence du Nouveau-Brunswick
