Opinion
17 Février 2026
Un cri d’alarme qui doit être entendu
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Michel Doucet, professeur émérite en droit
Le Rapport annuel de la Commissaire aux langues officielles de la province constitue un véritable cri d’alarme. Un cri d’alarme que j’endosse pleinement et sans réserve. Car il faut le dire clairement: la vitalité du français au Nouveau-Brunswick ne peut plus être tenue pour acquise.
Les recensements successifs le démontrent sans équivoque. Dans la seule province officiellement bilingue du Canada, les indicateurs sont préoccupants. Le pourcentage de francophones qui parlent principalement le français à la maison est passé de 28% en 2016 à 26,4 % en 2021. Cette diminution peut sembler modeste à première vue, mais elle révèle une tendance lourde et persistante. Si elle se maintient, elle fragilisera davantage notre tissu linguistique et réduira progressivement la place du français dans la vie quotidienne.
À cette réalité démographique s’ajoute une dynamique socioculturelle incontournable: la communauté francophone évolue dans un environnement anglo-dominant. L’influence du milieu majoritaire dépasse largement les cadres institutionnels; elle façonne les habitudes et les réflexes. Elle agit subtilement sur les comportements individuels et collectifs. Il est donc essentiel que les décideurs publics mesurent pleinement les effets concrets de cette domination culturelle sur la vitalité linguistique de la minorité.
Dans un tel contexte, il n’est guère surprenant que plusieurs membres de la communauté minoritaire choisissent de s’exprimer en anglais dans l’espace public. Ils hésitent à utiliser le français par crainte de déranger, de ralentir les échanges ou d’être perçus comme revendicateurs. Cette autocensure, discrète mais réelle, contribue à normaliser le recul du français. Si nous voulons assurer la pérennité de notre langue, un changement à la fois collectif et individuel s’impose.
Les droits linguistiques demeurent essentiels, mais ils ne suffiront pas, à eux seuls, à inverser la tendance. Ils sont indispensables, certes, mais ils ne constituent pas une solution automatique. Leur renforcement et leur application rigoureuse sont néanmoins nécessaires. La Loi sur les langues officielles doit être consolidée et mise en œuvre avec détermination. Toutefois, l’action gouvernementale ne peut se limiter au cadre législatif ; elle doit s’inscrire dans une stratégie globale et cohérente.
Le gouvernement doit reconnaître explicitement que le français se trouve en situation de vulnérabilité. Cette reconnaissance doit se traduire par des mesures concrètes et structurantes. Il faut réaffirmer la dualité linguistique dès la petite enfance: les garderies francophones doivent être des milieux pleinement assumés et non dilués dans des modèles bilingues qui fragilisent l’environnement linguistique.
Il faut également garantir un réseau scolaire francophone doté d’infrastructures de qualité sur l’ensemble du territoire, y compris à Woodstock et à Riverview, ainsi qu’un réseau d’institutions postsecondaires acadiennes adéquatement financé. Il faut intervenir dans les foyers de soins, dans l’affichage public et privé, et dans la langue de travail au sein de la fonction publique. Il faut renforcer les pouvoirs du Commissariat aux langues officielles afin qu’il puisse exercer efficacement son mandat. Il faut enfin sensibiliser les nouveaux arrivants à la réalité linguistique particulière de la province et à l’importance du respect de ses deux langues officielles.
Mais, au-delà des mesures techniques, il faut du leadership. Un leadership courageux, cohérent et constant. Trop souvent, les discours politiques se multiplient sans être suivis d’actions à la hauteur des enjeux. Or, la vitalité d’une langue ne se préserve pas par des déclarations symboliques, mais par des décisions claires et assumées.
À cet égard, l’Assemblée législative offre un exemple révélateur. Selon les observations de la Commissaire, le français n’y serait utilisé que 11% du temps lors des débats. Comment justifier qu’au sein de la seule province officiellement bilingue du pays, la langue française occupe une place aussi marginale dans l’institution politique centrale?
La vitalité d’une langue ne dépend pas uniquement du nombre de ses locuteurs. Elle repose également sur son statut et sur sa visibilité dans les institutions publiques. L’usage du français à l’Assemblée législative envoie un message puissant quant à sa légitimité et à son importance dans la société. Un usage véritablement équilibré des deux langues officielles ne relève pas d’un simple détail procédural; il constitue un symbole fort et un engagement tangible envers l’égalité linguistique.
Certes, l’interprétation simultanée est offerte lors des débats parlementaires. Mais le choix de la langue employée demeure un geste porteur de sens. Les élus ont une responsabilité particulière dans la promotion et la défense de la vitalité linguistique. Ils doivent incarner, par leurs pratiques, la dualité linguistique qui fonde notre province. Assurer un usage plus équilibré du français et de l’anglais à l’Assemblée législative serait un signal clair que cette dualité n’est pas un principe abstrait, mais une réalité vécue.
Cependant, il faut également reconnaître que l’un des enjeux les plus délicats concerne l’engagement même de la communauté acadienne envers sa langue et ses droits. Une communauté linguistique ne se définit pas uniquement par des statistiques ou par des textes de loi. Elle existe véritablement lorsque ses membres ressentent le besoin de défendre une identité commune et de la faire vivre au quotidien. Les droits linguistiques offrent un cadre essentiel, mais ils ne prennent pleinement leur sens que si la collectivité les exerce activement.
Le risque d’assimilation n’est ni théorique ni lointain; il est bien réel. Assumer sa culture, parler fièrement sa langue et exiger, jour après jour, le respect de ses droits sont des gestes déterminants. Des droits qui ne sont pas exercés finissent inévitablement par s’affaiblir et devenir désuets.
Il ne s’agit pas ici de sombrer dans le fatalisme. Le cri d’alarme lancé par la Commissaire ne signifie pas que le français disparaîtra demain matin. Mais si nous demeurons passifs, si nous repoussons encore les décisions courageuses, la date de ce destin fatidique pourrait se rapprocher dangereusement.
Le cri d’alarme de la Commissaire doit être entendu. Et surtout, il doit être suivi d’actions concrètes.
Le Rapport annuel de la Commissaire aux langues officielles de la province constitue un véritable cri d’alarme. Un cri d’alarme que j’endosse pleinement et sans réserve. Car il faut le dire clairement: la vitalité du français au Nouveau-Brunswick ne peut plus être tenue pour acquise.
Les recensements successifs le démontrent sans équivoque. Dans la seule province officiellement bilingue du Canada, les indicateurs sont préoccupants. Le pourcentage de francophones qui parlent principalement le français à la maison est passé de 28% en 2016 à 26,4 % en 2021. Cette diminution peut sembler modeste à première vue, mais elle révèle une tendance lourde et persistante. Si elle se maintient, elle fragilisera davantage notre tissu linguistique et réduira progressivement la place du français dans la vie quotidienne.
À cette réalité démographique s’ajoute une dynamique socioculturelle incontournable: la communauté francophone évolue dans un environnement anglo-dominant. L’influence du milieu majoritaire dépasse largement les cadres institutionnels; elle façonne les habitudes et les réflexes. Elle agit subtilement sur les comportements individuels et collectifs. Il est donc essentiel que les décideurs publics mesurent pleinement les effets concrets de cette domination culturelle sur la vitalité linguistique de la minorité.
Dans un tel contexte, il n’est guère surprenant que plusieurs membres de la communauté minoritaire choisissent de s’exprimer en anglais dans l’espace public. Ils hésitent à utiliser le français par crainte de déranger, de ralentir les échanges ou d’être perçus comme revendicateurs. Cette autocensure, discrète mais réelle, contribue à normaliser le recul du français. Si nous voulons assurer la pérennité de notre langue, un changement à la fois collectif et individuel s’impose.
Les droits linguistiques demeurent essentiels, mais ils ne suffiront pas, à eux seuls, à inverser la tendance. Ils sont indispensables, certes, mais ils ne constituent pas une solution automatique. Leur renforcement et leur application rigoureuse sont néanmoins nécessaires. La Loi sur les langues officielles doit être consolidée et mise en œuvre avec détermination. Toutefois, l’action gouvernementale ne peut se limiter au cadre législatif ; elle doit s’inscrire dans une stratégie globale et cohérente.
Le gouvernement doit reconnaître explicitement que le français se trouve en situation de vulnérabilité. Cette reconnaissance doit se traduire par des mesures concrètes et structurantes. Il faut réaffirmer la dualité linguistique dès la petite enfance: les garderies francophones doivent être des milieux pleinement assumés et non dilués dans des modèles bilingues qui fragilisent l’environnement linguistique.
Il faut également garantir un réseau scolaire francophone doté d’infrastructures de qualité sur l’ensemble du territoire, y compris à Woodstock et à Riverview, ainsi qu’un réseau d’institutions postsecondaires acadiennes adéquatement financé. Il faut intervenir dans les foyers de soins, dans l’affichage public et privé, et dans la langue de travail au sein de la fonction publique. Il faut renforcer les pouvoirs du Commissariat aux langues officielles afin qu’il puisse exercer efficacement son mandat. Il faut enfin sensibiliser les nouveaux arrivants à la réalité linguistique particulière de la province et à l’importance du respect de ses deux langues officielles.
Mais, au-delà des mesures techniques, il faut du leadership. Un leadership courageux, cohérent et constant. Trop souvent, les discours politiques se multiplient sans être suivis d’actions à la hauteur des enjeux. Or, la vitalité d’une langue ne se préserve pas par des déclarations symboliques, mais par des décisions claires et assumées.
À cet égard, l’Assemblée législative offre un exemple révélateur. Selon les observations de la Commissaire, le français n’y serait utilisé que 11% du temps lors des débats. Comment justifier qu’au sein de la seule province officiellement bilingue du pays, la langue française occupe une place aussi marginale dans l’institution politique centrale?
La vitalité d’une langue ne dépend pas uniquement du nombre de ses locuteurs. Elle repose également sur son statut et sur sa visibilité dans les institutions publiques. L’usage du français à l’Assemblée législative envoie un message puissant quant à sa légitimité et à son importance dans la société. Un usage véritablement équilibré des deux langues officielles ne relève pas d’un simple détail procédural; il constitue un symbole fort et un engagement tangible envers l’égalité linguistique.
Certes, l’interprétation simultanée est offerte lors des débats parlementaires. Mais le choix de la langue employée demeure un geste porteur de sens. Les élus ont une responsabilité particulière dans la promotion et la défense de la vitalité linguistique. Ils doivent incarner, par leurs pratiques, la dualité linguistique qui fonde notre province. Assurer un usage plus équilibré du français et de l’anglais à l’Assemblée législative serait un signal clair que cette dualité n’est pas un principe abstrait, mais une réalité vécue.
Cependant, il faut également reconnaître que l’un des enjeux les plus délicats concerne l’engagement même de la communauté acadienne envers sa langue et ses droits. Une communauté linguistique ne se définit pas uniquement par des statistiques ou par des textes de loi. Elle existe véritablement lorsque ses membres ressentent le besoin de défendre une identité commune et de la faire vivre au quotidien. Les droits linguistiques offrent un cadre essentiel, mais ils ne prennent pleinement leur sens que si la collectivité les exerce activement.
Le risque d’assimilation n’est ni théorique ni lointain; il est bien réel. Assumer sa culture, parler fièrement sa langue et exiger, jour après jour, le respect de ses droits sont des gestes déterminants. Des droits qui ne sont pas exercés finissent inévitablement par s’affaiblir et devenir désuets.
Il ne s’agit pas ici de sombrer dans le fatalisme. Le cri d’alarme lancé par la Commissaire ne signifie pas que le français disparaîtra demain matin. Mais si nous demeurons passifs, si nous repoussons encore les décisions courageuses, la date de ce destin fatidique pourrait se rapprocher dangereusement.
Le cri d’alarme de la Commissaire doit être entendu. Et surtout, il doit être suivi d’actions concrètes.
