Opinion
8 Novembre 2024
Je demeure perplexe
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Quand je réfléchis aux mesures entreprises ou envisagées par les instances gouvernementales dans la gestion des ressources planétaires, je conclus à l’imbroglio le plus complet, quand il ne s’agit pas d’aveuglement volontaire.
Déjà, au début des années 1970, les scientifiques sonnaient l’alarme devant la détérioration accélérée de l’environnement dû au mauvais usage des ressources de la planète. En 1982, l’ONU mettait sur pied la « Commission mondiale sur l’environnement et le développement », composée de 23 personnes de 22 pays, présidée par la première ministre de la Norvège, Madame Gro Harlem Bruntland, afin d’étudier l’état de la planète. Son rapport fut publié en 1987 sous le nom de « Notre avenir à tous ». Constat : l’état déplorable de notre environnement était surtout dû aux modes de consommation et de production non durable pratiquées dans l’hémisphère nord. Le rapport proposait des stratégies à long terme en matière d’environnement pour assurer un développement durable à partir de l’an 2000.
Où en sommes-nous près de quatre décennies plus tard? Un minable ralentissement de la vitesse du réchauffement de la planète et aucun progrès significatif vers l’adoption d’un mode de vie qui permettrait un développement durable. Certaines pratiques néfastes ont même proliféré.
Ici au pays, l’extraction et l’exportation des ressources bitumineuses, subventionnées à même les impôts des contribuables, continuent d’augmenter, alors que cette industrie est responsable de plus de 30% des gaz à effet de serre produits par le Canada.
Et qu’en est-il de la destruction de la biomasse, la disparition des espèces et la pollution débridée des cours d’eau, des lacs et des océans? Je ne serais pas surpris qu’on en soit rendu au point de non-retour.
Un autre exemple de mauvaise gestion des ressources qui me laisse perplexe est la pêche à la civelle, autorisée dans diverses régions côtières du pays. Entre l’âge de 8 à 23 ans, les anguilles adultes retournent aux Sargasses, là où elles sont nées, pour se reproduire. Les femelles pondent des millions d’œufs chacune, avant de disparaître. Une fois devenues alevins, ou civelles, au bout de quelques mois, ces minuscules anguilles translucides, mesurant environ 15 à 20 centimètres, gagnent les côtes de plusieurs pays, dont le Canada.
Cette pêche est très lucrative, pouvant rapporter autant que 5 000 $ le kilogramme sur le marché asiatique. D’après les sources consultées, un kilogramme représente environ 2900 alevins, autant d’anguilles qui ne deviendront jamais adultes. Un pêcheur peut en récolter 2 kilogrammes et plus en une nuit.
Or, la pêche à l’anguille adulte a été fermée cette année dans le lac Ontario pour des motifs de conservation de l’espèce. Et cette pêche est interdite au Canada pour les mêmes raisons dans la majorité des aires fréquentées par ces poissons. Une baisse mondiale de la famille des anguillidae a été constatée depuis les années 1980.
Alors, vous comprendrez que je demeure perplexe devant la décision de la ministre de Pêches et Océans Canada d’autoriser encore cette année la capture de millions de minuscules anguilles alors que la population adulte de l’espèce est dangereusement en déclin. De constater que 2900 anguilles adultes pourraient offrir un repas nourrissant à près de 8 000 personnes pendant qu’un kilogramme de civelles sert principalement de hors-d’œuvre à quelques riches fait encore grimper le niveau de ma perplexité.
Cyrille Sippley
Saint-Louis-de-Kent
