Guerres et propagande
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En mai 1916, alors que sévissait la Première Guerre mondiale, le prééminent journal acadien L’Évangéline a congédié sans ménagement son tout nouveau rédacteur, un nommé Stanislas Léger, de Memramcook. Son délit ? Avoir publié dans le journal une opinion éditoriale, selon laquelle L’Évangéline « s’oppose à toute participation aux guerres étrangères, étant convaincu que ces querelles d’outre-mer ne nous concernent aucunement, et ne constituent que des entraves au développement du pays » (édition du 27 avril 1916).
À l’époque, une telle opinion se disait sans doute derrière les granges, mais pas trop fort, et pas dans un journal. C’était contraire à la propagande et à la bien-pensance qui dominaient le discours public autour de la guerre. Cela était normal pourtant, puisque le Canada était officiellement en guerre, et que la guerre et le mensonge allaient ensemble, c’est connu depuis toujours. Car il importait aux dirigeants de garder les autres dans l’esprit de se battre, coûte que coûte, en dépouillant l’ennemi du moment de son humanité.
Progressons de 106 ans, jusqu’en 2022. Une nouvelle guerre européenne occupe les esprits et les médias qui « informent » ceux-ci. Or, jusqu’à preuve du contraire, le Canada n’est PAS en guerre, officiellement. Du moins, pas encore. À quoi donc nous servent la répétition incessante de la propagande antirusse et des menteries du régime Zelensky (qui lui, est en guerre), et toutes les demi-vérités qui dominent tous les rapportages et toutes les déclarations de tous nos ministres ? Je pense aussi à la diatribe récente d’Alcide LeBlanc dans le Moniteur, contre la personne du président russe. Monsieur LeBlanc a peut-être bien raison dans ses jugements sur Poutine, mais l’avenir seul nous le dira. Il demeure que son texte est pure propagande, en ce qu’il fait appel aux émotions et non à la raison (ce que M. LeBlanc fait normalement si bien). Un peu de contexte historique sur le conflit lui aurait donné plus de pertinence, même s’il ne règlera rien aux anciennes haines là-bas.
À bien y songer, se pourrait-il que Stanislas Léger avait raison ? Eh bien, là aussi, on dirait qu’il est encore trop tôt pour le savoir.
Claude E. Léger
Shédiac
