Opinion
8 Septembre 2022
L’Université de Moncton doit s’activer davantage
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Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com
L’Université de Moncton est l’institution acadienne la plus importante, avec le Collège Communautaire du Nouveau-Brunswick, pour faire avancer l’épanouissement du peuple acadien. Telle était la vision de Ti-Louis Robichaud, et elle est toujours pertinente. Mais est-ce qu’elle joue son rôle à la hauteur de ce que l’on serait en droit de s’attendre? Elle pourrait faire mieux.
Premièrement, sa structure administrative est trop lourde : trop d’administrateurs, et pas assez de professeurs. Là où on devrait avoir une université et trois campus, on se retrouve avec trois universités sur trois campus. Il est aberrant, par exemple, que l’on trouve en effet trois systèmes de comptabilité pour une université. Par exemple, si un professeur de Moncton donne un cours par vidéoconférence pour Shippagan, il est payé par le système de paie de Shippagan. Ridicule!
Il y a peut-être aussi un trop grand nombre de programmes, soit près de 200. Certains de ces programmes ne s'adressent qu’à deux ou trois étudiants. Il faut sérieusement se questionner sur la pertinence de ces programmes en question.
Plusieurs professeurs refusent systématiquement de s'adresser aux médias. Pourtant ne dit-on pas que le savoir est le pouvoir ? Les professeurs d'université, porteurs de connaissances, doivent partager ces connaissances avec la population. Heureusement qu'il y en a quelques-uns comme Pierre-Marcel Desjardins, Claire Johnson, Gaétan Moreau, Christophe Traisnel, Roger Ouellette, Marie-Andrée Pelland, Ronald Babin, Suzanne Dupuis-Blanchard et quelques autres qui se prêtent régulièrement à cet exercice. Réalisons qu'il y a près de 150 professeurs à l'université.
Mais on entend rarement notre recteur intervenir dans les grands débats publics, comme ceux des langues officielles et de la santé. L'université est intrinsèquement une institution forte. Sa voix devrait être entendue plus souvent.
Une étude récente de l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS) vient de clamer avec force que la gratuité des études postsecondaires devrait être établie au Québec. Ça pourrait s'appliquer au Nouveau-Brunswick, parce que ça serait faisable, comme ça se fait en Allemagne, au Danemark, en France ou en Finlande. L'université devrait être activement une propagandiste de cette idée. Ça faciliterait l'accessibilité universelle aux études pour former les professionnels dont le marché de l'emploi a tant besoin.
L'Acadie n'a que deux universités, l’autre étant l'Université Sainte-Anne en Nouvelle-Écosse. De par ce statut particulier, notre université ne peut pas rater sa mission d'éduquer la communauté acadienne. Elle est condamnée à être la plus généraliste possible, tout en étant obligée de développer des créneaux plus spécialisés, telles les études acadiennes. Les sciences sociales doivent obligatoirement couvrir le développement socio-économique de notre société. Déjà un travail intéressant se fait sur le vieillissement de la population acadienne, mais d'autres secteurs doivent être couverts.
Il est loin le temps où l'université produisait des penseurs qui animaient la vie politique en Acadie. Comme exemple, le Parti acadien était né sur les campus du Collège de Bathurst et de Moncton de l'Université de Moncton. On parle des années 70. On est donc loin de cette période florissante de la vie politique en Acadie. Statistiques Canada vient de nous faire réaliser une autre fois que le français est en recul au Canada, dont au Nouveau-Brunswick. Quand aurons-nous de l'université des idées novatrices pour contrer un tel fléau?
Nous n'avons qu'une seule université acadienne au Nouveau-Brunswick, et on doit la chérir. En contrepartie, l'université doit mériter cette estime. Actuellement, elle n'est pas suffisamment présente dans la vie socio-politique de notre Acadie pour mériter toute notre estime sans condition. Elle doit s'activer davantage, socialement et politiquement.
