Un vent de fraîcheur politique
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Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com
La venue de Susan Holt à la chefferie du Parti libéral du Nouveau-Brunswick constitue un vent de fraîcheur politique dans cette province. Le Moniteur acadien avait soutenu et prévu l’élection de madame Holt. Je fais partie de ceux qui sont heureux de ce résultat. Ça fait longtemps que l’atmosphère politique au Nouveau-Brunswick est sombre, pour ne pas dire moche. Ça donne un espoir de renouveau.
Il faut qu’en démocratie les positions soient clairement identifiés, pour que celles-ci offrent de réelles alternatives politiques. À présent, on peut parler plus clairement d’alternatives politiques avec cette revitalisation du Parti libéral à son plus haut sommet. Mais ça ne veut pas dire pour autant que tout est réglé. Pour ce faire, le Parti libéral doit faire un gros travail d’introspection afin de préciser ses messages politiques.
Prenons tout simplement le renouvellement de la loi sur les langues officielles. Le gouvernement actuel est rébarbatif à tout renouvellement. Comme je le disais dans ma dernière chronique, il est à se demander si ce n’est pas mieux que ce gouvernement ne bouge pas sur la question. On pourrait attendre un prochain gouvernement, libéral celui-là, pour faire avancer le dossier. Le hic, c’est que jamais on n’a renouvelé cette loi sous un gouvernement libéral. Historiquement, les Libéraux sont timides sur les questions linguistiques, sauf sous Robichaud. Ce serait dommage que l'histoire se répète encore une fois, et qu'on se fasse jouer de mauvais tours.
Il est évident que le renouveau politique n’est pas un gage de succès. Mais, tout ce qui sera différent de la politique d’aujourd’hui sera le bienvenu. On n’en peut plus d’un gouvernement qui gouverne exclusivement pour Fredericton-St-Jean, comme si Moncton et le Nord n’existaient pas. Monsieur Higgs ne semble pas aimer son emploi de Premier ministre. Dans ce cas, qu’il le quitte !
En fait, il serait souhaitable que le Parti conservateur change aussi de leadership. Une course à la chefferie du Parti conservateur contribuerait aussi au brassage d’idées. La plus grande menace à notre démocratie, c’est le statu quo actuel. C’est cette atmosphère de désabusement ambiant.
Dans ce portrait politique, il ne faut pas oublier le Parti vert. La performance exemplaire de ses trois députés actuels donne envie d’avoir plus de députés de ce parti à l'Assemblée législative. Quant au NPD, c'est malheureusement devenu un parti moribond.
Il manque d’intellectuels et de visionnaires dans le monde politique néo-brunswickois. Même s’ils n’étaient pas tous des intellectuels dans le sens strict du terme, on s’ennuie des Jean-Maurice Simard, Jean Gauvin, Bernard Richard, Denis Losier, Élizabeth Weir, Richard Hatfield, Frank McKenna. Ça manque de brillance et de flamboyance dans le climat politique actuel. Trop de comptables, et pas assez de visionnaires!
Quant au plan fédéral, de gros nuages noirs pointent à l'horizon. L'élection possible d’un mini-Trump, Pierre Poilièvre, à la chefferie du Parti conservateur est des plus inquiétante. Avec ses pensées de droite, pour ne pas dire d'extrême-droite, il risque de raviver les cordes nationalistes québécoises. Ce qui serait bon pour les souverainistes, mais moins pour nous Acadiens et pour les franco-canadiens. Jamais je n'aurais cru que je souhaiterais que Jean Charest devienne chef de ce parti.
Et tant qu’à rafraîchir la politique, il est à se demander si Justin Trudeau ne devrait pas aussi songer à partir, d'autant plus que l'obtention d'un troisième mandat n'est pas facile.
Winston Churchill disait qu'il privilégiait la démocratie comme système politique, parce que c'était le moins pire de tous les systèmes. Cependant, il ne faudrait pas que l'on choisisse la démocratie par défaut. Il faut, au contraire, y adhérer avec enthousiasme. Plusieurs personnes sont mortes pour elle, et meurent encore partout dans le monde pour l'atteindre. Pour cela, il faut que nos acteurs politiques soient à la hauteur de leurs responsabilités, ce qui n'est pas le cas actuellement. Souhaitons-nous une démocratie plus vibrante, plus vivante, tout en espérant que la venue de madame Holt contribue au renouvellement de la politique néo-brunswickoise pour le mieux.
Jean
