Diane Tell regarde devant
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Cinquante ans de carrière pourraient inviter à regarder dans le rétroviseur. Diane Tell préfère garder les yeux sur la route. Le 2 octobre, au Théâtre Capitol de Moncton, elle revisitera cinq décennies de chansons avec de jeunes musiciens et sans céder à la nostalgie.
Damien Dauphin
Le Moniteur Acadien
Diane Tell célèbre cinquante ans de carrière, mais ne semble guère disposée à s’immobiliser devant le paysage parcouru.
Sa tournée 50 i’aime anniversaire, qui fera escale au Théâtre Capitol de Moncton le vendredi 2 octobre, n’a rien d’un musée consacré à ses propres succès.
«Lorsqu’on prend la route avec son band et ses chansons, quel que soit le moment de sa carrière, on ne sait jamais vraiment ce qui va se passer. Le plus important, c’est de prendre beaucoup de plaisir à l’aventure… Comme lorsqu’on conduit une voiture: je regarde devant et, de temps en temps, je jette un œil dans le rétroviseur», a-t-elle confié en entrevue avec Le Moniteur Acadien.
Dans ce rétroviseur figurent pourtant quelques chansons devenues incontournables, parmi lesquelles Si j’étais un homme, Gilberto ou Souvent longtemps énormément.
Les reprendre cinquante ans plus tard pose une question: comment préserver ce que le public aime sans les enfermer dans l’époque qui les a vues naître?
Pour Diane Tell, les chansons vieillissent moins vite que leur habillage.
«Les arrangements vieillissent souvent plus vite que les chansons. En même temps, le son, le style et le traitement d’un morceau contribuent largement à son charme et parfois à son succès. Selon moi, il faut donc déshabiller le “classique”… puis le rhabiller avec ce que nous avons aujourd’hui dans nos valises, le band et moi.»
Les chansons prennent leur liberté
Avec les années, l’interprète elle-même change. Mais les chansons peuvent aussi acquérir une existence qui échappe à leur créatrice.
«C’est souvent le public qui en transforme le destin, et parfois même le sens. Une chanson d’amour toute simple peut devenir le symbole d’un mouvement, le slogan d’une époque, le succès de l’année X…»
Puis vient cette inversion qu’elle résume en quelques mots :
«Au début, l’artiste porte ses chansons à bout de bras. Puis un jour, ce sont elles qui le portent.»
Pour leur donner une nouvelle vie sur scène, Diane Tell s’est entourée de musiciens plus jeunes. Julien Fillion, directeur musical, guitariste et saxophoniste, avait 25 ans lorsqu’elle l’a rencontré il y a six ans.
Elle insiste cependant sur la réciprocité de cette collaboration: ces musiciens ont aussi choisi de travailler avec elle.
En répétition, «c’est carte blanche et laboratoire de recherche».
«On essaie, et oui, on bouscule, on garde, on jette. Mais un concert, c’est un pont entre deux rives: de la première note de l’introduction à la dernière du rappel, il faut que le pont… tienne la route!»
Parmi ceux qui contribuent à cette nouvelle couleur figure le batteur acadien Alain Bourgeois, originaire de Moncton. Diane Tell ne tarit pas d’éloges à son sujet.
«Vous me parlez de couleur? Je dirais qu’il tient le pinceau. Instrument imposant, jeu très physique, gardien du tempo: tout le band s’appuie sur lui.»
Pas de recette Diane Tell
Le public qui vient entendre ses classiques doit néanmoins s’attendre à quelques détours.
«J’évite de faire du “Diane Tell”. Je ne suis pas une recette: je suis derrière mes fourneaux, avec mon tablier. Créer le concert que j’aimerais aller voir, réaliser l’album que j’aimerais entendre: c’est ça que je veux faire.»
Elle se réjouit aussi de voir ses chansons reprises par des artistes plus jeunes et aimerait que la liste continue de s’allonger.
Sur scène, les grands succès côtoient des morceaux moins connus comme Et ça recommence, Paradis d’espace, Une ou encore Chat, tirée de son plus récent album, Haïku.
La tournée traverse ainsi les sons, les collaborations et les époques sans se limiter à une rétrospective.
Et qu’est-ce qui pousse encore Diane Tell à écrire, créer, répéter et reprendre la route après cinq décennies ?
La réponse tient en quelques mots.
«J’aime travailler. C’est tout. Travailler me rend heureuse.»
« La belle vie »
Si elle pouvait aujourd’hui s’adresser à Diane Fortin, la jeune femme de 20 ans qui commençait sa carrière en 1977, elle lui emprunterait d’abord une phrase écrite dans sa jeunesse :
«Pouvoir recommencer avec mon expérience, ce serait différent, mais ça, c’est impossible.»
Certaines décisions seraient peut-être différentes. Elle évoque les hauts «qui vous donnent le vertige», les bas désespérants, les erreurs de jeunesse, la fatigue, l’argent qui manque et les silences radio.
Mais sur l’essentiel, aucun regret.
«J’ai toujours su une chose: la vie d’artiste, c’est la belle vie! La meilleure vie du monde.»
Diane Tell présentera 50 i’aime anniversaire vendredi 2 octobre à 19h30 au Théâtre Capitol de Moncton.
