DONATIEN VAUTOUR, 90 ANS D’ENTREPRENEURIAT ET D’ENGAGEMENT
- Partager
Alerte, affable et toujours actif à 90 ans, Donatien Vautour habite encore à Saint-Louis-de-Kent, sur la propriété qui appartenait à son arrière-arrière-grand-père Pierre Vautour, né en 1799. Deuxième d’une famille de quinze enfants, il se dit privilégié d’avoir fait sa vie dans cette communauté.
Évérard Maillet
Le Moniteur Acadien
«C’est d’abord une région rurale où les ressources naturelles sont disponibles. Saint-Louis a été une attraction pour bien des gens de la pêche et de la forêt et nous n’avons donc pas d’industries qui nous polluent», a-t-il dit d’entrée de jeu.
À côté de sa bibliothèque, Donatien Vautour montre une photo et les cendres de son épouse Marie, ainsi que quelques objets conservés à sa mémoire, dont un bouquet de chatons de saule qu’elle aimait et un petit animal en peluche. La table sur laquelle ils sont disposés est l’une de ses réalisations. (Photo : Evérard Maillet)
L’ancien entrepreneur garde de précieux souvenirs de ses années d’études primaires alors que l’enseignement était confié aux religieuses de la congrégation Notre-Dame de Montréal. «C’est Mgr Marcel-François Richard qui les invita à enseigner à Saint-Louis. Par la suite, les prêtres salésiens m’ont aussi fait la classe au niveau secondaire et j’ai ensuite complété mes études au Collège Saint-Joseph, à Memramcook», a expliqué le nonagénaire.
À l’âge de 21 ans, à l’instar de quelques-uns de ses ancêtres, Donatien Vautour a décidé de faire carrière en construction. «D’abord, j’aimais déjà le travail manuel mais à l’époque je possédais mes culottes et c’était à peu près tout! Grâce à des endosseurs, j’ai emprunté 2 000 $ de la caisse populaire et je me suis acheté un bulldozer Caterpillar, surtout pour creuser des caves, faire des chemins dans les bois et plus encore», a-t-il souligné.
En hiver, la demande pour exécuter des travaux d’excavation était relativement stagnante. «À 22 ans, j’ai reçu une offre d’emploi de la compagnie Lounsbury qui était à la recherche d’un vendeur français pour la région et on m’embaucha au salaire de 50 $ par semaine, en plus de me fournir une automobile les fins de semaine et des commissions sur la vente de véhicules, à Richibucto», ss’est souvenu M. Vautour.
Le printemps suivant, le jeune Donatien a décidé de garder son emploi avec la compagnie Lounsbury mais tout en embauchant un employé qui continuerait l’opération de son bulldozer. «J’avais donc deux intérêts mais par la suite l’évaluateur en chef des taxes pour la municipalité du comté de Kent est mort subitement. J’ai postulé et j’ai obtenu ce nouvel emploi. Je suis ensuite devenu directeur régional jusqu’en 1982. J’ai alors démissionné parce que ma compagnie ‘Entreprise St-Louis’ s’était beaucoup développée. Elle comptait alors une huitaine d’employés, quatre bulldozers et des camions. De toute façon, j’ai toujours dit que j’ai commencé à travailler avec les mains dans la graisse et que je m’en retournerai avec les mains dans la graisse!», a-t-il déclaré en riant.
Au fil des années, sa compagnie a obtenu d’importants contrats de construction, notamment avec le Parc national Kouchibouguac.
À 56 ans, Donatien Vautour a quitté la direction de l’entreprise qu’il avait fondée et développée. Elle comptait alors une douzaine d’employés. Il est toutefois demeuré conseiller auprès de la compagnie. Aujourd’hui, son fils Denis, ingénieur civil, en est propriétaire avec ses trois fils.
Sur le plan communautaire, Donatien s’est distingué à titre de bénévole très engagé pendant plusieurs années. Il a siégé sur divers comités paroissiaux, tels ceux des finances et du cimetière, en plus d’être l’un des fondateurs du Club social acadien de Saint-Louis. «J’ai également été membre de la chorale pendant une cinquantaine d’années», a expliqué l’ancien conseiller municipal.
Sur une note triste, le 25 décembre dernier, la journée de Noël, son épouse Marie, née Thébeau, est décédée après 65 ans de mariage. «Comme moi, elle était une grande croyante, ce qui m’aide dans mon cheminement de veuf», a confié M. Vautour avec émotion. Pendant plusieurs années, Marie fut responsable des services alimentaires à la Villa Maria.
À 90 ans, Donatien Vautour demeure attentif à l’actualité et continue de travailler le bois dans l’atelier aménagé près de sa maison. Père de cinq enfants et grand-père de 18 petits-enfants, il compte également plusieurs arrière-petits-enfants
