Zachary Richard à Dieppe : l’humaniste de la scène au plus près de son public
- Partager
Les spectateurs qui prennent place à l’un des deux spectacles de Zachary Richard cette semaine à Dieppe vont vivre un moment de rare proximité avec l’artiste cajun, qui amorce une mini-tournée au Nouveau-Brunswick avant de poursuivre sa route vers le Québec.
Normand A. Léger
Le Moniteur Acadien
Présentées mardi et mercredi dans le cadre du 15e anniversaire du Centre des Arts et de la Culture de Dieppe, ces représentations affichent complet depuis plusieurs jours, signe manifeste de l’attachement durable que lui voue le public de la région. L’auteur-compositeur-interprète sera ensuite de passage à Trois-Rivières le 3 juillet.
«La vie passe vite et il faut profiter de chaque moment, confie Zachary Richard en entrevue au Moniteur Acadien. J’ai la chance de pratiquer un métier qui me permet, depuis plus de 50 ans, de m’exprimer et de recevoir l’énergie du public. C’est un privilège et un bonheur de monter sur scène. Chanter n’est pas un travail pour moi, même si j’ai chanté Travailler c’est trop dur. J’ai travaillé fort dans ma vie, mais je me considère chanceux de pouvoir encore divertir le public. Je peux toujours placer quelque chose dans la brouette.»
À 75 ans, Zachary Richard demeure l’un des plus éloquents ambassadeurs de la culture cajun et acadienne. Né dans un environnement où ses grands-parents s’exprimaient uniquement en français, tandis que ses parents vivaient davantage en anglais, il a longtemps évolué dans un univers fortement américanisé. C’est au début de l’âge adulte, vers 20 ans, qu’il a renoué avec ses racines acadiennes et découvert l’univers de la chanson.
«Mon répertoire à Dieppe sera semblable à celui que j’ai présenté à Memramcook l’an dernier, précise-t-il. Je viens toutefois de lancer aujourd’hui (mardi 2 juin-NDLR) un single, Ça fait chaud, tiré de l’album réalisé avec mon petit-fils Émile Cullen il y a deux ans. Cette chanson évoque la chaleur sous toutes ses formes et la manière dont elle agit sur les gens. J’aime les spectacles intimistes comme ceux de Dieppe, où je serai accompagné de mon guitariste Rick Howard. Le 15 août, à Charlo, j’aurai un orchestre avec moi. Ce seront les mêmes chansons, mais portées par davantage d’exubérance et de folie.»
L’artiste affirme vouloir chanter et composer jusqu’à son dernier souffle. Il travaille actuellement à un deuxième roman et dit puiser dans le public l’énergie qui l’incite à poursuivre la route. «J’ai chanté devant des centaines de milliers de personnes ou devant trois vaches en France, lance-t-il en riant. Ce sont toujours des moments de vérité, de sérénité et d’authenticité. J’ai découvert le son cajun et la musique traditionnelle à 20 ans. J’ai côtoyé certains des grands anciens musiciens cajuns et je me suis passionné pour leur univers. Ils m’ont appris bien des choses que je mets encore en pratique aujourd’hui.»
Le chanteur et écrivain se voit avant tout comme un homme au service de son public. Son ambition, dit-il, n’a jamais été de nourrir une quelconque célébrité personnelle, mais bien de transmettre avec sincérité ce qu’il porte en lui de plus vrai.
«J’aime l’expérience humaine dans mes spectacles, a-t-il poursuivi. Les gens ont besoin de se rassembler et de fêter. J’exprime ma propre humanité. Les gens souffrent parfois dans la vie de tous les jours. J’aime partager mes expériences en divertissant et en permettant aux gens de trouver le plaisir de la vie.»
Dans une réflexion aux accents philosophiques, il rappelle que la chanson permet aux gens de danser de multiples façons: par le corps, par l’imaginaire ou simplement, immobiles, au creux de leur chaise. Elle offre aussi un lieu où les émotions peuvent circuler librement.
«J’aime toutes mes chansons, même si certaines ont plus rempli mon porte-monnaie, a-t-il ajouté. Certaines ont connu une plus grande carrière comme Jean Batailleur, Réveil, et Travailler c’est trop dur, mais toutes mes chansons sortent de mon cœur et je les aime toutes. »
Zachary Richard dit ne nourrir aucune préférence particulière pour un coin d’Acadie plutôt qu’un autre, de Cap Enragé à Caraquet, du nord au sud, jusqu’aux Îles-de-la-Madeleine. « J’aime l’Acadie au complet. C’est une belle région avec de beaux paysages et des habitants et des amis que j’ai toujours hâte de retrouver. Ma mission est d’éprouver du plaisir avec les gens. »
Il poursuit : «La vie est trop courte et j’aime m’entourer de gens talentueux et ma femme qui me suivent en tournée. J’ai connu des hauts et des bas en 50 ans de métier. C’est quand même une assez longue carrière de partage avec les gens. J’aime encore créer et je vais continuer à partager avec les gens le plus longtemps possible. Je ne sais pas quand je partirai, mais lorsque j’aurai la force et la vie, je vais continuer à le faire.»
Né Ralph Zachary Richard le 8 septembre 1950 à Scott, en Louisiane, Zachary Richard est auteur-compositeur-interprète, chanteur, guitariste, accordéoniste, multi-instrumentiste et poète américain associé à la musique acadienne et au zydeco. Son interprétation de Réveil lors du Congrès mondial acadien de Shediac, en 1994, demeure l’un des grands moments de la chanson francophone en Amérique du Nord. Au fil des décennies, il s’est aussi illustré comme cinéaste, poète et écrivain.
Il a obtenu un doctorat honorifique en musique de l’Université de Moncton en 2005.
