« Je devais y aller » : Diane Doiron sauve un automobiliste d’une mort certaine
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Lundi 9 mars, après une longue journée épuisante de magasinage dans le Grand Moncton, Diane Doiron et sa partenaire Mélanie Letang ont rebroussé chemin en direction de leur demeure, à Pointe-Sapin. Tout en roulant vers le nord du comté de Kent, Diane ne s’attendait pas à ce qu’elle allait bientôt accomplir un acte de bravoure avant d’arriver à bon port.
Évérard Maillet
Le Moniteur Acadien
Plus tard en après-midi, les deux dames constatent que plusieurs véhicules, ainsi qu’un camion poids lourd, sont stationnés sur l’accotement de l’autoroute 11, à la hauteur de Rexton. Il s’agissait d’un accident de la route puisqu’une automobile, renversée sur le toit, était isolée dans un fossé d’eau glacée.
«J’ai ralenti mais il y avait déjà plusieurs véhicules qui étaient arrêtés, ainsi que plusieurs personnes sur le bord du chemin. Je n’avais pas l’intention de me rendre sur le lieu de l’accident mais j’avais ce sentiment que je devais y aller pour peut-être rendre service», se rappelle Mme Doiron.
Ce qu’elle a vu l’a bouleversée. Ancienne militaire dans la Marine royale canadienne, possédant plusieurs années d’expérience en tant que pompière volontaire, Diane décida de prêter main-forte, et ce en s’exposant elle-même à la possibilité de subir des blessures. Ne sachant pas encore s’il y avait une personne à l’intérieur du véhicule accidenté, Diane devait marcher dans l’eau creuse du canal pour enfin découvrir qu’un homme au volant était grièvement blessé et que l’eau montait jusqu’à son visage.
«Incapable d’ouvrir la porte du conducteur, j’ai vu que la vitre arrière de l’auto était cassée et de là j’ai réussi à me faufiler jusqu’à lui. Avec un couteau j’ai coupé sa ceinture de sécurité pour le libérer mais ses jambes étaient coincées derrière le volant», précise la sexagénaire, ajoutant d’un seul élan qu’au moins l’homme était vivant mais cependant très faible.
Ne pouvant rien faire d’autre dans des circonstances extrêmement difficiles et dangereuses, Diane devait ainsi lever difficilement les épaules du conducteur pour s’assurer que son visage demeure hors de l’eau. Entre-temps, elle lui parlait pour le tenir réveillé et le réconforter. À ce moment-là, les bras et les jambes du blessé étaient complètement submergés dans l’eau glaciale.
«C’était très fatiguant et très exigeant de tenir ses épaules avec mes mains dans l’eau froide mais je devais persévérer et ne pas le quitter car sa vie était en danger. Cela a duré une très longue période d’une vingtaine de minutes, jusqu’à ce que les pompiers, les ambulanciers et les policiers sont apparus. Les pinces ‘jaws of life’ (désincarcération) ont été utilisées pour enfin le libérer», explique la retraitée de l’armeée, ajoutant que deux autres occupants de la voiture avaient auparavant réussi à sortir de l’automobile. Par la suite, les trois passagers ont été conduits à l’hôpital.
Trempée, grelottante, Diane est retournée à son auto où elle a pu enfiler un vêtement chaud et sec.
Depuis quelques les derniers jours, cette brave et courageuse femme entend ici et là qu’elle est une véritable héroïne. «Pas nécessairement car j’ai plutôt agi par instinct», a simplement indiqué la bonne samaritaine sur un ton humble et non prétentieux.
En rétrospective, c’est en 1985 que Diane Doiron a décidé de faire carrière dans la Marine des Forces armées canadiennes, un rêve qu’elle chérissait depuis ses années de jeunesse. Pourtant récipiendaire de la Citation de la fierté canadienne, Diane fut brusquement congédiée deux ans plus tard au motif de son orientation sexuelle, en raison d’une politique injuste et de discrimination en vigueur à l’époque. Quelques années plus tard, cette mesure discriminatoire fut officiellement abolie.
De 1992 à 2017, Mme Doiron s’est distinguée à titre de photojournaliste. Pendant dix ans, elle occupa le poste d’assistante au chef de bureau uu journal The National Post.
