Communauté
10 Juillet 2025
LA VOILE A SHEDIAC, UN SPORT HISTORIQUE
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Depuis l’ouverture des premières marinas sur la côte néo-brunswickoise, la voile s’est imposée comme un sport populaire. Chaque semaine, plusieurs passionnés prennent part aux courses organisées par l’Association de courses de yachts de la baie de Shediac — une activité pourtant méconnue du grand public.
Alexis Bourque
Le Moniteur Acadien
À ses débuts, la scène locale était animée par les courses du mercredi, mises sur pied par les membres de la communauté nautique. À plus grande échelle, l’Association des courses du détroit de Northumberland organisait aussi des compétitions entre les municipalités littorales, comme Shediac, Summerside, Pictou et Cap-Pelé. En règle générale, toute course de plus de 20 milles nautiques relevait de cette structure interprovinciale.
Le début des courses organisées à Shediac
C’est en 1994, avec la fondation de l’Association des courses de yachts de la Baie de Shediac (ACYBS/SBYRA), que la popularité de la voile compétitive a véritablement explosé dans la région. À cette époque, près d’une trentaine de voiliers participaient régulièrement aux événements organisés par la SBYRA.

L’un des rendez-vous les plus courus était la Semaine de course, une série intense de dix régates réparties sur cinq jours. L’événement bénéficiait du soutien de nombreux commanditaires, chaque course portant d’ailleurs le nom de l’un d’eux.
La participation était alors importante : 31 bateaux en 1994, 29 en 1995. Plusieurs navigateurs fidèles reviennent encore aujourd’hui, preuve d’un attachement durable à cette tradition nautique. Certains voiliers se distinguaient particulièrement, comme Evergreen, le bateau de Bill DeNiverville, un modèle Thunderbird 26.

Selon John Stordy, lui-même engagé dans les compétitions de la baie depuis 1994, Evergreen finissait rarement en deçà de la cinquième place. À cette époque, de nombreux propriétaires choisissaient des bateaux conçus pour la performance. Le Thunderbird 26, assemblé entièrement à la main, permettait des ajustements techniques précis pour maximiser sa vitesse sur l’eau.
Il y aurait eu jusqu’à cinq voiliers de ce type dans la baie à un moment donné — un indicateur éloquent de l’engouement pour la course. Les résultats hebdomadaires étaient d’ailleurs diffusés sur les ondes de la radio locale et dans les journaux de la région, dont Le Moniteur Acadien.
Les classes : donner à chacun la chance de gagner
À l’époque, les courses de voile étaient structurées en quatre classes, afin de permettre à chaque équipage de concourir contre des bateaux aux performances similaires. Cette classification reposait principalement sur un système de handicap, attribué à chaque voilier en fonction de ses caractéristiques.

Le handicap détermine un indice servant à ajuster le temps réel enregistré à la fin de la course. Ainsi, un bateau naturellement plus rapide verra son temps moins modifié, tandis qu’un voilier plus lent bénéficiera d’un ajustement plus favorable. Par ailleurs, les classes les plus lentes prenaient souvent le départ avant les autres, pour équilibrer la compétition.
Les classes A, B et C pouvaient utiliser un spinnaker — une grande voile gonflée par le vent arrière qui augmente considérablement la vitesse. La classe D, quant à elle, était limitée à la configuration « voile blanche », c’est-à-dire la grand-voile et le foc uniquement.
Depuis 2021, le nombre de classes a été réduit à deux : la classe A, pour les plus grands et plus rapides voiliers, et une classe combinée BC, en raison du nombre insuffisant d’embarcations correspondant aux anciens critères de la classe C. Tous les bateaux peuvent désormais utiliser un spinnaker, et les écarts de performance sont uniquement compensés par le système de handicap individuel.
Un déclin en popularité
Malheureusement, après l’engouement des premières années, la popularité des courses de voile a commencé à décliner autour de 2002. Progressivement, le nombre de participants a diminué, et il devenait de plus en plus rare de voir un grand nombre de voiliers sur la ligne de départ.

Face à cette baisse d’intérêt, l’organisation a dû s’adapter. C’est ainsi qu’en 2007, les deux courses hebdomadaires — traditionnellement tenues le lundi et le mercredi — ont été fusionnées en une seule, le mercredi soir, en raison du manque de participants.
Un retour en force
Depuis quelques années, les courses de voile connaissent un regain de popularité dans la région. De nouveaux marins, jeunes et moins jeunes, se joignent peu à peu au sport, attirés par ses défis et sa beauté.
« Notre but fondamental est d’encourager la pratique de la voile. Et tout commence avec l’école de voile », explique John Stordy. En effet, une école de voile jeunesse est active à Shediac, offrant aux jeunes de la région une porte d’entrée vers ce sport nautique. À plus long terme, plusieurs d’entre eux rejoindront les compétitions locales. Pour les adultes, Sail Shediac propose aussi des cours de voile adaptés à différents niveaux, que ce soit pour devenir capitaine ou membre d’équipage.
Aujourd’hui, des courses ont lieu tous les mercredis soir, au large de Pointe-du-Chêne, en plus de quelques épreuves longue distance pendant l’été. Les voiliers en compétition varient en taille et en style, mais tous les marins doivent composer avec un élément fondamental : l’imprévisibilité du vent. Chaque course offre ainsi un nouveau défi, forçant les équipages à s’adapter constamment tout en donnant le meilleur d’eux-mêmes.
Une passion personnelle
Même si je n’ai jamais suivi de cours à l’école de voile, je pratique ce sport depuis environ six ans. Depuis deux ans, je prends part aux courses du mercredi à titre de membre d’équipage, avec l’objectif d’apprendre le plus possible en observant et en participant.
Contrairement à une idée reçue, posséder un voilier n’est pas une condition essentielle pour s’impliquer. Bien sûr, l’achat d’un bateau peut être coûteux ou abordable selon sa taille et son état, mais il existe d’autres avenues pour s’initier. Grâce aux écoles de voile de la région, il est possible d’apprendre les bases et, rapidement, de joindre un équipage lors des courses hebdomadaires.
La communauté de la voile à Shediac est accueillante et inclusive. La plupart des capitaines sont heureux de voir de nouveaux visages et d’intégrer des passionnés en herbe à bord. Il suffit de faire le premier pas — et de se laisser porter par le vent.
Alexis Bourque
Le Moniteur Acadien
À ses débuts, la scène locale était animée par les courses du mercredi, mises sur pied par les membres de la communauté nautique. À plus grande échelle, l’Association des courses du détroit de Northumberland organisait aussi des compétitions entre les municipalités littorales, comme Shediac, Summerside, Pictou et Cap-Pelé. En règle générale, toute course de plus de 20 milles nautiques relevait de cette structure interprovinciale.
Le début des courses organisées à Shediac
C’est en 1994, avec la fondation de l’Association des courses de yachts de la Baie de Shediac (ACYBS/SBYRA), que la popularité de la voile compétitive a véritablement explosé dans la région. À cette époque, près d’une trentaine de voiliers participaient régulièrement aux événements organisés par la SBYRA.

L’un des rendez-vous les plus courus était la Semaine de course, une série intense de dix régates réparties sur cinq jours. L’événement bénéficiait du soutien de nombreux commanditaires, chaque course portant d’ailleurs le nom de l’un d’eux.
La participation était alors importante : 31 bateaux en 1994, 29 en 1995. Plusieurs navigateurs fidèles reviennent encore aujourd’hui, preuve d’un attachement durable à cette tradition nautique. Certains voiliers se distinguaient particulièrement, comme Evergreen, le bateau de Bill DeNiverville, un modèle Thunderbird 26.

Selon John Stordy, lui-même engagé dans les compétitions de la baie depuis 1994, Evergreen finissait rarement en deçà de la cinquième place. À cette époque, de nombreux propriétaires choisissaient des bateaux conçus pour la performance. Le Thunderbird 26, assemblé entièrement à la main, permettait des ajustements techniques précis pour maximiser sa vitesse sur l’eau.
Il y aurait eu jusqu’à cinq voiliers de ce type dans la baie à un moment donné — un indicateur éloquent de l’engouement pour la course. Les résultats hebdomadaires étaient d’ailleurs diffusés sur les ondes de la radio locale et dans les journaux de la région, dont Le Moniteur Acadien.
Les classes : donner à chacun la chance de gagner
À l’époque, les courses de voile étaient structurées en quatre classes, afin de permettre à chaque équipage de concourir contre des bateaux aux performances similaires. Cette classification reposait principalement sur un système de handicap, attribué à chaque voilier en fonction de ses caractéristiques.

Le handicap détermine un indice servant à ajuster le temps réel enregistré à la fin de la course. Ainsi, un bateau naturellement plus rapide verra son temps moins modifié, tandis qu’un voilier plus lent bénéficiera d’un ajustement plus favorable. Par ailleurs, les classes les plus lentes prenaient souvent le départ avant les autres, pour équilibrer la compétition.
Les classes A, B et C pouvaient utiliser un spinnaker — une grande voile gonflée par le vent arrière qui augmente considérablement la vitesse. La classe D, quant à elle, était limitée à la configuration « voile blanche », c’est-à-dire la grand-voile et le foc uniquement.
Depuis 2021, le nombre de classes a été réduit à deux : la classe A, pour les plus grands et plus rapides voiliers, et une classe combinée BC, en raison du nombre insuffisant d’embarcations correspondant aux anciens critères de la classe C. Tous les bateaux peuvent désormais utiliser un spinnaker, et les écarts de performance sont uniquement compensés par le système de handicap individuel.
Un déclin en popularité
Malheureusement, après l’engouement des premières années, la popularité des courses de voile a commencé à décliner autour de 2002. Progressivement, le nombre de participants a diminué, et il devenait de plus en plus rare de voir un grand nombre de voiliers sur la ligne de départ.

Face à cette baisse d’intérêt, l’organisation a dû s’adapter. C’est ainsi qu’en 2007, les deux courses hebdomadaires — traditionnellement tenues le lundi et le mercredi — ont été fusionnées en une seule, le mercredi soir, en raison du manque de participants.
Un retour en force
Depuis quelques années, les courses de voile connaissent un regain de popularité dans la région. De nouveaux marins, jeunes et moins jeunes, se joignent peu à peu au sport, attirés par ses défis et sa beauté.
« Notre but fondamental est d’encourager la pratique de la voile. Et tout commence avec l’école de voile », explique John Stordy. En effet, une école de voile jeunesse est active à Shediac, offrant aux jeunes de la région une porte d’entrée vers ce sport nautique. À plus long terme, plusieurs d’entre eux rejoindront les compétitions locales. Pour les adultes, Sail Shediac propose aussi des cours de voile adaptés à différents niveaux, que ce soit pour devenir capitaine ou membre d’équipage.
Aujourd’hui, des courses ont lieu tous les mercredis soir, au large de Pointe-du-Chêne, en plus de quelques épreuves longue distance pendant l’été. Les voiliers en compétition varient en taille et en style, mais tous les marins doivent composer avec un élément fondamental : l’imprévisibilité du vent. Chaque course offre ainsi un nouveau défi, forçant les équipages à s’adapter constamment tout en donnant le meilleur d’eux-mêmes.
Une passion personnelle
Même si je n’ai jamais suivi de cours à l’école de voile, je pratique ce sport depuis environ six ans. Depuis deux ans, je prends part aux courses du mercredi à titre de membre d’équipage, avec l’objectif d’apprendre le plus possible en observant et en participant.
Contrairement à une idée reçue, posséder un voilier n’est pas une condition essentielle pour s’impliquer. Bien sûr, l’achat d’un bateau peut être coûteux ou abordable selon sa taille et son état, mais il existe d’autres avenues pour s’initier. Grâce aux écoles de voile de la région, il est possible d’apprendre les bases et, rapidement, de joindre un équipage lors des courses hebdomadaires.
La communauté de la voile à Shediac est accueillante et inclusive. La plupart des capitaines sont heureux de voir de nouveaux visages et d’intégrer des passionnés en herbe à bord. Il suffit de faire le premier pas — et de se laisser porter par le vent.
