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1 Mars 2023
Florine Cormier, 100 ans, garde une attitude positive
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Evérard Maillet
Née en 1923 et issue d’une famille de trois filles et de trois garçons, Florine (Allain) Cormier a célébré récemment son centième anniversaire de naissance. En bonne santé, dotée d’une grande lucidité et d’une mémoire remarquable malgré son âge avancé, elle nous résume son passé à partir de son jeune âge.
Florine a fréquenté la petite école de Cormierville, une petite localité dans l’arrondissement de Cocagne. Quant au côté historique de l’endroit, en 1898 on comptait 75 habitants (Archives provinciales du Nouveau-Brunswick) dans cette communauté longeant le détroit de Northumberland et où la subsistance familiale dépendait principalement de la pêche et de l’agriculture. À l’époque, ce même petit village côtier était d’ailleurs en plein essor avec un bureau de poste, des usines de transformation de homard et des petits dépanneurs.

(Benoît Bourque, député de Kent-Sud, a remis un certificat à Florine Cormier à l’occasion de son centième anniversaire. Gracieuseté)
«J’ai pu compléter ma huitième année, et même deux fois parce que c’était le plus haut grade enseigné en ce temps-là», dit-elle. Son parrain lui suggéra alors de continuer ses études au couvent de Bouctouche (l’édifice est devenu le Musée de Kent en 1978) mais elle déclina l’offre, de peur de ne connaître personne dans ce pensionnat.
À 16 ans, Florine devint une ménagère à l’emploi d’une famille à Saint-Thomas de Kent. «J’ai demeuré là pour un bout de temps. Ça payait huit piastres par mois mais j’ai aussi travaillé à Moncton et avec mon argent j’ai pu m’acheter un manteau de fourrure qui coûtait 395 piastres. Je crois que c’était plus cher en ce temps-là que si je l’achetais asteure!», de dire Mme Cormier en riant. Plus tard, elle alla également travailler dans un restaurant de la région.
(Toujours une belle et charmante dame à 100 ans, la photo nous montre également la jolie Florine à l’âge de 18 ans. Crédit : Evérard Maillet)
En 1944, Florine Allain et Émile Cormier se sont unis par le sacrement du mariage. C’était dans le temps de la Deuxième Guerre mondiale. Florine se souvient que son frère Félix, ainsi qu’un frère d’Émile, ont été recrutés au sein des forces armées du Canada. Or, ces deux soldats acadiens craignaient d’être envoyés outre-mer en rapport à un imminent déploiement militaire à l’étranger. «C’est pour ça qu’ils se sont sauvés et se cachaient dans les bois le jour, tandis que le soir ils s’en venaient se coucher. Même que des officiers de l’armée venaient voir à la maison pour essayer de les trouver mais ils n’ont jamais réussi», explique la centenaire.
Nostalgique du passé, Mme Cormier se rappelle de son premier téléviseur. « Les programmes étaient en noir et blanc en ce temps-là. J’aimais surtout l’émission «Les belles histoires des pays d’en haut» qu’on écoutait au début à la radio mais par après à la télévision. Pis je n’oublie pas le patois ‘viande à chien’ de Séraphin», de souligner Mme Cormier en affichant un grand sourire.
Sur le sujet de la religion, Mme Cormier, toujours très pieuse, cite comme exemple que le port du chapeau de femme dans l’église était obligatoire. «Et il fallait dire le chapelet en famille tous les soirs. Aussi, on ne pouvait pas boire de l’eau ni manger avant d’aller à la communion. C’était bien sévère pis il fallait aussi suivre les autres j’crois ben», ajoute-t-elle avec un brin d’humour, observant néanmoins que la religion catholique, au fil des années, a pu s’adapter aux temps modernes. À cet égard, à l’occasion spéciale de son centième anniversaire, Mme Cormier a particulièrement apprécié la visite du curé Raymond Richard. «Il m’a dit: ‘J’ai quelque chose pour toi’ et il m’a donné la communion». Un précieux cadeau qui lui a beaucoup plu.
Toujours en assez bonne forme physique et autonome, Mme Cormier se distingue en fonction de son attitude positive et de ses idées constructives. Pendant une trentaine d’années, elle fut une participante active et assidue au programme ‘grouille ou rouille’ mais qui fut interrompu en raison de la pandémie de Covid-19. « Je fais quand même des exercices à la maison », précise-t-elle tout en remarquant qu’elle n’a pas un secret spécifique pouvant expliquer sa longévité.
(La centenaire Florine Cormier donne une démonstration de tricotage à sa bru Marie-Louise Cormier (à gauche) l’épouse de son fils Louis-Émile, et à sa fille Annette Allain. Crédit : Evérard Maillet)
En journée, le téléviseur est fermé et à 18 h Florine écoute les nouvelles du Téléjournal Acadie. Le soir, il appert qu’en se couchant, soit avant 21 h, elle s’endort aussitôt que sa tête touche l’oreiller.
Parmi ses passe-temps préférés, Mme Florine Cormier s’adonne, entre autres, à faire des mots croisés, des mots cachés et à tricoter.
Florine Cormier a mis au monde onze enfants, et elle est d’autant plus l’heureuse grand-maman de plusieurs petits-enfants et d’arrière-petits-enfants.
