Des médecins du CHU Dumont s’opposent à la centrale au gaz de Tantramar pour des raisons de santé
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Alors qu’Énergie NB et le gouvernement provincial affirment que l’évaluation environnementale en cours permettra de traiter tout risque légitime pour la santé, plus de 300 professionnels de la santé du CHU Dumont de Moncton s’opposent au projet de centrale électrique à Tantramar, invoquant des préoccupations liées à la pollution et à ses effets sur la santé.
Damien Dauphin
Le Moniteur Acadien
Dans une lettre ouverte qui est parvenue à ce journal le 18 mars, le Conseil des médecins et dentistes (CMD) du CHU Dr-Georges-L.-Dumont, qui regroupe 331 médecins et dentistes, a pris position contre le projet de centrale au gaz naturel de 400 mégawatts, appelé Intégration renouvelable et sécurité du réseau (RIGS), proposé à Centre Village (Tantramar).
Selon Énergie NB, ce projet vise à répondre à une demande croissante en électricité et à prévenir une éventuelle pénurie d’ici 2028.
Lors d’une récente réunion réunissant environ 225 membres, le Conseil a voté à l’unanimité pour s’y opposer.
«Nous devons prendre position. Nous devons faire preuve de responsabilité envers notre population et notre province », affirme la Dre Geneviève Côté, médecin de famille à Memramcook et porte-parole du CMD. « C’est un projet qui a des répercussions sur tout le Nouveau-Brunswick. »
Selon elle, l’exploitation d’une centrale à turbines à combustion fonctionnant au gaz naturel et au diesel comporte des risques bien documentés pour la santé, notamment des cancers, des maladies respiratoires et cardiovasculaires, ainsi que des décès prématurés.
Ces constats s’appuient sur des études publiées dans des revues médicales reconnues, qui établissent des liens entre la pollution atmosphérique et une détérioration de la santé publique.
Les populations les plus vulnérables seraient les enfants, les personnes âgées et celles souffrant déjà de maladies chroniques.
Des impacts anticipés sur le système de santé
Au-delà des effets individuels, la Dre Côté soutient que ces impacts se répercuteraient sur l’ensemble du système de santé.
«Nous savons que cela entraînera davantage de consultations médicales et de visites aux urgences, avec des coûts supplémentaires pour un système déjà en difficulté», souligne-t-elle.
Elle craint également que les effets à long terme ne soient sous-estimés dans le cadre actuel d’analyse.
Selon elle, l’évaluation environnementale en cours ne semble pas accorder une place suffisante aux impacts directs sur la santé humaine, une lacune qu’elle juge préoccupante compte tenu de l’ampleur du projet.
1 milliard pour une centrale qui ne fonctionnerait que 7% du temps
De son côté, Énergie NB défend le projet, estimé à environ un milliard de dollars, comme essentiel pour assurer la stabilité du réseau électrique provincial dans un contexte de transition énergétique.
Si elle est approuvée, la centrale appartiendrait à la firme américaine ProEnergy, qui vendrait ensuite l’électricité produite à la société d’État.
Selon Énergie NB, cette installation ne servirait pas à une production continue, mais agirait comme une ressource de stabilisation en cas de pointe de demande, de conditions météorologiques extrêmes ou lorsque la production d’énergie renouvelable est insuffisante.
«La protection de la santé et de la sécurité des Néo-Brunswickois a toujours été une priorité absolu », a affirmé la porte-parole Elizabeth Fraser, ajoutant qu’aucun projet ne sera autorisé si les risques ne peuvent être atténués de façon satisfaisante.
La société précise que la centrale ne fonctionnerait qu’environ 7% du temps, ce qui, selon elle, limiterait les impacts sur la qualité de l’air.
Elle souligne également que l’installation pourrait, à terme, utiliser des carburants plus propres, comme l’hydrogène ou le biodiesel, selon leur disponibilité et leur viabilité économique.
Un processus d’évaluation en cours
Le gouvernement provincial a initialement appuyé le projet, invoquant sa rapidité de mise en œuvre et son coût inférieur à celui d’autres options énergétiques.
«Ce projet a été choisi pour sa rapidité d’exécution», a déclaré la première ministre Susan Holt en décembre dernier.
Du côté du ministère de l’Énergie, on insiste sur la rigueur du processus d’évaluation environnementale, toujours en cours et considéré comme une étape déterminante.
La porte-parole Vicky Lutes indique qu’un comité d’examen technique, composé d’experts issus des gouvernements provincial, fédéral et local — dont des représentants du ministère de la Santé et de Santé Canada — analyse actuellement les impacts potentiels du projet.
Ce comité a notamment pour mandat d’évaluer les effets sur la qualité de l’air, l’environnement et la santé publique, ainsi que de recommander des mesures d’atténuation.
Elle précise que des informations supplémentaires ont été demandées au promoteur concernant les répercussions sur les populations vivant à proximité du site, et que ces données n’ont pas encore été soumises.
Aucune décision ne sera prise tant que l’ensemble des enjeux n’aura pas été examiné en profondeur, assure le ministère.
Des alternatives soulevées
La Dre Côté et ses collègues souhaitent pour leur part que des solutions de rechange soient sérieusement envisagées, notamment du côté des énergies renouvelables et du stockage d’énergie.
Lors des audiences de la Commission de l’énergie et des services publics, Énergie NB a reconnu que les coûts du stockage par batteries sont en baisse, tout en affirmant qu’une solution équivalente nécessiterait une capacité d’environ 1 000 mégawatts, à un coût environ 75% plus élevé.
La société de la Couronne soutient également que le projet RIGS permettrait de réduire les émissions globales de gaz à effet de serre en diminuant le recours à des installations plus polluantes, comme celles de Coleson Cove et de Belledune.
Ces arguments sont toutefois accueillis avec prudence par certains intervenants, qui estiment que la transition énergétique devrait s’appuyer davantage sur des solutions durables à long terme.
Mobilisation citoyenne en cours
Depuis plus de trois mois, le débat a pris une dimension citoyenne. D’abord à Memramcook, municipalité voisine de Tantramar, où un groupe fut le premier à alerter l’opinion publique et les médias. Des réunions publiques ont ensuite eu lieu à Moncton et à Cap-Acadie. À présent, les opposants vont se rendre à Shediac.
La Dre Côté doit prendre la parole vendredi lors d’une séance d’information organisée par le Comité Action Shediac à 19h, au Centre multifonctionnel de la ville (voir L’Horloge du Moniteur en page 2).
Plusieurs intervenants y aborderont les répercussions potentielles de la centrale de Tantramar, ainsi que la possibilité d’un second projet à Scoudouc.
Énergie NB a d’ailleurs confirmé posséder des terrains dans ce secteur, sans toutefois annoncer de projet concret à ce stade, laissant entrevoir que le dossier pourrait continuer d’évoluer au cours des prochaines années.
