Élections municipales : la diversité culturelle s’invite dans la course à Moncton
- Partager
À mesure que sa population se diversifie, la scène politique municipale de Moncton commence elle aussi à refléter ce nouveau visage de la ville. Plusieurs candidats issus de la diversité culturelle ont récemment annoncé leur intention de briguer un siège au conseil municipal, une tendance qui illustre l’évolution démographique et sociale de la capitale économique du Nouveau-Brunswick.
Damien Dauphin
Le Moniteur Acadien – IJL
Après l’annonce la semaine dernière de la candidature de Reem Fayyad dans le quartier 1, deux nouvelles figures viennent confirmer ce mouvement: Sancia Manilia Doret-Robinson, également candidate dans ce quartier, et Ali Ettarnichi, qui briguera un poste de conseiller général (at-large) lors du scrutin municipal du 11 mai.
Ali Ettarnichi, ici en compagnie de Reem Fayyad (candidate dans le quartier 1), présente sa candidature au poste de conseiller général de Moncton. Courtoisie
Arrivé à Moncton en 2007 en provenance du Maroc, Ali Ettarnichi démontre avoir développé au fil des années un profond attachement pour sa ville d’accueil. Entrepreneur, auteur et acteur communautaire, il a récemment annoncé sa candidature au conseil municipal à titre de conseiller général.
«Moncton a tant donné à ma famille — des opportunités, des amitiés et un profond sentiment d’appartenance. Je crois qu’il est de ma responsabilité de redonner et de contribuer à bâtir un avenir encore plus solide pour notre ville», affirme-t-il.
Installé dans le quartier 2, M. Ettarnichi s’est fait connaître notamment pour ses initiatives entrepreneuriales et médiatiques. Il est le fondateur d’Atlantic Arabic Newspaper, le premier journal en langue arabe du Canada atlantique, destiné à informer et à relier les communautés arabes et les nouveaux arrivants de la région.
Il est également à l’origine de AllStar Cab Services, une compagnie de taxi qui s’était fait remarquer à Moncton pour son concept original de «Cash Cab», inspiré de l’émission télévisée du même nom: les passagers pouvaient répondre à des questions-quiz dans une ambiance ludique, avec musique et karaoké.
Auteur de plusieurs ouvrages portant sur le parcours de vie, la résilience et l’expérience humaine, il explique que son engagement communautaire lui a permis de mieux comprendre les réalités auxquelles la ville est confrontée.
«Moncton est une ville dynamique et pleine de potentiel. En écoutant les citoyens, en travaillant ensemble et en prenant des décisions responsables, nous pouvons continuer à bâtir une ville forte, inclusive et prospère pour tous», soutient-il.
Sa campagne mettra notamment l’accent sur la transparence dans la gouvernance municipale, le développement économique local, la sécurité des quartiers et le soutien aux familles, aux jeunes et aux aînés.
Sancia Doret-Robinson mise sur la proximité
Dans le quartier 1, Sancia Manilia Doret-Robinson propose pour sa part une candidature axée sur l’écoute et la proximité avec les résidents.
Résidente de Moncton depuis 25 ans et originaire de Montréal, elle souligne avoir vécu dans les quatre quartiers de la ville avant de s’établir, il y a sept ans, dans le quartier 1.
«J’ai choisi Moncton pour y construire ma vie, y élever ma famille et m’engager au service de la communauté qui m’a accueillie», professe-t-elle.
Sa décision de se lancer en politique municipale découle de sa volonté de contribuer activement à l’avenir de la ville dans un contexte de croissance rapide.
«Notre ville est en pleine expansion. C’est une force, mais cela s’accompagne de défis bien réels: le logement et le coût de la vie, la sécurité communautaire, l’accès aux services et le sentiment d’inclusion», explique-t-elle.
Elle souhaite ainsi apporter au conseil municipal «une voix ancrée sur le terrain», capable de représenter les réalités quotidiennes des citoyens.
Mme Doret-Robinson estime que son parcours professionnel et communautaire lui a permis de développer un profil de rassembleuse, habituée à rapprocher des personnes d’horizons variés et à défendre des initiatives favorisant l’équité.
Sa campagne repose sur quatre grandes priorités: la sécurité des espaces publics, l’amélioration de la mobilité, un développement urbain stratégique et la qualité de vie dans les quartiers.
«Je crois profondément que notre ville est plus forte lorsque toutes les voix sont entendues autour de la table décisionnelle», exprime-t-elle.
Une ville en transformation démographique
Depuis plusieurs années, Moncton connaît une croissance démographique soutenue, largement alimentée par l’immigration et par l’arrivée de nouveaux résidents provenant d’autres régions du pays.
Selon le Recensement de 2021 de Statistique Canada, la région métropolitaine de Moncton comptait alors 13 345 immigrants, soit 8,7% de sa population, auxquels s’ajoutaient 4 775 résidents non permanents (3,1%). Près de la moitié de ces immigrants — 48,4% — étaient arrivés entre 2016 et 2021, signe d’une croissance démographique largement alimentée par l’immigration.
Depuis la pandémie, la région a également connu une hausse marquée de la migration interprovinciale, contribuant à transformer rapidement le profil démographique et social de la ville.
Phylomène Zangio, une pionnière
Pour Phylomène Zangio, ancienne candidate au poste de conseillère générale lors des élections municipales de 2016, cette multiplication de candidatures issues de la diversité constitue un signal encourageant. Elle invite les jeunes d’ascendance africaine à bien se préparer pour prendre leur place avec dignité, compétence et humilité en restant ancrés dans les valeurs de service, d’intégrité et de respect.
«Les personnes d’ascendance africaine ont contribué à construire la province et continuent d’y jouer un rôle essentiel aujourd’hui», atteste la cheffe de fil communautaire qui est également présidente sortante de la Commission des droits de la personne du N.-B.
Mme Zangio avait alors recueilli 4535 voix, soit 13,60% des suffrages, se classant quatrième parmi sept candidats. Les deux sièges avaient été remportés par Greg Turner (22,80%) et Pierre Boudreau (19,83%).
Figure inspiratrice de sa communauté, la présidente du Conseil des personnes d’ascendance africaine du Nouveau-Brunswick exhorte les principaux intéressés à s’engager en politique municipale. «Surtout, ne soyez pas des spectateurs. Ce n’est pas seulement une candidature, c’est une responsabilité envers toute la communauté.»
«Engagez-vous avec conviction, proclame-t-elle. Votre présence autour des tables décisionnelles est non seulement légitime, mais nécessaire.»
Un engagement citoyen au-delà du vote
Même parmi ceux qui ne peuvent pas encore participer au scrutin, l’intérêt pour la vie démocratique locale semble croissant.
Résidente permanente originaire de France, Tiffany Mirzica voit dans ces candidatures un signe positif de l’évolution de la ville.
«C’est pour moi un signe très positif de l’évolution de Moncton. Cela montre que la ville attire des personnes venues d’ailleurs qui ne souhaitent pas seulement s’intégrer, mais qui veulent s’impliquer», explique-t-elle.
Bien qu’elle ne soit pas encore admissible au vote, elle estime que les nouveaux arrivants peuvent néanmoins contribuer à la vie civique.
«Je ne peux pas encore voter, mais je peux m’impliquer différemment pour apporter soutien, force et perspectives aux changements», souligne-t-elle.
À l’approche des élections municipales du 11 mai, ces candidatures illustrent ainsi une nouvelle dynamique politique à Moncton, où la diversité culturelle devient progressivement une composante visible de la participation démocratique locale.
À la une : Sancia Doret-Robinson (Photo : Damien Dauphin)
