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1 Juin 2022
Un coup de pouce à l’enseignement en français sur fond d’inquiétude
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Main dans la main, les gouvernements fédéral et provincial se sont retrouvés vendredi 26 mai au CCNB – Campus de Dieppe pour annoncer conjointement une manne financière de 6,6 millions $. Grâce à celle-ci, l’institution postsecondaire pourra moderniser son parc informatique, et développer un type d’enseignement innovant. Mais le Québec se tient en embuscade et pourrait causer du tort au Nouveau-Brunswick.
En tant que ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor fut la première à prendre la parole. Elle a souligné que le CCNB est devenu une référence pour la qualité de son enseignement en français. L’établissement met à la disposition des étudiants les outils nécessaires et adaptés au marché du travail pour favoriser leur réussite. C’est dans ce contexte qu’elle a annoncé que le gouvernement du Canada investissait 3,8 millions $ dans le CCNB.
Dans le cadre d’une entente avec son partenaire fédéral, le gouvernement provincial injecte, quant à lui, une somme de 2,8 millions $ supplémentaires. Venu à la place de son collègue Trevor Holder, Daniel Allain en a fait l’annonce au nom de Fredericton. Il a affirmé que les deux gouvernements travaillaient ensemble pour répondre à des défis sans précédent en matière de main d’œuvre.
Grande gagnante de ce financement bien accueilli, l’approche centrée sur le développement des compétences (ACDC) représente un changement pédagogique important et flexible. Elle décortique les besoins des employeurs et évalue, à la lumière de leur expérience antérieure, ceux des étudiants pour s’insérer dans le marché du travail.
« Un bon exemple, cite le PDG du CCNB, Pierre Zundel, cette année on a offert une formation courte en phlébotomie (prélèvements sanguins). On avait une pénurie épouvantable dans nos hôpitaux. En développant cette microcertification de huit semaines, nous avons rapidement comblé tous les postes vacants de notre réseau de santé. Le financement que nous recevons aujourd’hui nous permet d’étendre cette approche dans d’autres programmes. »
M. Zundel s’est félicité de ce franc succès. Il a ajouté qu’à l’horizon 2027, l’ACDC concernerait 60% des diplômés du CCNB. Toute la province devrait logiquement bénéficier de cette pédagogie innovante.

(Pierre Zundel, PDG du CCNB ; Marie-France Bérubé, directrice du Campus de Dieppe et doyenne de l’École des affaires et de la bureautique ; Ginette Petitpas Taylor et Daniel Allain. Crédit : Damien Dauphin - Le Moniteur Acadien)
Un risque de fuite des cerveaux vers le Québec
« Le gouvernement reconnaît que le CCNB joue un rôle-clé pour le développement des communautés francophones du Nouveau-Brunswick. C’est un port d’attache pour les immigrants francophones qui veulent poursuivre leurs études en français », a déclaré la ministre Petitpas Taylor. Environ 600 étrangers poursuivent leurs études au CCNB, et 90% d’entre eux veulent rester dans la province, selon le PDG Pierre Zundel. Or, derrière ces chiffres encourageants, se cache une préoccupation.
En effet, Québec vient de prendre une mesure qui pourrait contrarier l’attractivité du Nouveau-Brunswick auprès de sa clientèle étudiante internationale. Dès l’année prochaine, les étudiants étrangers scolarisés dans des établissements situés à l’extérieur de la communauté urbaine de Montréal verront leurs droits de scolarité ramenés au même montant que celui des étudiants québécois. Pour les portefeuilles estudiantins, l’économie sera plus que substantielle.
Alors que dans la Francophonie internationale, le Nouveau-Brunswick souffre encore d’un déficit de notoriété au profit du Québec, la mesure peut prendre la forme d’une concurrence déloyale envers les Acadiens. Dans un communiqué commun, Denis Prud’homme, recteur et vice-chancelier de l’Université de Moncton, et Pierre Zundel ont faire part de leurs inquiétudes. Ils croient que le marché de l’éducation postsecondaire au Nouveau-Brunswick pourrait en souffrir.
« Cette annonce pourrait à la fois réduire nos capacités respectives de répondre aux besoins de main d’œuvre dans des secteurs prioritaires au Nouveau-Brunswick, ainsi que nos capacités à contribuer activement à l’immigration francophone dans la province », écrivent-ils.
Cette nouvelle menace sur la vitalité de nos communautés de langues officielles en situation minoritaire nuira-t-elle durablement au développement des institutions postsecondaires acadiennes ? La balle est dans le camp de leurs représentants et des pouvoirs publics pour y apporter des solutions pérennes.
Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
