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25 Mai 2022
À Rogersville, Nouvelle-Arcadie ne fait pas l’unanimité
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Au terme de longues palabres, entrecoupées d’hésitations et de tergiversations, le comité de transition de l’entité 25 a finalement tranché, vendredi 20 mai. Toutefois, le nom de Nouvelle-Arcadie ne fait pas que des heureux. Certains habitants ont exprimé leur incompréhension sur les réseaux sociaux.
Les communautés qui forment l’entité 25 n’ont apparemment pas eu la partie facile. Choisir un nom s’est révélé être un casse-tête riche en péripéties de dernière minute. A l’approche de la date butoir du 16 mai, trois derniers noms ont été proposés à la population, invitée à s’exprimer au moyen d’un sondage, le deuxième en l’espace de dix jours.
Il s’agissait de Grand Rogersville, Arcadie et Acadiebourg. Au moment de clôturer la consultation en ligne, rien n’était encore fait. La journée de vendredi 20 mai fut consacrée à un ultime remue-méninges. Celui-ci a débouché sur un nom qui ne figurait pas dans la liste : Nouvelle-Arcadie.
Au vu des résultats du sondage et des commentaires écrits des participants, « pouls véritable de la population », le comité de transition a d’abord recommandé « Arcadie » au ministre. Ultime rebondissement : ce nom avait déjà été sélectionné par une autre entité. Plutôt que de consulter une troisième fois la population, ou de se rabattre sur le deuxième choix du sondage, le comité a proposé « Nouvelle-Arcadie » pour se démarquer. Le gouvernement a accepté ce nom.
« Les trois premières lettres du toponyme « Arcadie » représentent trois mots clés dans la région : Acadieville, Rogersville et Colette, avance le comité en guise de justification. « Arcadie » est aussi une région ancienne en Grèce qui est considérée comme mythique, presque paradisiaque. L’ajout du mot « Nouvelle » évoque le renouveau. »
Le nom original de l’Acadie
Bien que le comité ait pris le soin de préciser que les anciens noms des localités ne disparaîtront pas et continueront de faire partie du paysage, la nouvelle identité de la région fait grincer quelques dents. Sur la page Facebook du Village de Rogersville, certains citoyens n’étaient pas très tendres et criaient même au déni de démocratie, arguant que le comité n’en avait fait qu’à sa tête. D’autres déploraient que Rogersville ne fasse pas partie intégrante du toponyme, comme Kevin Arseneau l’avait proposé (voir notre édition du 18 mai).
« Ça ne représente pas notre identité en tant que région. Elle est liée à la Grèce et au Delaware, entre autres, et non à l'histoire acadienne du Canada atlantique », soutient Christine Blacquière.
« On pense qu'Arcadie est le nom original de l'Acadie, notre Acadie. Il remonte au tout début », lui a répondu Brigitte Richard, qui a partagé un extrait de l’Encyclopédie canadienne sur ce point précis.

(La première version des « Bergers d’Arcadie » de Nicolas Poussin (1628), propriété du duc de Devonshire.)
Il est vrai que le nom est riche sur le plan historique et culturel. L’inscription latine « Et in Arcadia ego » a enflammé l’imagination du romancier Dan Brown dans son thriller « Da Vinci Code ». Cette locution latine se retrouve dans deux tableaux pastoraux de Nicolas Poussin, intitulés « Les bergers d’Arcadie ». Le premier, exécuté à la fin des années 1620, appartient au duc de Devonshire et trône dans son château de Chatsworth. Le deuxième, achevé vers 1638, est exposé au Musée du Louvre, à Paris.

(La deuxième version des « Bergers d’Arcadie » de Nicolas Poussin (1638), exposée au Musée du Louvre.)
Ainsi, d’une certaine façon, on peut avancer que le nom « Nouvelle-Arcadie » rassemble les communautés issues d’Angleterre et de France. Ici, dans ce coin d’Acadie de l’intérieur des terres et des forêts, les bûcherons se substituent aux bergers. Si le nom ne fait pas encore l’unanimité, le comité de transition invite l’ensemble de la population à se rallier derrière lui, et à se tourner vers l’avenir « dans un esprit de fierté, d’unité et d’optimisme. »
Arcadie, un retour aux sources ?
Assez prudemment, l’Encyclopédie canadienne attribue à Giovanni da Verrazzano, un explorateur italien au service du roi François 1er, l’origine du nom Arcadie. C’est ainsi qu’en 1524, celui-ci a nommé la région côtière s’étendant près du Delaware. La beauté des arbres l’avait frappé au point qu’il croyait avoir découvert l’équivalent d’une région du Péloponnèse, perçue dans la Grèce antique comme une sorte de paradis terrestre.
Les explorateurs et cartographes qui lui ont succédé au cours des décennies suivantes ont toutefois situé cette contrée idyllique plus au nord du continent américain. En même temps, le nom fut altéré et perdit la consonne « R ». C’est ainsi qu’en 1620, « Acadie » finit par désigner communément une partie du territoire colonisé par les Français dans les provinces maritimes du Canada. C’est pourquoi les entités qui ont choisi « Arcadie » pour faire partie de leur nouvelle identité effectuent peut-être un retour aux sources.
Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
