Saint-Louis-de-Kent accueillera le 20e monument de l’Odyssée acadienne
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C’est sur la place qui abrite le plus grand drapeau acadien du monde que sera érigé, au cours des prochains mois, le vingtième monument commémorant le Grand Dérangement et l’odyssée qui suivit. Une nouveauté : une inscription soulignera l’amitié entre les Acadiens et le peuple mi’kmaq. Le protocole d’entente a été signé jeudi dernier, en présence du Moniteur acadien.
Damien Dauphin
Le Moniteur Acadien – IJL
Aldéo Richard, coprésident du comité organisateur, avait endossé les habits de clerc de Marcel-François Richard. À cause du vent, il a renoncé à la soutane, mais a conservé la barrette et le col romain. En maître de cérémonie connaissant son sujet, il a pleinement incarné l’illustre prélat, à l’époque où celui-ci n’était encore qu’un abbé plein de fougue.
Aucun détail n’ayant été laissé au hasard, l’événement coïncidait avec l’anniversaire de naissance de celui à qui le peuple acadien doit son drapeau, le 15-Août et l’Ave Maris Stella comme hymne national. La plupart des élèves de l’école qui porte son nom étaient présents.
«Y a-t-il quelqu’un qui sait quel âge que j’ai? […] J’ai 179 ans aujourd’hui!», a lancé M. Richard, fidèle à son personnage.
Le maire de Beaurivage, Arnold Vautour, s’est adressé directement aux enfants:
«Quand je vois tous les élèves qui sont ici, notre génération future, je pense que c’est important qu’ils connaissent l’histoire de Mgr Marcel-François Richard. Si nous sommes ici aujourd’hui, c’est grâce à lui.»
Il a également rappelé que le premier drapeau acadien a été cousu à Saint-Louis-de-Kent par Marie Babineau. Il est aujourd’hui conservé au musée acadien de l’Université de Moncton.
«Ce monument célèbre surtout la résilience, la force et la survivance du peuple acadien. Il nous rappelle d’où nous venons pour mieux savoir où nous allons», a-t-il ajouté.
Un témoin durable de la mémoire acadienne
Le président de la Société culturelle Kent-Nord (SCKN), Paul Lirette, a insisté sur la portée du projet.
«Nous nous assurons que la langue et la culture acadienne seront transmises aux générations futures. Selon moi, le Monument de l'Odyssée acadienne est un témoin tangible de notre histoire, de notre culture et de notre langue. Les livres peuvent se perdre et disparaître, nos chansons peuvent être oubliées, mais ce monument va durer pendant des années comme témoin de notre présence dans Beaurivage. Les gens qui le verront se rappelleront comment nous avons dû lutter pour survivre comme peuple acadien dans cette région.»
Même écho du côté d’Émile Gallant, président de la Société nationale de l’Acadie (SNA). Originaire d’Abram-Village (Île-du-Prince-Édouard), il a rappelé le rôle fondateur de la Convention nationale de Miscouche en 1884 dans l’adoption du drapeau acadien.
«Le drapeau qui flotte ici en permanence est devenu l’un des symboles les plus forts de notre peuple. Il nous rappelle notre identité, nos racines et la force de notre histoire. Le monument de l’odyssée acadienne poursuit cette mission. En posons ce geste aujourd’hui, nous contribuons à préserver et à faire rayonner la mémoire acadienne. En posant ce geste aujourd’hui, nous contribuons à préserver et à faire rayonner la mémoire acadienne.»
Un geste de réconciliation avec les Mi’kmaq
Le président de la Commission de l’odyssée acadienne, Jean Gaudet, a souligné «le mérite de la Première Nation qui nous accueille sur le territoire que nous partageons».
Le monument portera une inscription en langue mi’kmaq signifiant: «nous vous attendions».
Une initiative qui réjouit Nicole Richard, une citoyenne engagée qui a illustré cette alliance séculaire lors de la crise du gaz de schiste dans le comté de Kent, il y a une douzaine d’années.
«Ça fait partie d’un mythe qu’avaient les Mi’kmaq qui allaient voir des inconnus arriver sur une île flottante, a-t-elle expliqué. Les Acadiens sont arrivés en bateau et, pour les Mi’kmaq, leur prophétie s’accomplissait.»
Mme Richard fait partie du comité du monument de l’odyssée acadienne à Saint-Louis-de-Kent. Ayant gagné la confiance des Autochtones, elle fait le lien avec la Première Nation d’Elsipogtog.
«Pour moi, cette phrase, c’est la partie dont je suis la plus fière parce que j’ai travaillé dessus. Nous avons rencontré M. Gaudet et lui avons dit: c’est ça la réconciliation. Il faut qu’on commence à reconnaître ça.»
Carol Bernard ne sera pas oublié
Le projet rendra également hommage à Carol Bernard, coprésident du comité, décédé en décembre dernier. Une plaque commémorative sera apposée sur le pont de Saint-Louis en présence de sa famille, dont des membres viendront exprès du Québec.
Joshua Martin, 34 ans, lui a succédé à la coprésidence. Jeune retraité des Forces armées canadiennes, le résident de l’Aldouane apporte une dimension et des idées nouvelles à ce projet intergénérationnel. Toutefois, il se veut modeste quant à sa participation.
«Aldéo Richard est le project manager, on va lui donner tout le crédit […]. Moi, je suis là pour le supporter et m’occuper de nos médias sociaux.»
Une campagne de financement est en cours afin de réunir environ 660 000 $ pour l’aménagement complet de la Place du drapeau acadien. Le projet comprend notamment un stationnement, un bâtiment d’accueil, des aménagements paysagers, un centre d’interprétation, des panneaux éducatifs, des aires de repos et un espace jeunesse. Des renseignements sont disponibles en ligne sur placedudrapeau.ca.
Le 20e monument de l’Odyssée acadienne doit être inauguré le 26 juillet, jour habituel de la commémoration du Grand Dérangement.
À la une : le plus grand drapeau acadien au monde flotte à Saint-Louis-de-Kent depuis 2009, année du 125e anniversaire de la création de l’original. Celui-ci mesure 9x18 mètres, pèse 26 kilos et domine Beaurivage au sommet d’un mât de 36,5 mètres de haut. (Photo : Damien Dauphin).
