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25 Mai 2022
Poids des francophones : l’Acadie à la croisée des chemins
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Alors que la population canadienne ne cesse de croître, la proportion des francophones, tant dans l’ensemble du pays qu’au Nouveau-Brunswick, ne cesse de diminuer. Entre dénatalité et vieillissement de la population, l’immigration apparaît comme la solution au déclin démographique.
Où sera l’Acadie dans dix ans ? Telle fut le thème du premier atelier du deuxième forum annuel du Réseau en immigration francophone du Nouveau-Brunswick (RIFNB). Il fut Organisé sous un format hybride les 18 et 19 mai, en présentiel à Petit-Rocher, et en virtuel. De façon intéressante, les participants du Sud-Est de la province représentaient plus des deux tiers du public.
Comme l’a rappelé Marie-Josée Groulx, directrice Attraction et attractivité de la main d’œuvre pour Opportunités Nouveau-Brunswick (ONB), la province s’est donné pour objectif d’accueillir 33% d’immigrants francophones d’ici 2024. Une telle politique volontariste est impérieuse, car les statistiques démontrent qu’il est urgent d’agir dans ce domaine.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes, et ils sont implacables. Au cours de la prochaine décennie, si rien n’est fait pour renverser la tendance, le pourcentage des francophones au Nouveau-Brunswick pourrait descendre sous le seuil symbolique des 30%. A l’horizon 2036, nous ne serions plus que 28,4%. Un tel scénario entraînerait de graves répercussions, tant sur le plan socio-économique qu’en terme de poids politique.

(Guillaume Deschênes-Thériault a dressé un état lieu et s’est livré à une analyse prospective. Crédit : Damien Dauphin – Le Moniteur Acadien)
« Les niveaux d’immigration francophone sont inférieurs à notre poids démographique : à l’heure actuelle, ils ne reflètent pas le paysage linguistique du pays et de la province, mentionne Guillaume Deschênes-Thériault, doctorant en science politique et conseiller général du Village de Kedgwick. Il faut accroître l’immigration francophone de manière substantielle, mais s’assurer aussi de trouver des conditions favorables à la rétention et à l’intégration des nouveaux arrivants. »
Modifier les taux
Les précédentes tentatives offrent un éclairage sur ce qu’il faut mettre en place pour réunir les conditions du succès. Adoptée en 2003, la cible fédérale de 4,4% avait pour objectif de maintenir et même d’accroître le poids démographique des francophones au Canada. Or, aucune étude n’avait été réalisée pour savoir cette cible allait permettre d’atteindre ces objectifs. Une vingtaine d’année plus tard, force est de constater qu’elle ne pouvait que ralentir le déclin des Canadiens d’expression française.
Si M. Deschênes-Thériault tire la sonnette d’alarme, c’est pour éveiller les consciences sur un enjeu majeur qu’il convient d’affronter pour y porter remède. Certains facteurs, comme le vieillissement de la population et le faible taux de renouvellement des générations, échappent à toute intervention en termes d’accroissement naturel. En revanche, il est possible d’influencer positivement les courbes au moyen de l’immigration.
Pour ce faire, il ne faut pas se baser uniquement sur ce qui se fait au niveau national. Tandis qu’une cible de 6% de francophones hors Québec se traduirait par un déclin continuel, et que le chiffre de 8% ne ferait que maintenir le statu quo, il faudrait une cible d’au moins 10% pour reprendre le chemin de la croissance. Or, celle-ci n’aurait pas le même impact selon les provinces. Au Nouveau-Brunswick, elle resterait insuffisante. D’où le seuil de 33% fixé désormais par Fredericton.
« En modifiant les taux d’immigration francophone, on constaterait une reprise de notre croissance démographique, même si les autres facteurs, comme la natalité et le vieillissement de la population, demeuraient constants », estime Guillaume Deschênes-Thériault.
À la croisée des chemins, l’Acadie est-elle prête à relever le défi, et à accueillir une diversité de locuteurs francophones qui font chanter la myriade d’accents de la langue de Molière ? Gérald Arseneault, président sortant de l’Association des enseignantes et des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick (AEFNB), croit que oui. Il convient cependant qu’il faut éduquer le public sur cette problématique afin que nous puissions tous agir ensemble pour notre francophonie.
« Ce forum veut appuyer la prise de conscience progressive de la communauté, et la sensibiliser à la question de l’immigration francophone », a-t-il déclaré.
Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
