Actualités
18 Mars 2025
L’avenir du militantisme acadien passera-t-il par les influenceurs ?
- Partager
Le Cercle acadien de la langue française a tenu une conférence à l’édifice Léopold-Taillon de l’Université de Moncton. La question du jour était de savoir si le militantisme acadien était nouveau ou non, et surtout s’il était encore nécessaire. Les quatre conférenciers invités y ont répondu par l’affirmative, mais Jason Ouellette est allé plus loin en ouvrant des perspectives d’avenir.
_______________________
Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
Où sont passées les manifestations étudiantes de 1968? La vague qui a soulevé l’Acadie dans les années 1960 est-elle définitivement retombée? Pour notre chroniqueur Jean-Marie Nadeau, le militantisme acadien est en panne et la société est devenue amorphe (page 7).
Selon Joseph-Yvon Thériault, le principal frein au militantisme aujourd’hui réside dans la difficulté de créer un lien entre le peuple et les élites.
« C’est ce que j’observe dans la résistance à la francisation de certaines municipalités, mais aussi dans la contestation du changement de nom de l’Université de Moncton. Bien que présenté comme un "mouvement citoyen", il demeure avant tout porté par une élite intellectuelle », souligne-t-il.

Joseph-Yvon Thériault, Philippe Beaulieu, Jason Ouellette et Mathieu Wade. (Photo : Damien Dauphin)
Le sociologue Mathieu Wade a mis en relief le fait que le bilinguisme de l’État n’oblige pas les citoyens à être bilingues eux-mêmes.
«Ce qu’on cherche, c’est la capacité pour la langue française à circuler sans entraves dans le paysage. Ce n’est pas comme l’État qui appartient à la fois à tout le monde et à personne.»
Militer pour le français dans l’espace privé
Dès lors, il est d’avis que les luttes du 21e siècle en Acadie vont se concentrer dans l’espace privé, comme en témoignent les fortes réticences qu’ont soulevé, au sein même d’une frange de la population acadienne, les politiques linguistiques dans les municipalités de Beausoleil et de Beaurivage.
«C’est dans cette espace que les luttes sont plus difficiles à mener, mais c’est aussi là qu’elles seraient les plus significatives en termes d’impact.
M. Wade pense qu’on peut encourager le public à demander un service en français dans les commerces et encourager les commerçants à s’afficher en français, mais que la liberté d’expression pose des limites à la coercition.
Toutefois, il faut quand même réguler le système pour protéger l’identité acadienne et francophone face à la loi du plus fort.
Dans ce contexte, il estime que l’approche «woke» ne serait pas la stratégie la plus appropriée à adopter. «On pourrait plutôt développer des projets de tourisme et créer des incitatifs commerciaux», a-t-il avancé.
L’histoire de l’Acadie n’est pas enseignée
Même guidée par ses élites, la société civile dans son ensemble n’a pas toujours été amorphe. Philippe Beaulieu a évoqué la Renaissance acadienne à la fin du 19e siècle, au cours de laquelle les Acadiens ont affirmé leur identité face à leurs cousins Canadiens-Français (les Québécois) qui souhaitaient les assimiler.
«Nous avons nos patois, nos accents, nos coutumes», a fait valoir l’ancien président de l’Association des artistes acadiens professionnels du Nouveau-Brunswick (AAPNB).
«Les Acadiens sont habitués à débattre, à vouloir changer les choses», a dit le représentant du milieu culturel. M. Beaulieu a notamment plaidé pour que l’histoire de l’Acadie soit enseignée dans les écoles des districts francophones. À l’heure actuelle, ce n’est pas le cas.
«Il faut l’enseigner, car c’est une belle histoire. Si on ne sait pas d’où l’on vient on n’ira pas loin.»
La fondation du Moniteur acadien : un acte militant
Le directeur général du Moniteur acadien et de Radio Beauséjour, Jason Ouellette, croit que l’activisme et le militantisme en Acadie existent depuis toujours et devraient durer jusqu’à la fin des temps. Il estime que Radio Beauséjour, qui regroupe deux stations de radio (CJSE et Plus 90) et le présent journal est un « activiste francophone ».
Plus ancien journal francophone du Canada hors Québec, le Moniteur acadien a été fondé à Shediac le 8 juillet 1867 par Israël Landry, soit une semaine après la fondation de la Confédération canadienne à Charlottetown (Î.-P.-É.).
«La fondation du Moniteur acadien est un acte profondément politique, souligne M. Ouellette. En donnant aux Acadiens un média en français, Landry leur offre une voix et un espace pour affirmer leur identité. Ce journal joue un rôle clé dans la consolidation du nationalisme acadien naissant et milite en faveur de l’éducation en français, de la participation des Acadiens à la vie politique et de la préservation de leur culture. »
De militants à influenceurs
Prenant appui sur le passé et rappelant les soubresauts du 20e siècle durant lequel le Moniteur acadien a connu quelques éclipses, Jason Ouellette a tourné son regard vers le futur. À l’heure où les jeunes générations vivent arrimées aux réseaux sociaux, il s’est demandé à quoi demain allait ressembler.
«Devrions-nous parler de militants et d'activistes ou d'influenceurs? a-t-il lancé au public présent. Le militant de demain devrait probablement être dorénavant interprété comme un influenceur afin de rejoindre les nouvelles générations hypnotisées par la technologie.»
«Aujourd’hui est-ce qu’on peut se considérer des activistes ou influenceurs quand ont clavarde en français, ou qu’on lit ou est abonner au journal le Moniteur Acadien, quand on visite des sites web acadiens, et quand on écoute le téléjournal Acadie, a-t-il poursuivi. À quel point devons-nous être activistes, militants ou influenceurs pour conserver la langue?»
Le maire de Caraquet, Bernard Thériault, avait fait le déplacement pour cet événement auquel participait son frère. Les conseils municipaux des municipalités acadiennes de la région ont brillé par leur absence, de même que le gouvernement du Nouveau-Brunswick, alors que le chef de l’opposition officielle, Glen Savoie, y a fait acte de présence.
_______________________
Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
Où sont passées les manifestations étudiantes de 1968? La vague qui a soulevé l’Acadie dans les années 1960 est-elle définitivement retombée? Pour notre chroniqueur Jean-Marie Nadeau, le militantisme acadien est en panne et la société est devenue amorphe (page 7).
Selon Joseph-Yvon Thériault, le principal frein au militantisme aujourd’hui réside dans la difficulté de créer un lien entre le peuple et les élites.
« C’est ce que j’observe dans la résistance à la francisation de certaines municipalités, mais aussi dans la contestation du changement de nom de l’Université de Moncton. Bien que présenté comme un "mouvement citoyen", il demeure avant tout porté par une élite intellectuelle », souligne-t-il.

Joseph-Yvon Thériault, Philippe Beaulieu, Jason Ouellette et Mathieu Wade. (Photo : Damien Dauphin)
Le sociologue Mathieu Wade a mis en relief le fait que le bilinguisme de l’État n’oblige pas les citoyens à être bilingues eux-mêmes.
«Ce qu’on cherche, c’est la capacité pour la langue française à circuler sans entraves dans le paysage. Ce n’est pas comme l’État qui appartient à la fois à tout le monde et à personne.»
Militer pour le français dans l’espace privé
Dès lors, il est d’avis que les luttes du 21e siècle en Acadie vont se concentrer dans l’espace privé, comme en témoignent les fortes réticences qu’ont soulevé, au sein même d’une frange de la population acadienne, les politiques linguistiques dans les municipalités de Beausoleil et de Beaurivage.
«C’est dans cette espace que les luttes sont plus difficiles à mener, mais c’est aussi là qu’elles seraient les plus significatives en termes d’impact.
M. Wade pense qu’on peut encourager le public à demander un service en français dans les commerces et encourager les commerçants à s’afficher en français, mais que la liberté d’expression pose des limites à la coercition.
Toutefois, il faut quand même réguler le système pour protéger l’identité acadienne et francophone face à la loi du plus fort.
Dans ce contexte, il estime que l’approche «woke» ne serait pas la stratégie la plus appropriée à adopter. «On pourrait plutôt développer des projets de tourisme et créer des incitatifs commerciaux», a-t-il avancé.
L’histoire de l’Acadie n’est pas enseignée
Même guidée par ses élites, la société civile dans son ensemble n’a pas toujours été amorphe. Philippe Beaulieu a évoqué la Renaissance acadienne à la fin du 19e siècle, au cours de laquelle les Acadiens ont affirmé leur identité face à leurs cousins Canadiens-Français (les Québécois) qui souhaitaient les assimiler.
«Nous avons nos patois, nos accents, nos coutumes», a fait valoir l’ancien président de l’Association des artistes acadiens professionnels du Nouveau-Brunswick (AAPNB).
«Les Acadiens sont habitués à débattre, à vouloir changer les choses», a dit le représentant du milieu culturel. M. Beaulieu a notamment plaidé pour que l’histoire de l’Acadie soit enseignée dans les écoles des districts francophones. À l’heure actuelle, ce n’est pas le cas.
«Il faut l’enseigner, car c’est une belle histoire. Si on ne sait pas d’où l’on vient on n’ira pas loin.»
La fondation du Moniteur acadien : un acte militant
Le directeur général du Moniteur acadien et de Radio Beauséjour, Jason Ouellette, croit que l’activisme et le militantisme en Acadie existent depuis toujours et devraient durer jusqu’à la fin des temps. Il estime que Radio Beauséjour, qui regroupe deux stations de radio (CJSE et Plus 90) et le présent journal est un « activiste francophone ».
Plus ancien journal francophone du Canada hors Québec, le Moniteur acadien a été fondé à Shediac le 8 juillet 1867 par Israël Landry, soit une semaine après la fondation de la Confédération canadienne à Charlottetown (Î.-P.-É.).
«La fondation du Moniteur acadien est un acte profondément politique, souligne M. Ouellette. En donnant aux Acadiens un média en français, Landry leur offre une voix et un espace pour affirmer leur identité. Ce journal joue un rôle clé dans la consolidation du nationalisme acadien naissant et milite en faveur de l’éducation en français, de la participation des Acadiens à la vie politique et de la préservation de leur culture. »
De militants à influenceurs
Prenant appui sur le passé et rappelant les soubresauts du 20e siècle durant lequel le Moniteur acadien a connu quelques éclipses, Jason Ouellette a tourné son regard vers le futur. À l’heure où les jeunes générations vivent arrimées aux réseaux sociaux, il s’est demandé à quoi demain allait ressembler.
«Devrions-nous parler de militants et d'activistes ou d'influenceurs? a-t-il lancé au public présent. Le militant de demain devrait probablement être dorénavant interprété comme un influenceur afin de rejoindre les nouvelles générations hypnotisées par la technologie.»
«Aujourd’hui est-ce qu’on peut se considérer des activistes ou influenceurs quand ont clavarde en français, ou qu’on lit ou est abonner au journal le Moniteur Acadien, quand on visite des sites web acadiens, et quand on écoute le téléjournal Acadie, a-t-il poursuivi. À quel point devons-nous être activistes, militants ou influenceurs pour conserver la langue?»
Le maire de Caraquet, Bernard Thériault, avait fait le déplacement pour cet événement auquel participait son frère. Les conseils municipaux des municipalités acadiennes de la région ont brillé par leur absence, de même que le gouvernement du Nouveau-Brunswick, alors que le chef de l’opposition officielle, Glen Savoie, y a fait acte de présence.
