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17 Octobre 2024
Au Nouveau-Brunswick, la santé a occupé le premier plan des préoccupations électorales
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Talonnée de près par le coût de la vie et ses problématiques connexes, au nombre desquelles le logement abordable, la crise du système de santé est le sujet de l’heure qui préoccupe le plus les électeurs. Les différents candidats ont énoncé les mesures que comptent prendre leurs partis respectifs, tout en les déclinant parfois à l’échelle de leur circonscription.
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Damien Dauphin
IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien
La campagne électorale en cours a mis en lumière un thème central pour les électeurs: la santé. Les partis s’accordent sur le fait que le système de santé du Nouveau-Brunswick souffre de plusieurs maux, notamment le manque de personnel et la lourdeur administrative.
Pourtant, les approches pour résoudre ces problèmes varient sensiblement d’un parti à l’autre, allant d’une gestion plus efficace des ressources à une refonte en profondeur du système. Plusieurs candidats de la région en ont débattu la semaine dernière sur les ondes de CJSE.
Une crise de longue date
Pour Chantal Landry, candidate du Parti vert dans Baie-de-Shediac-Dieppe, les problèmes dans le système de santé ne datent pas d’hier : «Ça fait plus de dix ans que les infirmières et les infirmiers nous disent qu’il y a un problème. L’accès aux soins est un droit fondamental.»
Elle insiste sur l’importance de la prévention et du soutien administratif pour améliorer l’efficacité des soins primaires. De plus, elle propose la mise en place de services spécifiques pour les femmes, souvent négligés dans les politiques actuelles.
Kevin Arseneau, député vert sortant de Kent-Nord, met l’accent sur les conditions de travail dans le secteur de la santé. «Il faut soigner les gens qui travaillent à l’intérieur du système.»
Il s’accorde avec son opposant, le libéral Pat Finnigan, pour proposer explicitement d’augmenter les salaires des professionnels de la santé pour les aligner sur ceux des provinces voisines. Une mesure jugée indispensable pour retenir le personnel, face à des provinces comme l’Île-du-Prince-Édouard ou la Nouvelle-Écosse, où les salaires et les conditions de travail sont plus attrayants.
Mieux planifier et élargir les compétences
Globalement absent des débats organisés à l’émission Parle Parle Jase Jase, le Parti progressiste-conservateur n’était représenté que par René Ephestion. Celui-ci a défendu le bilan du gouvernement sortant : «Le PCNB a mis énormément d’argent dans le système.»
Pour lui, l’enjeu se situe davantage au niveau de la planification et de la gestion des ressources. «Il faut élargir le champ des pratiques pour permettre aux infirmières, pharmaciens et ambulanciers d’augmenter leurs compétences», une mesure qu’il considère comme une solution pour pallier la pénurie de personnel.
Cette idée rejoint les préoccupations du Parti libéral, qui a également constaté que les infirmières sont surchargées de tâches administratives.
Selon Robert Gauvin, qui cherche à conserver son siège face à M. Ephestion, «si on engageait quelqu’un pour s’en occuper, cela libèrerait du temps pour que 1 800 infirmières puissent se concentrer sur les soins aux patients.»
M. Gauvin alerte également sur le fait que 500 infirmières ont quitté le système au cours des trois dernières années pour d’autres raisons que la retraite, ce qui met en lumière un malaise profond dans la profession.
Des solutions communautaires
Le recrutement de nouveaux professionnels de la santé est aussi au cœur des propositions. Jacques Giguère a répété la solution radicale préconisée par le Parti vert: «Nous allons payer 100 % des frais de scolarité des jeunes qui veulent faire carrière dans un métier de la santé, à condition qu’ils s’engagent à rester au moins cinq ans au Nouveau-Brunswick.» L’objectif est de freiner l’exode des jeunes diplômés vers d’autres provinces.
Les Verts ont aussi pris l’engagement de racheter l’Institut de Memramcook au prix pour lequel il a été vendu à un promoteur privé le printemps dernier, et M. Giguère a proposé de s’en servir pour désengorger les hôpitaux des patients qui y résident dans l’attente d’un placement en foyer de soins.
En parallèle des solutions financières, certains candidats prônent des changements structurels pour impliquer davantage les communautés. Jean Bourgeois, candidat vert dans Shediac-Cap-Acadie, propose la formation d’un conseil de santé communautaire mais aussi «de foyers de soins sans murs». C’est une autre solution qui permettrait, selon lui, d’éviter la congestion des hôpitaux et d’améliorer les soins à long terme.
Natacha Vautour, candidate libérale dans Dieppe-Memramcook, partage cette vision. Elle souligne l’importance de libérer des lits dans les hôpitaux: «Il faut trouver des solutions pour les soins à long terme, afin que les hôpitaux puissent se concentrer sur les soins d’urgence.» Mme Vautour souhaite établir de cibles claires et mesurables pour évaluer l’efficacité des actions entreprises.
Pressions démographiques
Enfin, l’impact de l’immigration sur le système de santé n’a pas été oublié. Jacques Giguère a évoqué les pressions démographiques créées par la politique migratoire d’Ottawa: «Le fédéral ouvre les portes de l’immigration, mais les provinces n’ont pas les moyens d’absorber l’augmentation de la population, notamment en ce qui concerne la santé et l’éducation.» Pour lui, les ressources doivent être mieux réparties afin de répondre aux besoins des nouveaux arrivants sans surcharger un système déjà en difficulté, y compris le système scolaire.
La question de la santé a été abordée sous différents angles par les candidats, qui s’accordent sur le besoin d’investir davantage, tout en mettant en avant des solutions spécifiques. Qu’il s’agisse d’une meilleure gestion des ressources, d’une réforme des conditions de travail ou de nouvelles initiatives pour impliquer les communautés, la santé s’est imposée comme l’enjeu majeur de cette campagne électorale.
