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Le dernier Canadien français veut faire dialoguer les ... Image 1
Actualités
18 Mars 2024

Le dernier Canadien français veut faire dialoguer les francophonies canadiennes

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ENTRETIEN – Dans le documentaire Le dernier Canadien français, Pascal Justin Boyer s’interroge sur l’identité francophone. Québécois de naissance, Franco-Ontarien d’adoption, le comédien parcourt le pays à la rencontre de celles et ceux qui composent la francophonie canadienne d’aujourd’hui et de demain.

Camille Langlade – Francopresse

«Est-ce que je suis vraiment le dernier Canadien français?» C’est avec cette question existentielle que Pascal Justin Boyer entreprend une quête identitaire qui le mènera d’un bout à l’autre du pays. Au Yukon, en Acadie, en passant par les Prairies et le Québec.

Dans Le dernier Canadien français, le comédien, qui s’est notamment fait connaître dans des productions jeunesse en Ontario, explore les réalités linguistiques et culturelles qui unissent les francophones au Canada, mais aussi qui les distinguent.

Est-ce que le fait d’avoir une langue commune est suffisant pour faire communauté? Pas vraiment, a-t-il découvert.

Francopresse : Alors finalement, est-ce que vous pensez être le dernier Canadien français?

Pascal Justin Boyer : C’est un peu le punch final du documentaire, donc je vais y répondre, mais de manière mystique.

Ce qu’on a découvert, au travers de nos rencontres et du voyage, c’est que l’identité, du moins la mienne, est vraiment ancrée dans ma francophonie.

Après, le gentilé que je décide d’utiliser, que ce soit Québécois, Franco-Ontarien, Franco-Manitobain si un jour je déménage dans ce coin-là, ça importe peu parce que pour moi, ce qui prime, c’est vraiment de vivre ma vie en français.

Donc à partir de là, je pense que mon attachement est beaucoup plus à ma langue, à ma culture, plutôt qu’à un gentilé quelconque.

Vous êtes né au Québec, mais avez grandi en Ontario. Comment vous situez-vous par rapport à ces deux identités?

On ne peut pas renier une partie de soi. C’est sûr que je suis Québécois. Je suis né Québécois, j’habite sur le Plateau-Mont-Royal, à Montréal, actuellement. J’ai grandi en Ontario.

J’ai toujours eu l’impression que ces deux identités-là, Québécois et Franco-Ontarien, ça se conjuguait mal ou même pas du tout. C’est dans cette démarche-là que je me suis demandé : «Y a-t-il un terme parapluie qui pourrait justement me permettre de bien désigner ce que je suis?» Et c’est là où j’ai trouvé le terme «Canadien français».

Justement, pour revenir à la genèse du documentaire, pourquoi avoir décidé de le faire maintenant?

En fait, ça fait trois ans qu’on travaille sur ce documentaire-là. Je dis «nous» parce que c’est une idée originale de la productrice au contenu Isabelle Corriveau et moi.

Je pense que les différentes francophonies au pays sont dans un moment charnière, où le Québec semble vouloir se rapprocher de nous.

Il y a des choses que, nous, on a vécues qui pourraient mieux orienter le Québec dans ses actions pour encourager l’apprentissage de la langue française, notamment chez les nouveaux arrivants et la communauté anglophone.

Je pense qu’on ne se parle pas suffisamment. Je pense que c’est le temps qu’on se parle plus.

Je viens quand même d’un point de vue privilégié : j’ai travaillé en francophonie ontarienne pendant plusieurs années, j’ai voyagé beaucoup, et force est d’admettre que malgré tout ça, je ne connais pas grand-chose de la francophonie canadienne.

Je me suis dit : «Si moi je ne connais pas grand-chose de la francophonie canadienne, il y a de maudites bonnes chances qu’il y ait un paquet de monde qui soit dans la même situation.»

Donc on a utilisé ce véhicule-là, ce documentaire, pour éveiller un petit peu la conscience de tout un chacun par rapport aux différentes communautés francophones au pays.

À qui s’adresse ce documentaire?

La première étape, c’était de nous connaitre entre nous, entre communautés francophones. Parce qu’il y avait un manque de connaissance. Un Acadien ne connait pas nécessairement le quotidien ou ce que c’est de vivre en français à Whitehorse, au Yukon.

Mais au fur et à mesure qu’on faisait nos préentrevues et qu’on rencontrait de nouvelles personnes, on se rendait compte qu’il y avait une trame narrative qui revenait constamment : c’était l’absence du Québec.

Cette absence-là, elle est beaucoup vécue parce que le Québec est un peu, si ce n’est pas le moteur, le poumon de la francophonie au pays. On se complète bien, mais force est d’admettre qu’il n’y a pas grand Québécois qui sont au courant qu’il y a de la francophonie au bout de la 40 [l’autoroute qui relie Québec à Montréal, NDLR].

En 1968, René Lévesque nous a désignés comme des «dead ducks» […] Ça fait maintenant 50 ans et on est encore très vivants.

C’est le temps de réaxer le dialogue sur quelque chose de beaucoup plus vivant, de beaucoup plus actuel, parce qu’on est loin d’être en train de mourir. C’est le temps de collaborer, de s’unir, de faire front commun.

Quelles seraient les solutions?

Je pense que notre mandat, d’abord et avant tout, c’est de partir une discussion. Une des solutions, c’est justement d’en jaser, de parler.

Oui, il y a définitivement quelque chose à faire au niveau de la rétention, de l’éducation, de sortes de fronts. C’est une discussion pour nos communautés at large, y compris le Québec, le Canada et les différents francophones un peu partout.

Mais si on aura réussi à motiver une couple de conversations à gauche à droite au Canada, je vais crier mission accomplie.

Le documentaire avance aussi l’idée que le Québec pourrait s’inspirer des francophones en situation minoritaire. Pour quelles raisons?

Ce qui se passe en francophonie canadienne est souvent le miroir de ce qui va arriver au Québec bientôt, ce qui est un argument de plus dans notre arsenal pour dire : «Parlons-nous.»

C’est important d’établir des ponts sur toutes les lignes : les gouvernements, les organisations communautaires, mais aussi monsieur et madame Tout-le-Monde.

Il faut rappeler qu’on existe à l’extérieur de la 40, à l’extérieur du territoire québécois, et il faut défolkloriser le francophone. Au Québec, si on a une pensée du francophone, on va penser à la Déportation de 1755, à Montfort fermé, jamais!, aux crises, aux affaires du passé.

Mais ce qu’il faut, c’est que le citoyen moyen au Québec se rende compte qu’il y a un quotidien en français, différent du sien, un peu partout au Canada. Juste d’avoir cette conscience-là, d’après moi, ça va élever le débat, ça va nous emmener ailleurs.

Les propos ont été réorganisés pour des raisons de longueur et de clarté.
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