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Actualités
7 Mars 2024

Ralentir pour résister

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Ce 8 mars, nous célébrons la Journée internationale des droits des femmes. Le thème, «Investir en faveur des femmes : accélérer le rythme», invite à réfléchir sur l’importance de prendre des mesures concrètes et immédiates pour atteindre l’égalité entre les genres.

Julie Gillet , chroniqueuse – Francopresse

Un vaste chantier, selon ONU Femmes, qui estime qu’il faudra près de 300 ans pour atteindre cette égalité si nous n’accélérons pas les efforts. Mais ce thème m’inspire également une tout autre réflexion, plus personnelle, sur l’importance vitale du repos dans nos luttes.

Depuis que j’ai souffert d’épuisement l’année dernière et depuis les épisodes dépressifs qui ont suivi, j’éprouve beaucoup de difficultés à me concentrer. Mon rythme de vie s’en est trouvé fortement affecté.

Finies les longues périodes de travail intensif. Terminé l’agenda rempli du matin au soir. Au revoir les sorties organisées plusieurs mois à l’avance.

Je passe désormais plus de temps à scroller sur Instagram qu’à lire des essais sociologiques, et mes leçons de piano se sont faites aussi rares que des prévisions budgétaires exactes au Nouveau-Brunswick.

Certaines activités, cependant, ont pris davantage de place dans ma vie : jardiner, écrire, cuisiner, discuter avec mes amies et amis, danser, faire l’amour. Des choses simples, qui s’inscrivent dans la durée et la répétition.

J’ai réalisé que ce rythme me convenait davantage et me permettait de mieux ressentir la joie, dans le sens spinozien du terme, c’est-à-dire comme un état mental profond qui découle de ma compréhension de la façon dont le monde fonctionne, plutôt que de mes possessions matérielles ou de l’assouvissement de mes désirs.

Qu’allons-nous faire collectivement de notre surmenage?

L’épuisement professionnel n’est pas simplement le résultat d’une charge de travail excessive ou de responsabilités accablantes. C’est le symptôme d’un système capitaliste malade.

Dans nos sociétés où la productivité et la réussite sont constamment valorisées, il est facile de se retrouver piégé dans un cycle incessant de travail et de stress. Dans un sentiment d’urgence qui nous donne l’impression d’exister, le cerveau noyé sous les endorphines.

Mais combien d’entre nous font face à de réelles urgences? Un rapport administratif à remettre ou une présentation n’ont rien de foncièrement urgent, selon moi.

Nous sommes constamment poussés à en faire plus, à être plus performants, sans jamais prendre le temps de nous reposer ou de nous ressourcer. Résultat : aujourd’hui, au Canada, un adulte sur quatre souffre de dépression, d’anxiété ou de trouble de stress posttraumatique.

Le paradoxe est frappant : nos sociétés sont de plus en plus riches matériellement, mais nous-mêmes sommes de plus en plus déprimés et épuisés. Nous sommes conditionnés à croire que notre valeur dépend de notre productivité et de notre succès matériel, ce qui entraine un sentiment constant d’insatisfaction et d’anxiété.

Le repos comme un acte de résistance radical

La poétesse et militante américaine Tricia Hersey, également connue sous le nom de Nap Bishop, défend le repos comme un acte de résistance radical contre la culture de l’hyperproductivité actuelle.

Selon elle, le repos est bien plus qu’un simple moment de détente : c’est une affirmation de notre droit fondamental à une existence pleine et équilibrée. Dans son ouvrage Rest is Resistance: A Manifesto (Le repos est résistance : un manifeste), elle explore comment le repos perturbe et repousse les systèmes oppressifs du capitalisme et de la suprématie blanche.

Elle avance que le repos est une pratique qui nous permet de nous reconnecter avec notre humanité profonde. En choisissant de nous reposer, nous affirmons notre autonomie et notre valeur intrinsèque en tant qu’êtres humains. C’est un refus de nous laisser définir par notre productivité et notre utilité aux yeux des autres.

En cette Journée internationale des droits des femmes, alors que nous investissons en faveur des femmes et de leur émancipation, rappelons-nous l’importance vitale du repos dans cette lutte.

Le repos nous permet de reprendre notre pouvoir, de réclamer notre temps et notre énergie pour nous-mêmes. C’est une forme de résistance contre les systèmes oppressifs qui cherchent à nous exploiter et à nous aliéner.

Ainsi, en célébrant le 8 mars, engageons-nous à accélérer le rythme vers l’égalité des genres, certes, mais aussi, et peut-être surtout, à nous reposer lorsque cela est nécessaire. Car dans ce repos réside une puissante forme de résistance, une affirmation de notre humanité et de notre droit à une vie pleine de joie, de créativité et de connexion avec nous-mêmes et avec les autres.


__________________________________
Originaire de Belgique, Julie Gillet est titulaire d’une maitrise en journalisme. Militante éprise de justice sociale, voici près de quinze ans qu’elle travaille dans le secteur communautaire francophone et s’intéresse aux questions d’égalité entre les genres. Elle tire la force de son engagement dans la convergence des luttes féministes, environnementales et antiracistes. Elle vit aujourd’hui à Moncton, au Nouveau-Brunswick.(Pour la poétesse Nap Bishop,le repos est bien plus qu’un simple moment de détente : c’est une affirmation de notre droit fondamental à une existence pleine et équilibrée. Photo : Nathan Dumlao sur Unsplash)
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