Opinion

Vers une province d’analphabètes ?


Monsieur le Premier Ministre,

Comme vous le savez déjà, les enseignants et les enseignantes du Nouveau-Brunswick sont sans contrat de travail depuis deux ans. Comme vous le savez déjà également, il y a une pénurie d’enseignants dans notre province. Pourquoi avons-nous des écoles? Pour le bénéfice des enfants de notre province. Sans les enfants, il n’y aurait pas d’écoles!

J’ai travaillé pendant 14 ans dans le domaine de l’alphabétisation des adultes pour une organisation sans but lucratif qui offrait des services dans les deux langues officielles partout au Canada. Nous avions une bibliothèque en ligne qui offrait, à titre d’exemple, des guides pour les parents et grands-parents sur la façon de s’y prendre pour offrir les compétences de base à leurs enfants avant l’entrée à l’école. Or, le gouvernement Harper a fermé nos bureaux.

Durant la pandémie de COVID qui a touché le Canada à partir de janvier 2020, les enfants ont souffert dans leur apprentissage de base à cause du au port du masque. Or, pour apprendre la prononciation des mots, l’enfant qui va à la garderie doit pourvoir voir le visage le visage de son éducatrice et de son aide-éducatrice. S’il ne le voit pas, cela cause un retard dans le développement langagier de l’enfant. C’est le cas par exemple de Charlie, la fille d’une amie. (Sa mère m’a confié qu’elle a un retard d’apprentissage causé par le port de masque.) C’est d’une grande tristesse que cela soit arrivé partout dans notre province et au Canada.

Plus de 50 pour cent des adultes du Nouveau-Brunswick ont un taux d’alphabétisme qui se situe aux niveaux 1 et 2. Ce taux était de quarante pour cent chez les enfants de la 4e année de notre province en 2021-2022. En effet, selon Kelly Lamrock, Défenseur des enfants et de la jeunesse du Nouveau-Brunswick (2022 Report Three Challenges), en 2021-2022 environ 40 pour cent des enfants de la 4e année était sous le seuil des normes d’alphabétisme. En 2010, c’était le cas de 85 pour cent des enfants de la 2e année du secteur anglophone de notre province. De plus, ce qui est très alarmant, les compétences en lecture des enfants francophones sont passées de 77 % en 2009-2010 et à diminuer à 59 pour cent en 2021-2022. Je cite Kelly Lamrock: «Je soupçonne que, tout comme il a fallu dix ans pour faire beaucoup de petites choses correctement, il a fallu dix ans pour que beaucoup de petites choses tournent mal » (traduit de l’anglais par le journal).

Le taux d'alphabétisme est défini par le pourcentage de la population d'un groupe d'âge donné qui sait lire et écrire. Viens ensuite la capacité de comprendre ce qui est écrit.

Le salaire de nos enseignants est tellement peu élevé notamment pour ceux en début de carrière que nos districts scolaires n’arrivent pas à recruter du personnel enseignant dans d’autres provinces.

Cette situation n’est pas normale. Quand allez-vous la corriger? Ce sont les enfants du Nouveau-Brunswick qui vont en souffrir quand ils devront entrer sur le marché du travail.

L’avenir des enfants ne se règle pas comme on règle un compte de banque. Nos enfants sont notre richesse.

C’est l’avenir du Nouveau-Brunswick que vous hypothéquez si votre gouvernement ne corrige pas la situation.

Agissons pour l’avenir du Nouveau-Brunswick!



Marie-Claire Pitre
Apohaqui