Opinion

Un nom auquel s’identifier


J’ai suivi avec intérêt les nombreuses discussions concernant le changement de nom de l’Université de Moncton. Que ce soit pour ou contre le changement de nom de notre institution, les nombreux arguments qui ont été présentés jusqu’ici sont à mon point de vue très valables. Selon mon humble opinion, le débat ne devrait pas reposer sur le fait des atrocités du colonel Monckton. La ville de Moncton, qui porte son nom, fait partie de notre paysage urbain depuis fort longtemps et le sera pour encore bien des décennies, voire des siècles. Selon moi, il faut plutôt porter un regard objectif sur les bénéfices potentiels d’un nouveau nom qui serait plus représentatif des communautés acadiennes et francophones de notre province.

Dans la situation actuelle, le nom Université de Moncton n’est pas représentatif des communautés acadiennes qu’elle désert. Notre université est francophone et elle porte un nom, admettons-le, à consonance anglaise. Il faut donc lui redonner une identité qui pourrait faciliter son appropriation par la population acadienne et francophone de notre province, et ceci dans un but d’accroître la participation de nos étudiants et étudiantes dans notre université.

Au regard des activités politiques des dernières années, nous constatons malheureusement un certain désengagement des gouvernements envers la protection et la promotion de la langue française. Cela se traduit par un recul ou à tout le moins une fragilisation de nos droits acquis depuis la reconnaissance du français comme langue officielle de notre province. Cet état de fait est encore plus manifeste avec le présent gouvernement. Les statistiques à cet égard sont inquiétantes. Nous devons agir.

Dans la foulée du rapport Parent au Québec dans les années 1960, un constat se dégageait de manière très nette : les populations éloignées des grands centres étaient largement sous-éduquées par rapport aux populations plus urbaines qui avaient un accès beaucoup plus facile à la formation universitaire. Pour pallier cet état de fait, il fut décidé de créer l’Université du Québec avec des campus dans les régions éloignées comme l’Abitibi, Trois-Rivières, Rimouski et autres. Plus de cinq décennies plus tard, force est de reconnaître que cette initiative a largement contribué à renverser la vapeur et à rehausser le niveau de scolarisation de la population québécoise en région éloignée. Ils ont fait le choix, logiquement, d’un nom rassembleur.

Au Nouveau-Brunswick, nous avons des campus en région, soit Edmundston et Shippagan, mais ils portent toujours le nom de l’Université de Moncton. Par respect pour les populations des régions francophones et éloignées, il serait selon moi préférable d’avoir un nom pour notre institution postsecondaire auquel la population pourrait davantage s’identifier.

Je crois sincèrement qu’un débat de société sur cet enjeu s’avère essentiel, et ce dans le plus grand respect des parties prenantes. Le récent livre de André-Carl Vachon à ce sujet et le travail des deux membres choisis pour effectuer un travail de recherche sur le sujet, Maurice Basque et Stéphanie Chouinard, sauront certainement nourrir notre réflexion pour un débat sain et respectueux.



Jean-Eudes Savoie
Tracadie