Opinion

Un 15 août tourné vers l’avenir


La fête nationale de l’Acadie est d’abord une occasion de fêter! Nous fêtons sans réserve cette année la nouvelle Loi canadienne sur les langues officielles.

Nous sommes par ailleurs très intéressés à préparer la fête de 2024. La prochaine année sera déterminante pour l’Acadie et la Francophonie au Nouveau-Brunswick. Nous devrons décider si nous souhaitons que le nom d’une de nos institutions de grande importance reflète qui nous sommes et sa propre mission.

Notre Université est une institution qui rassemble l’ensemble de la communauté acadienne et francophone de la province. Nous comprenons que lors de sa fondation, ni le Canada ni le N.-B. n’étaient bilingues, et que les relations entre les communautés linguistiques à Moncton étaient très difficiles, bien entendu pour la communauté acadienne. La peur d’une réaction négative était justifiée et le choix du nom Moncton visait à rassurer la communauté majoritaire.

Les temps ont changé heureusement. La ville de Moncton a fait beaucoup de chemin depuis. Elle a grandement bénéficié à tous les niveaux de la présence et du dynamisme de la communauté acadienne et francophone. Elle est maintenant officiellement bilingue, témoigne de belles collaborations interculturelles, et poursuit sa progression vers une égalité réelle et un respect des deux communautés.

Nous ne sommes plus dans les années 60! Il faut souligner aujourd’hui l’ouverture de la communauté anglophone de la région de Moncton et du N.-B. Un de leur membre, notamment, illustre très bien le renouveau de Moncton : l’ancien maire M. Brian Murphy, à l’origine de l’adoption du statut bilingue de la ville, et qui s’est d’ailleurs prononcé en faveur du changement de nom de l’Université.

Il existe bien entendu encore une certaine nervosité autour des enjeux linguistiques. Mais nous devons résolument franchir l’étape de la peur. Il s’agit d’un enjeu principal dans le mouvement actuel autour du nom de l’Université, et il est de très grande importance pour l’avenir.

Un 2e enjeu tout aussi important, il est de mise que l’Université reflète le fait qu’elle est une institution provinciale et réseau. Elle compte trois campus, qui jouent un rôle essentiel dans leur région et à l’échelle provinciale. C’est un atout! Son nom doit aussi refléter cette réalité. Il en va du respect des régions. Est-ce qu’il serait acceptable de parler de la University of Fredericton in Saint-John? Jamais, avec raison. Pourquoi est-ce que c’est acceptable pour nous?

Un nom représentatif et rassembleur offre des avantages et possibilités d’avenir intéressantes. Le changement du nom de notre université est un message fort à la population acadienne et à nos jeunes. Ceux-ci auront une plus grande propension à s’identifier à l’institution si son nom reflète sa véritable identité et ses caractéristiques fondamentales. Ce sera un signe que notre institution éducative phare est fière de son identité, qu’elle ne craint pas de s’affirmer et qu’elle est prête à s’assumer à la face du monde.

L’Acadie et la francophonie ont un beaucoup plus grand pouvoir d’attraction que l’attribut Moncton dans la francophonie internationale, qui compte 88 pays membres et plus de 300 millions de locuteurs francophones, dont environ 20% (60 millions) sont des jeunes qui pourraient se destiner à des études postsecondaires. C’est un marché énorme auquel notre université peut s’intéresser davantage. À notre avis, c’est l’un des facteurs clé à considérer dans le choix de l’image de marque de notre Université.

Nous sommes conscients que le changement du nom de l’Université est sensible et difficile. Il nécessite une décision courageuse, qui appartient, heureusement, à une instance de la communauté elle-même. Le gouvernement provincial respectera, comme il l’a fait dans le passé, la décision de la communauté. Si nous ne pouvons pas prendre nous-mêmes cette décision courageuse, nous serons bien mal placés pour demander à nos gouvernements de le faire en notre faveur dans d’autres dossiers.

Comme le disait Mme Pauline Leblanc-Beaulieu de Memramcook dans l’Acadie Nouvelle du 3 juillet dernier, « À 90 ans, lucide et solidaire, je réalise qu’il est de notre devoir de reconnaître la mémoire du peuple acadien».



Jean-Marie Nadeau et Lise Ouellette, co-présidents
Comité citoyen sur le nom de l’Université