Opinion

Se ressourcer en français au Québec


Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com


Ayant déjà vécu six ans à Montréal, j’ai besoin chaque année de venir passer une dizaine de jours au Québec. C’est autant pour y voir des amis que pour m’immerger dans la culture et le nationalisme québécois, car ça me nourrit intellectuellement et patriotiquement.

La plupart de mes amis au Québec sont indépendantistes, même ceux d’origine acadienne. Cependant, j’y ai aussi de bons amis fédéralistes. Les trois principaux partis politiques au Québec, soit la Coalition Avenir Québec (CAQ), Québec solidaire (QS) et le Parti québécois (QS) ont tous de fortes tendances nationalistes. Pour ceux et celles d’entre vous qui croyaient que le nationalisme québécois était mort, détrompez-vous. Il est même en pleine remontée.

Lorsque même un Trudeau, en l'occurrence Justin, reconnaît que le français est un déclin partout au Canada, même au Québec, ça veut dire que le phénomène est sérieux et ancré. Ça explique donc en grande partie cette résurgence du nationalisme québécois, et cela devrait avoir le même effet sur notre nationalisme acadien.

Vous connaissez mes penchants autonomistes acadiens (égalité réelle, province acadienne…). Il ne m’est donc pas difficile d’éprouver une grande sympathie à l’égard du mouvement souverainiste québécois. L’avenir sombre du français au Canada, y compris chez nous en Acadie, m’amène à penser que la création d’un vrai pays clairement français en Amérique du nord ne serait peut-être pas un luxe.

Le hasard a fait que j’ai assisté à une soirée péquiste à Québec, de même qu'à la marche des Patriotes à Montréal. Les gens scandaient principalement “on veut un pays” ou encore “on fait un pays”. Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu autant de ferveur patriotique. Ce qui peut être rassurant pour les nationalistes québécois, c’est que la jeunesse semble revenir au bercail. Lors du rendez-vous des patriotes, on a donné la parole aux jeunes présidents et présidente des associations des trois principaux partis politiques. Leurs discours étaient passionnés et enthousiastes.

Mais il n’y a pas que de la politique au Québec. Montréal reste, même pour nous Acadiens, la métropole de référence, principalement sur le plan culturel. D’ailleurs, nos artistes acadiens y règnent avec brillance.

J’ai vu la célèbre pièce de théâtre “Rioppelle” de Robert Lepage. Quelles prouesses scéniques et théâtrales. Lepage n’est pas seulement le plus grand dramaturge québécois, il est un des plus grands au monde. Que dire des beaux films français que j’ai vus, du concert classique auquel j’ai assisté à la vénérable Maison symphonique, des concerts de jazz et de la vie nocturne. Je ne vivrais plus à plein temps à Montréal, mais ces dix jours par année me sont devenus indispensables.

Les Québécois vont revenir en grand nombre pour la saison touristique estivale. Qu’ils soient indépendantistes ou fédéralistes, il faut les accueillir de la même façon. Ça m’attriste encore de voir beaucoup d’Acadiens anti-québécois, surtout quand il s’agit d’intellectuels et de leaders acadiens. On ne peut plus se permettre d’être divisifs à l’intérieur de la francophonie nord-américaine, car le péril est en la demeure. Le mot d’ordre est à la solidarité et à l’entraide. Que le Québec devienne indépendant ou pas, il restera toujours notre voisin francophone privilégié. Le Québec restera toujours notre principale source de francisation. On a besoin d’un Québec français fort pour avoir aussi une Acadie française forte.

Comme vous pouvez le constater, mon séjour annuel au Québec m’a permis de me ressourcer. Plus que jamais, j’ai les intérêts supérieurs de l’Acadie me tiennent à cœur. Plus que jamais, par exemple, je pense que le changement de nom de l'Université de Moncton est nécessaire. Lui donner un nom plus acadien, plus français, serait un renforcement identitaire indéniable. Plus que jamais, je suis fier de vivre en français, et je veux que ça dure le plus longtemps possible, pour moi comme individu, et pour nous comme peuple!