Opinion

Repenser la promotion littéraire dans l’Acadie moderne


Prix France-Acadie

Une polémique s’est développée dernièrement suite à la décision du jury de ne pas attribuer le prix France-Acadie cette année.

Le prix France-Acadie a été créé par une association française, les Amitiés France-Acadie (anciennement Amitiés Acadiennes) qui puise dans ses maigres ressources pour le financer et l’organiser depuis maintenant plus de 40 ans. Le jury est composé par l’association. La SNA associe son nom à l’entreprise : elle se charge d’expédier à Paris les ouvrages des candidats dans le nombre requis. Le prix récompense en alternance annuelle une œuvre littéraire ou un essai.

On doit d’abord dire que tout jury de prix, de concours ou d’examen, sait qu’il est confronté à une exigence de qualité et peut être appelé à prendre des décisions difficiles. Cela fait partie du mandat et le respect de cette exigence de qualité est essentiel. Dans le cas contraire, le résultat perdrait toute valeur.

La situation d’aujourd’hui n’est pas sans rappeler, dans une moindre mesure, celle où le jury du FICFA avait décidé de ne pas attribuer le prix de «La Vague» pour des raisons similaires, provoquant un déferlement de propos et commentaires de toute nature dont beaucoup étaient déplacés. Si l’on considère qu’il aurait été alors beaucoup plus facile pour les membres du jury d’accorder le prix à l’un quelconque des candidats, plutôt que de se retrouver ensuite à Moncton confrontés aux conséquences de leur choix, on ne peut que dire que l’attitude du jury qui avait tranché en fonction de son intime conviction, était courageuse.

Aujourd’hui dans ce qui s’est exprimé sur les ondes de Radio-Canada au sujet du prix France-Acadie, certaines choses peuvent être entendues. La déception des candidats non retenus est compréhensible. Les questions que peuvent se poser les éditeurs, qui engagent les ressources de leur entreprise dans l’affaire, également.

D’autres commentaires sont plus surprenants. Il n’est pas question ici d’alimenter la polémique en revenant sur le détail des propos. Pour ma part je retiendrais deux choses : oui, l’Acadie d’aujourd’hui est bien différente de celle que l’on pouvait connaître il y a 40 ans, et elle est dotée d’institutions qui lui permettent désormais de s’exprimer et de se promouvoir par elle-même.

Dans ces conditions, il faut savoir sortir du commentaire et agir. Plutôt qu’en être rendu aujourd’hui à critiquer ce que d’autres font de l’autre côté de l’Atlantique, on peut se demander pourquoi au cours de toutes ces années la SNA, l’Université de Moncton et Radio-Canada, n’ont pas, de leur côté, mis en place une initiative destinée à encourager et promouvoir la création littéraire acadienne dans sa réalité et sa diversité actuelles ?



Michel Couthures
Moncton