Opinion

Privatisation et centralisation en santé


Jean-Marie Nadeau
jmlcadadie1@gmail.com



Tant sous des gouvernements conservateurs que libéraux, le système public de la santé au Nouveau-Brunswick a dérapé vers le privé. Heureusement qu’il y a des organismes citoyens comme Égalité santé en français et la Coalition du Nouveau-Brunswick pour la santé qui veillent au grain, afin d’amenuiser les effets négatifs de cette privatisation grandissante. Malgré tout, le système public se dégrade.

L’on retrace en 1997, sous le gouvernement libéral McKenna, une première brèche dans le système public de la santé par la création de Télésoins octroyés à une entreprise privée. On a par la suite assisté à la privatisation du système d’ambulances en 2007 sous le gouvernement libéral Graham, et à celle de certains foyers de soins en 2008. Dans les années suivantes, plein d’autres services ont été privatisés, en passant par la gestion des cartes d’assurance-maladie, celle des médicaments, la ligne 811, pour aboutir en 2017 par la privatisation du Programme extra-mural octroyé à Médavie sous le gouvernement libéral de Brian Gallant. Ce dernier programme a fait l’objet d’une énorme levée de bouclier populaire pour résister à cette privatisation, sans succès.

Le gouvernement conservateur Higgs a été très actif dans ses actions vers plus de privatisations. Depuis 2022, il a octroyé à la société à but lucratif eVisitNB une plateforme virtuelle qui offre des consultations avec des infirmières et des médecins; Médavie a hérité depuis du programme Lien Santé NB, des services d’ambulance, la ligne 911, le Programme d’assurance-médicaments, etc.

De plus, le gouvernement Higgs a privatisé un système de chirurgie des cataractes. Dans ce système, on paie ses soins avec la carte d’assurance-maladie au lieu de la carte de crédit, mais ça coûte souvent deux fois plus cher que dans le système public. Et la privatisation s’étend allègrement: des dons de sang rémunérés, la formation privatisée de techniciens médicaux d’urgence, l’embauche d’infirmières privées payées deux fois plus l’heure…

Le démantèlement privé du système public de santé est accéléré. Chaque programme privatisé draine un nombre important d'infirmières, de médecins et d’autres professionnels de la santé du système public, ce qui finit par nous coûter plus cher en bout de ligne. Ces compagnies privées doivent faire du profit sur le dos de la santé des citoyens. Il me semble que l’on devrait extirper toutes notions de profit dans le domaine de la santé. Là où le bât blesse le plus, c'est que ces entreprises en santé ont très peu de comptes à rendre à la population.

La grande sœur de la privatisation qui menace notre système public de la santé, c’est la centralisation du système. Il est scandaleux qu’après avoir éliminé les conseils d’administration des régies de santé, dont une majorité était élue démocratiquement, le gouvernement restaure les conseils d’administration composés strictement de nominés par le gouvernement lui-même. Bienvenue aux petits amis conservateurs! Ça dépasse l’entendement! Un tel geste est totalement inacceptable pour la communauté acadienne qui a le droit au contrôle de sa régie de santé. Ça s’apparente à un détournement de démocratie, pour ne pas dire tout simplement à un geste totalitaire.

Un des faux arguments pour ne pas avoir des élus sur les conseils d’administration des régies, c’est que gérer la santé commande des spécialistes. Alors, à ce compte-là, ne devrions-nous pas avoir droit aussi à des spécialistes comme députés pour diriger notre gouvernement? Poser la question relève du ridicule.

Notre système public de santé fait donc face à deux menaces majeures, à savoir la privatisation et la centralisation. Avec un gouvernement si inapte et si réactionnaire, il y a péril en la demeure. La santé reste le dossier prioritaire des citoyens. On ne peut se permettre de ne pas s’en occuper ni de s’en préoccuper. Personne ne voudrait se retrouver avec un système de santé américain où la carte de crédit remplacerait la carte d’assurance-maladie. Plus que jamais, nous devons soutenir nos groupes citoyens en santé qui tiennent le fort et la garde.