Opinion

Les Premières Nations et Jackie

Jean-Marie Nadeau

jmlacadie1@gmail.com



Mon émotion a été vive quand, dans le dossier du changement de nom de l’Université de Moncton pour se débarrasser du nom Moncton, la Nation Mi’kmaq a soutenu sans réserve cette demande. En ce faisant, elle exprimait la solidarité et l’amitié ancestrales entre le peuple acadien et les peuples autochtones. Mais, permettez-moi de questionner cette notion d’amitié.

Nous avons un grand mea culpa à faire pour nous faire pardonner nos actions et nos échanges que nous avons eus avec ces communautés depuis plus d’une centaine d’années. Nous avons laissé ces communautés à l’abandon, aux prises avec un gouvernement canadien assimilateur et la communauté anglophone. Le gouvernement canadien n’a pas seulement assimilé ces populations à l’anglais, mais il a tout fait pour les acculturer. Comment se surprendre aujourd’hui que presque toutes les communautés autochtones du Nouveau-Brunswick soient principalement identifiées comme anglophones?

Il ne faut pas avoir peur des mots, nous avons eu tendance à être racistes envers les Premières Nations. Je prends comme exemple l’élection partielle dans Kent-centre de 1998. J’ai fait du porte-à-porte pour la candidate autochtone du Nouveau Parti Démocratique (NPD) en la personne de Millie Augustine. J’ai eu à faire brutalement face à des manifestations racistes contre la candidate, de façon insoupçonnée au départ. Mais heureusement, depuis ce temps-là, plusieurs événements nous ont rapprochés pour le mieux.

On pense particulièrement à la lutte contre la fracturation hydraulique au milieu des années 2000. La Société nationale de l’Acadie (SNA) a de plus signé un pacte d’amitié avec l’Assemblée des Premières nations du Canada, sous la présidence de Françoise Reux-Enguehard. Il y a eu le phénomène “Idle No More” où l’on a vu plusieurs Acadiens exprimer leur solidarité avec les peuples autochtones. Autour des années 2010, la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick avait commencé à organiser des pow-wow avec les Premières Nations dans la Miramichi autour du premier juillet.

Mais, il nous reste encore beaucoup de chemin à faire avant de régulariser de façon positive et proactive nos relations avec eux. Plusieurs communautés autochtones ont connu depuis les années 2000 un développement économique exponentiel. On pense ici plus particulièrement au Madawaska et à Elsipogtog. L’accès à la pêche aux crabes, pour Elsipogtog en particulier, y a été pour quelque chose.

Parmi tout cet imbroglio intercommunautaire, s’est immiscé le phénomène Kouchibougouac. En 1969, 230 familles acadiennes, qui se définissent aussi comme métis, ont été expropriées pour ne pas dire expulsées du territoire aujourd’hui appelé le Parc Kouchibougouac. Tout cela pour un plat de lentilles. Sous le leadership du vaillant et vénérable Jackie Vautour, ces familles contestent depuis ce temps-là la légitimité et la légalité de cette expulsion massive. De plus, ils tentent de se faire reconnaître officiellement comme métis acadiens. Dans cette lutte, ils sont accompagnés par le plus grand intellectuel autochtone des temps modernes, en la personne de Steven Augustine.

Il faut se scandaliser une autre fois, comme en 1976, de la façon barbare que le gouvernement canadien a sorti ses bulldozers, d'autres machineries lourdes et une cinquantaine de policiers pour évacuer ce qui restait des habitations de la famille Vautour dans le parc. Ça frise le totalitarisme abject.

On n’a pas à être d’accord avec les visées de la famille Vautour et des autres anciens résidents de Kouchibougouac, mais on doit admirer leur détermination et leur résilience. On doit surtout respecter leurs convictions et leurs croyances existentielles. Jackie Vautour restera toujours dans l’imaginaire acadien un héros et une légende. Dans tout cela, il ne faut pas oublier Yvonne, sa conjointe: c’est aussi une grande dame, un monument solide comme le roc!

J’ai toujours pensé, qu’au lieu de strictement parler de bilinguisme et de biculturalisme pour définir le Nouveau-Brunswick et le Canada, on devrait se définir par le trilinguisme et le triculturalisme, incluant ainsi les Premières Nations dans ce triumvirat fondateur.

Je me targue d’être un des Acadiens à avoir le plus d’amis et de connaissances autochtones. Mais je confesse que j’en n’ai pas fait assez pour mieux rapprocher nos communautés. Il n’est jamais trop tard pour assainir et bonifier nos relations avec les Premières Nations. Pour ce faire, il faut se débarrasser de nos relents de racisme qui couvent en nous, que ce racisme soit manifeste ou latent. On a tout intérêt à parfaire ces relations. C’est mon souhait le plus cher! Et encore une fois, merci aux autochtones de continuer à manifester leur solidarité envers nous, malgré tout!