Opinion

Les cinq mousquetaires


Jean-Marie Nadeau

jmlacadie1@gmail.com


Il fut un temps, jusqu’au début des années 80 en Acadie du Nouveau-Brunswick, où trois grandes institutions menaient presque toutes les affaires patriotiques. Il s’agissait de l’Assomption, de la Fédération des caisses populaires acadiennes et de l’Université de Moncton. Depuis, deux autres grandes institutions du même genre se sont ajoutées, soit le Conseil économique du Nouveau-Brunswick en 1979 et le Collège communautaire en 2010. Ils sont ce que j’appelle les cinq mousquetaires. Mais pourquoi parler de ces institutions aujourd’hui? Parce que ces cinq grandes institutions sont presque absentes des grands débats de société qui nous préoccupent, et c’est un manque.

Avant les années 80, les trois premières institutions susmentionnées contrôlaient presque tout ce qui se passait d’acadien. Même si la Patente, c’est-à-dire l’Ordre de Jacques-Cartier, n’existait plus officiellement depuis 1965, de vieilles habitudes de gouvernance autoritaires persistaient. Gilbert Finn de l’Assomption, Martin Légère des Caisses populaires acadiennes et Adélard Savoie de l’Université de Moncton étaient les principaux leaders de l’époque. Le merveilleux film de Phil Comeau “L’Ordre secret” en a fait une belle illustration.

Autre temps, autres mœurs! La direction des affaires acadiennes était centralisée, mâle, autoritaire, disciplinée et religieuse. L’Église catholique n’était pas loin de ces lieux de pouvoir. Heureusement, certaines femmes ont percé ce plafond de verre: Marguerite Michaud, Jeanne-de-Valois, Marie-Esther Robichaud, et Blanche Bourgeois pour ne citer qu’elles.

Depuis les années 80, ces grandes institutions acadiennes ont presque disparu de la sphère politique et des affaires acadiennes. Est-ce une conséquence de la tenue de la Convention d’orientation nationale de 1979 à Edmundston et de la création de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick en 1973? Ces deux dernières instances avaient permis de démocratiser le militantisme individuel acadien. Est-ce que ces grandes institutions se sont senties évincées par cette nouvelle gouvernance, plus démocratique, de mener les affaires acadiennes? Si oui, on doit le regretter aujourd’hui. Mais on ne peut pas croire que la venue de la démocratie est la seule raison de ce désengagement de nos vénérables organisations.

Pour ce qui est de l’Assomption et des Caisses (aujourd’hui UNI), il faut sérieusement se demander si leur appel à une clientèle anglophone n’a pas éteint en grande partie leur flamme nationaliste d’antan. On aurait troqué les profits au détriment du patriotisme acadien. Si c’est vraiment cela qui se passe, on doit clairement le dénoncer. Surtout qu’UNI a envoyé dernièrement plein de documents unilingues anglais à beaucoup d’Acadiens et Acadiennes, sans s’excuser.

On doit reconnaître qu’UNI et l’Assomption financent et commanditent assez généreusement des projets communautaires acadiens, tels les Jeux d’Acadie, et nous les en remercions. Aussi louables et nécessaires que soient ces commandites pour des projets communautaires acadiens, ça ne compense pas ni ne justifie le silence de ces institutions face aux grands enjeux politiques qui assaillent la communauté acadienne d’aujourd’hui au Nouveau-Brunswick.

Il serait opportun que ces institutions interviennent plus souvent dans les grands débats publics, surtout avec un gouvernement aussi anti-francophone tel que l’on a actuellement. Et ça inclut le Conseil économique et le CCNB. Notre existence comme peuple n’a jamais été aussi menacée. Le français est en déclin. Notre population vieillit à vue d'œil. Que faudra-t-il de plus pour que ces institutions reprennent le bâton du pèlerin nationaliste et interviennent vocalement et résolument?

Il faudrait que la SANB entame un dialogue énergique et constructif avec ces institutions afin de les ramener au bercail du devenir acadien. Il faut inventer de nouveaux modes d’interventions de ces institutions dans les affaires acadiennes. Ça se situerait donc entre le totalitarisme institutionnel d’antan et le silence absolu d’aujourd’hui. La plupart de ces institutions viennent chercher de l’argent acadien pour vivre. On est en droit de s’attendre à un retour social, politique et patriotique sur nos investissements. Nous sommes fiers d’avoir ces grandes organisations. Alors, que ces institutions contribuent à renforcer notre identité acadienne en s’impliquant plus activement dans les grands enjeux acadiens d’aujourd’hui et de demain!