Opinion

Leçons à retenir des élections partielles


Jean-Marie Nadeau
jmlacadie@gmail.com



C’est sans surprise que le Parti libéral a gagné les trois élections partielles du 24 avril. Mais la plus grande surprise a été de voir le Parti vert finir deuxième dans chacune de ces circosscriptions. Il est à se demander si, chez les Acadiens, le Parti vert n’est pas en train de devenir l’alternative politique tant recherchée, remplaçant ainsi un Parti conservateur amputé de son aile francophone.

Lors de la campagne électorale, les Verts ont performé de façon admirable, surtout dans Chaleur-Restigouche et Bathurst-est-Népisiguit-Saint-Isidore. On sentait qu’il y avait de bonnes organisations sur le terrain. L’enthousiasme naïf a même fait croire qu’en cours de route on pouvait gagner.

Ceci dit, il aurait été catastrophique que la cheffe Susan Holt ne puisse remporter ces élections. Un tel scénario aurait permis au Parti conservateur de se positionner en force pour l'élection de 2024, et ainsi d’accroître ses chances de se maintenir au pouvoir. À présent, le grand défi du Parti libéral est de bâtir une équipe gagnante et un programme électoral inspirant. On n’en est pas encore rendu là pour le moment.

La venue de Susan Holt à la chefferie du Parti libéral a été enthousiasmante et remplie de promesses. Mais jusqu’à maintenant, cet espoir ne s’est pas concrétisé. Avec son élection comme députée, Susan Holt et le Parti libéral n’ont plus droit à l’erreur et aux tergiversations. Le Nouveau-Brunswick a besoin d’une opposition forte face à cet ignoble gouvernement, et surtout une proposition politique vigoureuse comme alternative.

À part l’adoption de la première Loi sur les langues officielles sous le gouvernement libéral Robichaud en 1969, et l’enchâssement des principes de la Loi sur l’égalité des communautés linguistiques, arraché de peine et de misère sous le gouvernement libéral McKenna en 1993, le Parti libéral ne peut pas se vanter d’avoir été, au cours de son histoire, un champion des droits linguistiques! Ce sont les gouvernements conservateurs qui ont le plus fait évoluer nos droits linguistiques. En effet, le gouvernement conservateur Hatfield adoptait en 1981 la Loi 88 ou la Loi reconnaissant l'égalité des deux communautés linguistiques officielles au Nouveau-Brunswick. Les gouvernements conservateurs de Lord en 2002 et d’Alward en 2012 ont procédé, quant à eux, à une révision de la Loi sur les langues officielles. Mais le coup de massue linguistique vient de se produire sous le gouvernement conservateur Higgs. Il est en train de tout détruire ce que ses prédécesseurs ont bâti, et discrédite pour longtemps ce que le Parti conservateur pourrait faire sur ce plan à l’avenir.

Pour autant, on ne peut pas dire que le Parti libéral se soit débattu suffisamment contre le gouvernement Higgs face à cette fronde anti-francophone. Il va falloir que les Libéraux développent des politiques vigoureuses sur les droits linguistiques, et s’affranchissent de leur comportement passif et timide en la matière. Et plus jamais madame Holt ne devra faire taire sa députée Isabelle Thériault quand elle voudra exprimer haut et fort ses revendications pour les droits linguistiques.

La montée des Verts ne doit pas être perçue comme un handicap pour le Parti libéral, parce que ces deux partis courtisent la même clientèle. Que des députés verts remplacent éventuellement des députés libéraux maintiendrait malgré tout une gauche et un centre-gauche au pouvoir. Avec mon ami Rino Morin Rossignol, je pense qu’un tel scénario ferait en sorte qu’on pourrait avoir des gouvernements de coalition, à l’image de ce que l’on retrouve communément en Europe. Madame Holt a ouvert la porte à une telle éventualité. L’important, c’est de se débarrasser de la droite conservatrice.

Si madame Holt se représente dans la même circonscription, il serait sage que lors de la prochaine élection le candidat vert Serge Brideau envisage de se présenter à Tracadie, plutôt que dans la même circonscription qu'elle. Tracadie a historiquement bougé politiquement, en alternant entre les Libéraux et les Conservateurs. Pourquoi n’opterait-elle pas pour les Verts la prochaine fois?

Le climat politique au Nouveau-Brunswick s’est nettement amélioré avec les élections partielles. Il ne faut pas que le Parti libéral nous déçoive. Pour ce faire, il faudra que Susan Holt soit plus présente qu’elle ne l’a été jusqu’à maintenant, et que son parti fomente un véritable programme politique qui se démarque significativement. On ne peut que lui souhaiter une victoire aux élections de 2024, avec une présence accrue du Parti vert à l'assemblée. La diversité politique ajoute de l’assaisonnement au monde politique, et cela a meilleur goût. Je n'ai jamais autant souhaité dans ma vie l'élection d'un gouvernement libéral!