Opinion

Le présent prophétise l’avenir


L’histoire foisonne de leçons, la plupart ignorées, niées ou mal apprises.

Sous le règne de Louis XIV, la situation économique de la France était devenue très précaire. Le royaume était endetté à raison de 100% de ses revenus annuels à cause des guerres et du mode de vie luxueux de la Cour. La presque totalité du fardeau financier tombait sur les épaules des fermiers et des ouvriers, la noblesse et la bourgeoisie étant exonérées de l’impôt. Les nobles et les bourgeois s’enrichissaient grâce aux concessions royales et à l’exploitation de seigneuries et ils investissaient dans des domaines luxueux, parfois à l’étranger.

En 1789, le peuple affamé descendit dans les rues et saccagea les magasins et les entrepôts en quête de nourriture. Les soldats mobilisés par le roi Louis XVI refusèrent de tirer sur leurs concitoyens et ce fut le début de la Révolution, qui signa la fin de la monarchie et abolit la classe des nobles en France.

Serait-ce farfelu de voir des similitudes frappantes entre les causes à l’origine de la Révolution française de 1789 et le contexte économique et social contemporain?

Nous constatons que l’écart entre les riches et pauvres du monde ne cesse de s’accroître, la majeure partie des biens de la terre étant de plus en plus concentrée entre les mains d’une infime minorité, des biens qui sont souvent dilapidés dans l’exercice du pouvoir, dans le luxe et le gaspillage honteux.

Dans la plupart des instances, les revenus des États incombent à la classe moyenne et aux pauvres, les riches et les très riches y contribuant proportionnellement peu ou pas du tout, grâce à des privilèges qui leur sont accordés par l’autorité en place, par les règlements sur l’impôt ou par le recours aux abris fiscaux. D'après certains analystes, le gouvernement canadien perdrait, à lui seul, plusieurs milliards de dollars annuellement en impôts non payés par les nombreuses grandes entreprises et par les richissimes individus qui profitent de ces paradis fiscaux.

De plus, il est indéniable qu’une part importante des revenus nationaux est employée à des dépenses non essentielles, non justifiées ou tout simplement inutiles. On peut penser à la contribution du Canada au trésor de la monarchie du Royaume-Uni, au maintien du Sénat, au poste de gouverneur général et j’en passe. Pourtant, les besoins sociaux augmentent continuellement et certains sont très urgents. À cela s’ajoute l’immigration, qui est appelée à croître exponentiellement, ici comme dans plusieurs autres pays : des réfugiés de la famine et du réchauffement de la planète.

Je ne suis pas le seul à croire que le présent, éclairé du passé, prophétise l’avenir.



Cyrille Sippley
Saint-Louis-de-Kent