Opinion

Le monde des sexualités est ébranlé


Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com


Il y a un adage qui dit que “le sexe mène le monde”. J’aurais tendance à être d’accord avec cette théorie. L’industrie du sexe est l’une des plus lucratives et florissantes dans le monde. Elle génère tous les ans des milliards de dollars.

Deux évènements récents m'amènent à parler du monde de la sexualité qui est ébranlé. Il y a d'abord ce sinistre débat autour de la Politique 713. L’autre événement, c’est cet avertissement du gouvernement fédéral aux voyageurs LBGTQIA2+ qui iront voyager aux États-Unis principalement. Il y a de réels dangers de violence auprès de ces communautés avec la montée de l’extrême droite. Rappelons que l’acronyme LBGTQIA2+ veut dire: lesbienne, bisexuel, gai, transgenre, queer, intersexuel, asexuel, 2 esprits et autres. Personnellement, je suis bisexuel, donc je me sens concerné.

Pour ce qui est de la Politique 713, tout repose sur le mensonge et l’agenda personnel du Premier ministre Higgs. En effet, on nous a fait croire au début de ce dossier qu’il y avait plus de mille plaintes pour dénoncer le fait que les enfants aient le droit à l’école de changer de nom sans le consentement des parents.

Une demande d’accès à l’information auprès du gouvernement provincial, pour prendre connaissance de cette liste de plaignants, a révélé que dans les faits aucune plainte n’avait été enregistrée. Pas une seule! Par ailleurs, le départ de plusieurs députés et ministres sur cette question a permis de mettre en lumière que ce sujet était avant tout porté par le premier ministre lui-même. Suivant le mauvais exemple du Nouveau-Brunswick, il semble que les provinces de l’Alberta et de la Saskatchewan s'apprêtent à emprunter la même direction. Pire encore, la droite religieuse de l’ouest canadien vient à la rescousse de Higgs.

Il faut saluer les conseils scolaires, surtout francophones, qui se sont engagés à ne pas appliquer une telle politique. On doit aussi saluer dans le même sens le Défenseur des enfants, Kelly Lamrock, qui s’oppose vertement à cette politique, en s’appuyant sur les avis d’experts. Ce débat est malsain, car il vient discréditer, par la bande, le monde des sexualités alternatives.

Pour ce qui est de l’avertissement du fédéral aux voyageurs LBGTQIA2+ de faire attention à la violence par rapport à eux, surtout aux États-Unis, il est regrettable que le gouvernement fédéral soit obligé de faire un tel énoncé. Du même souffle, on doit le remercier de le faire: ça veut dire que c’est sérieux.

Il est tout de même aberrant qu’un tel avertissement vise le pays qui est théoriquement le plus libre de la planète. Les quatre ans de pouvoir de Trump y sont pour quelque chose, avec la montée de la droite religieuse. Pourtant, il a fallu des siècles pour que toutes les sexualités, surtout alternatives, se libèrent de l’obscurantisme religieux et sortent du placard.

Encore une fois, on doit aussi blâmer la pandémie de Covid-19. En effet, autant le monde gai était devenu ostentatoire et manifeste avec ses lieux de rencontres comme par exemple les clubs gais, autant ce monde s’est retranché dans le cocooning et le privé informatique. Il n'y a plus de club gai à Moncton. Ceux de Montréal ont été décimés. Parallèlement, les sites de rencontres sur Internet se sont mis à pulluler. Un des gros problèmes de ces sites, c’est que beaucoup de robots y sont présents. Ça coûte cher et, pardonnez-moi l’expression, mais plus que jamais les clients se font ‘baiser’ pour une fortune.

Au Canada, on n’est pas à l’abri de cette montée de violence face aux sexualités alternatives. Le chef du Parti conservateur fédéral Pierre Poilievre, qui est une réplique de Trump en miniature, à la merci aussi de la droite religieuse, est un porteur inquiétant d’un message antigai. On doit le mettre sous haute surveillance.

Ce n’est pas facile aujourd’hui pour un enfant de devenir un homme ou une femme accomplie. L’hyper sexualité est omniprésente. Assumer pleinement sa sexualité déborde des responsabilités des parents, trop souvent désarçonnés face à cette question. C’est pourquoi les milieux d’éducation et des experts doivent prendre la relève et le complément.

Personne ne voudrait revenir aux temps anciens où tout ce qui était sexuel devenait tabou, suspect, péché. Quoi de plus beau qu’une sexualité saine et assumée dans toutes ses expressions? Il n’y pas d’espace pour du recul en ce domaine. Le monde des sexualités est ébranlé, mais on doit maintenir le cap sur plus de libertés.