Opinion

L’université du peuple


Je ne remâcherai pas tout ce qui a été dit au sujet du bourreau Monckton pour justifier le changement de nom de mon alma mater, car moi aussi je suis un diplômé de l’Université de Moncton.

Nouvellement arrivé de Chine et ayant fait un détour par la Californie, j’y ai découvert une université qui s’appelle tout simplement : Université du peuple. Fondée en 2009 et mondialement reconnue, la scolarité est gratuite. Il faut toutefois débourser des frais pour y passer les examens. Mais là n’est pas mon propos.

J’ai toujours considéré que toute université se doive d’être au service de la population entière. Elle doit permettre au plus grand nombre possible d’aller y acquérir une éducation supérieure. Elle doit refléter les aspirations du peuple et lui permettre de l’outiller pour réaliser ses dites aspirations.

Alors voilà que le mot est dit. Aspirations. Et à quoi donc alors, aspire le peuple acadien?

Depuis les lendemains de la déportation, tout ce que le peuple acadien a connu comme évolution, en fut une pour se rapproprier son identité massacrée, écrasée et dispersée. Les Acadiens ont tout fait pour préserver leur identité et la faire reconnaître de par le monde.

C’est la force d’un peuple, sa fierté, son identité propre qui attirent les regards du monde entier. C’est à cause de cela que nous avons su attirer des étudiants venus de l’ensemble de la francophonie mondiale, et non à cause de ce criminel que fut Monckton. Ils sont venus ici parfaire leurs connaissances et leur éducation à notre institution d’enseignement supérieur qui, soit dit en passant, est la seule université acadienne de la province. Ils sont venus côtoyer le peuple acadien et cela n’a rien à voir avec Monckton. L’heure est enfin arrivée pour corriger cette aberration de notre histoire.

Le moment est enfin arrivé pour que nous redonnions à notre université, un nom qui reflète notre identité, notre territoire d’appartenance et notre langue.

Je ne peux croire un instant, qu’un seul membre du conseil des gouverneurs de notre université ne comprenne cela. S’ils font la sourde oreille aux aspirations du peuple acadien, c’est non seulement le nom de l’université qu’il faudra changer, mais ceux qui la dirigent. Car n’y aurait-t-il pas lieu à ce moment de s’interroger sur le processus d’élection des membres au sein du conseil des gouverneurs. Ceci n’est pas une menace, mais un rappel de la démocratie. Car le peuple s’exprime et il doit être écouté.



Wilfred Roussel
Le Goulet