Opinion

Je reste “UNI”


Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com


De mémoire d’homme, jamais je n’ai vu une opération de changement aussi catastrophique que celle que la coopérative financière UNI vient de nous servir. Sur le plan des communications, on n’aurait pas pu faire plus mal. Considérons cela comme un gros accident de parcours.

Même si le président Moreau a fini tardivement par se confondre en excuses, son acte de contrition semble avoir été pénible à éclore. Pourtant, dans de telles circonstances, la rapidité à réagir clairement, dans la transparence, eût été de mise. Qui aime bien, châtie bien : on aime nos caisses populaires acadiennes, mais là il faut la gronder avec force.

Ces reproches circonstanciels bien mérités ne doivent cependant pas déborder. On doit déplorer avec vigueur ces membres qui décident dans les circonstances de se retirer d’UNI. C’est une médecine exagérée. C’est dans les difficultés que l’on mesure mieux la dose de fidélité et d’engagement face à un fleuron national comme UNI.

Comme nous n’aurons toujours qu’une université acadienne au Nouveau-Brunswick, nous n’aurons toujours qu’une seule institution financière et acadienne digne de ce nom en cette province, et c’est UNI. Ce n’est pas le temps d’abandonner ce navire amiral.

Heureusement que plusieurs lettres à l’opinion du lecteur lancent justement un appel à rester à bord. Je fais partie de cette confrérie. Depuis 1936, les caisses populaires acadiennes sont une création de l’Acadie parmi les plus ancrées au sein du peuple acadien. C’est à coups de cinq ou dix sous que l’on a bâti ensemble cette gigantesque institution. Elle fait partie de l’histoire quotidienne de nos villes et villages.

Quand on a changé le nom de la Fédération des caisses populaires acadiennes pour UNI, j’étais contre cette fois-là. Je trouvais que c’était une régression patriotique en abandonnant l’appellation acadienne dans le nom de notre coopérative financière. Je le pense encore, mais je n’ai pas abandonné pour autant les caisses acadiennes, comme je ne le ferai pas cette fois-ci.

Dans une chronique antérieure, je reprochais aussi à UNI de s’absenter des grands débats nationaux qui assaillent l’Acadie. Du temps de Martin Légère ou de Richard Savoie, la Fédération était présente dans tous les dossiers concernant l’Acadie. Elle assurait une présence continue dans le devenir acadien. Si UNI avait maintenu actives ces pratiques d’antan, peut-être qu’elle aurait moins de problèmes à faire appel à la fidélité des membres aujourd’hui.

Faisons une analogie avec le hockey. Les Canadiens de Montréal n’ont pas gagné de Coupe Stanley depuis 1993. Depuis ce temps, ils trônent dans les bas-fonds de la ligue. Bizarrement, il semble que plus de 95% des partisans des Canadiens leur soient restés fidèles malgré tout. Et moi, je suis devenu partisan. Durant toutes ces années, on a procédé à plusieurs occasions à des embauches et à des congédiements de directeurs généraux, d’instructeurs en chef et de joueurs, sans résultat probant. Avec UNI, il serait tentant de demander que son président, Robert Moreau, soit congédié pour ce fiasco. Mais nous n’irons pas jusque-là.

Au-delà des désagréments qu’UNI nous fait subir dernièrement, il nous faut resserrer les rangs malgré tout. L’Acadie moderne du Nouveau-Brunswick aspire à se doter d’institutions homogènes les plus autonomes possible. Tel est l’objet de la transition générée par UNI, en s’affranchissant de Desjardins. On doit la saluer favorablement pour ça.

Ça finit toujours par s’arranger avec l’informatique. Il n’y a aucune raison pour qu’UNI ne puisse surmonter à moyen terme les défis technologiques qui l’accablent actuellement. Plus que jamais, la patience est une vertu dont on doit se doter. La devise nationale de l'Acadie est “L’union fait la force”. Moi, je reste “UNI”.