Opinion

Il y a plus urgent qu’un changement de nom


En 1963, Louis Robichaud créait une université de langue française au Nouveau-Brunswick suite à une recommandation de la Commission Deutch. Les pères de Sainte-Croix, étant déjà à Moncton depuis 1953 dans l’édifice de l’Académie du Sacré-Cœur de la rue Church, on les invite donc à prendre la responsabilité de l’enseignement supérieur.

Ceux-ci, avec le père Clément Cormier en tête, devant l’ampleur du projet, demandent aux membres de la Commission de sonder les intérêts des pères eudistes (collèges de Bathurst et d’Edmundston) face à la responsabilité de l’enseignement supérieur. Ces derniers refusent, disant que les prêtres se font rares et que les plus jeunes eudistes sont peu intéressés aux tâches administratives et professorales. De plus, la congrégation ne veut pas mettre en danger le fond de retraite de peur de compromettre l’avenir de ses prêtres vieillissants.

Les pères de Sainte-Croix acceptent d’entrer dans l’aventure à leurs risques et périls. En créant l’Université, le gouvernement y investissait peu d’argent, l’ensemble des fonds allant à l’Université du Nouveau-Brunswick. Qui donc allait se porter garant?

On n’a pu s’entendre sur l’appellation « Notre Dame », laquelle aurait pu être le nom de l’Université. Il fallait donc faire vite, car il fallait procéder à l’adoption de l’acte d’incorporation. Louis Robichaud et quelques autres se mirent de la partie et passèrent de bons moments à examiner une longue liste de suggestions. Le nom choisi sera « Université de Moncton » pour indiquer le lieu où la nouvelle corporation serait établie. L’appellation n’a posé aucun problème depuis soixante ans, sauf quand quelques-uns des nôtres sortent avec l’idée que si nous devions garder ce nom, cela voudrait dire que nous honorons le bourreau des Acadiens, Robert Monckton, idée que les gens trouvent farfelue et fausse. Le nom indique tout simplement le lieu où est située l’Université comme c’est le cas de nombreuses autres institutions de haut-savoir. Rien de plus.

L’Université est petite et fragile. Nous n’avons pas de gros donateurs comme il s’en trouve dans les grandes universités américaines. Elle s’est quand même fait une réputation. Elle est connue au pays, en France et dans les pays francophones d’Afrique. Les étudiants sortent fiers d’un diplôme sur lequel on peut lire le nom de l’institution et la mention du degré. Ils n’ont pas envie de s’en aller avec un parchemin d’une entité qui pourrait ne plus exister dans quelques années. Une étudiante m’a dit : «Vous nous laissez avec une planète malade, une démocratie boiteuse, la menace d’une guerre nucléaire et tout ce que vous avez à nous dire c’est d’affronter ce monde avec une forte dette étudiante et un diplôme d’une entité qui pourrait très bien ne plus exister éventuellement. Un bel héritage!»



Hector J. Cormier
Moncton