Opinion

Gouvernement minoritaire en vue!


Selon notre premier ministre, Blaine Higgs, le Nouveau-Brunswick a besoin d’une élection maintenant, une année avant les élections d’octobre 2024 prévues par la Loi électorale. Pourquoi? Selon lui, il ne peut plus gouverner la province avec sa majorité de dix députés.

C’est bien son droit d’avoir une telle opinion, mais la vraie question c’est, s’il peut conserver sa majorité. À mon avis il finira avec une majorité réduite ou sera minoritaire.

Il va perdre des sièges pour trois raisons: son bilan n’est pas reluisant, la division à l’intérieur du parti et l’organisation chancelante de certaines circonscriptions.

Le bilan de Blaine Higgs n’est pas remarquable. Il n’a pas pris les bonnes mesures pour régler la crise toujours persistante en santé. Il n’a pas considéré la situation alarmante du manque de professeurs et de ressources dans le système scolaire. Il a refusé de prendre les mesures nécessaires pour atténuer la crise du logement qui affecte des milliers de citoyens à moyen et bas revenu. Il refuse de s’engager dans l’énergie renouvelable et préfère gaspiller l’argent des contribuables dans un projet chimérique d’énergie nucléaire. Il refuse de négocier de bonne foi avec les communautés autochtones. Il a refusé d’améliorer la Loi sur les langues officielles. Il a créé de toute pièce une division sociale sur la question du genre. Et j’en passe. Je vous demande : avec son fiasco dans tous ces importants dossiers, quel programme Blaine Higgs peut-il nous présenter pour nous convaincre de voter encore une fois pour lui.

Les élections c’est comme une guerre. Ça prend un général, un état-major solide, du financement, mais avant tout des troupes motivées.

Présentement, le parti conservateur a un général et de l’argent, mais il manque cruellement d’un état-major solide et de troupes motivés. La fronde de six importants ministres du Cabinet ainsi que la lettre de demande de révision du leadership de Blaine Higgs signée par de nombreux présidents de circonscription conservatrices ont fragilisé la direction du parti. Plusieurs des députés, dont Bruce Fitch, député depuis 2003 et ministre très influent dans le parti conservateur, se sont prononcés publiquement contre la tenue d’une élection hâtive.

Ses propositions de changements sur l’immersion en français, sur la démocratie dans les conseils d’administration des régies de santé et des conseils scolaires anglophones, sur la question de langue, sur la question de genre, etc., ont mobilisé une opposition publique importante qui s’est répercutée chez les membres du parti. Présentement, le parti est divisé entre les conservateurs de droite et les progressistes-conservateurs. Les membres dans les six circonscriptions des six dissidents sont encore plus démobilisés.

De plus, lors de l’élection générale de 2020 et l’élection partielle de 2022, six des députés (Réjean Savoie dans Baie-de-Miramichi-Néguac; Daniel Allain dans Moncton-Est; Greg Turner dans Moncton-Sud; Arlene Dunn dans Saint John Harbour; Jill Green dans Fredericton-Nord et Margaret Johnson dans Carleton-Victoria) ont gagnés avec une majorité de moins de 1 000 votes. Ce sont pour la plupart des circonscriptions historiquement libérales. La division des troupes lui fera probablement perdre ces circonscriptions. Il faut donc prévoir un gouvernement minoritaire. On sait que le Parti vert refusera d’appuyer un gouvernement minoritaire de Blaine Higgs, ce qui ouvrira la porte à Susan Holt pour former un gouvernement minoritaire libéral soutenu par les Verts.

Blaine Higgs veut une élection, mais je crois que tous les activistes et membres du parti conservateur devraient se demander s’ils peuvent expliquer aux membres de leur famille, à leurs voisins et au public pourquoi il faut dépenser maintenant plus de 12 millions de dollars pour cette élection lorsqu’on fait face à des besoins financiers criants dans différents services publics. Cette élection hâtive non nécessaire ne servira qu’à exacerber les présentes tensions sociales.



Jean-Claude Basque
Moncton