Opinion

Chérir notre patrie


Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com


C’est dans la joie et l’enthousiasme que nous allons une fois encore célébrer avec raison et passion notre fête nationale du 15 août. Mais comme le disait le juriste Michel Doucet, parfois on souhaiterait que l’on célèbre à l’année notre peuple, soit pendant 364 jours, et que le 15 août serait un jour de repos.

Comme je l’ai écrit auparavant, une petite pomme n’est pas moins pomme qu’une grosse pomme. Il en est de même pour ce qui est des peuples. Un petit peuple comme le nôtre n’est pas moins peuple que les grands peuples, qu’ils soient français, portugais ou haïtien. Nous devons en être fiers.

Notre chemin vers l’existence a été cahoteux, quoique teinté de résilience et de persévérance. Nous fêtons cette année le cinquantième anniversaire de la création de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, de même que le soixantième anniversaire de l'Université de Moncton. Nous sommes très redevables à ces deux institutions pour les rôles majeurs qu’elles ont joués dans l’avancement de nos droits linguistiques, et dans l’épanouissement exponentiel de notre peuple. Pour bien célébrer l'Université de Moncton, il serait souhaitable qu’elle se dote d’un nom clairement acadien, à l’image centrale qu’elle représente pour nous.

Cependant, sous le gouvernement Higgs, notre existence n’a jamais été aussi ébranlée depuis deux ans. Deux secteurs en particulier ont subi des attaques frontales : le monde municipal et la santé.

Bien que la réforme municipale fût souhaitée et désirée, deux composantes manquantes en fragilisent la pleine réalisation. Premièrement, le gouvernement provincial n’a pas mis suffisamment d’argent dans la nouvelle gouvernance locale, ce qui hypothèque considérablement les chances de succès de cet exercice. Deuxièmement, le pouvoir discrétionnaire accru, pour ne pas dire totalitaire, que l’on a octroyé au ministre des Gouvernements locaux sur les décisions des autorités municipales, atténue grandement leur capacité d’action.

En santé, l’élimination des conseils d’administration des deux régies, dont certains membres avaient été élus démocratiquement, déshabille les communautés acadienne et anglophone de leur pouvoir de gouvernance en santé. L’établissement de nouveaux conseils composés exclusivement de petits amis du système est une aberration. Cette manœuvre apparaît comme étant inconstitutionnelle. Nous savons que la santé est le dossier qui préoccupe le plus notre communauté. Il faudra encore une fois remonter sur les barricades pour que la justice soit rendue.

Même en pleine fête nationale, on ne peut ignorer les enjeux qui nous assaillent. Mais il est vrai que nous devons surtout nous concentrer sur les réjouissances. Et elles peuvent être nombreuses. Encore une fois, c’est le monde artistique qui nous apporte les grandes joies et les grandes satisfactions. Après les Hôtesse d’Hilaire, Lisa LeBlanc et les Hay Babies qui ont occupé le devant de la scène depuis plusieurs années, on a vu apparaître de nouveaux excellents groupes et chanteurs depuis deux ans : on pense à Salebarbes (les nouveaux 1755), La Patente, Simon LeBlanc, Maggie Savoie, Caroline Savoie, P’tit Belliveau et plein d’autres. Il est époustouflant de constater qu’avec 300.000 personnes, l’on produise au prorata autant d’artistes de qualité. Même une Édith Butler, du haut de ses 80 ans, a retrouvé cette année un regain de vie spectaculaire.

Les milieux du cinéma et de la télévision ne sont pas en reste. Plusieurs productions ont été réalisées depuis quelques années et plusieurs autres sont en cours, dont des fims de Phil Comeau, Renée Blanchard, Denise Bouchard, Christian Essiambre, Julien Cadieux et plein d’autres. Tout ce que font nos artistes précise et renforce notre identité nationale.

Plus que jamais, nous devons rester alertes et persévérants. Les gains du passé sont garants de l’avenir. Mais nous devons continuellement nous battre pour conserver les acquis et faire d’autres pas en avant. Pour ce faire, il faut continuellement chérir notre patrie, l’Acadie! Bonne fête nationale à toutes et tous!