Opinion

Aimer les riches acadiens


Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com


D’habitude, j’écris des textes pour exprimer mon amour du pauvre, plaidant pour qu’il soit traité plus équitablement. Mais cette fois-ci, j’ai envie de me réjouir du fait qu’il y a de plus en plus de riches acadiens. Plus je vieillis, plus je m’appauvris personnellement, mais beaucoup autour de moi s’enrichissent.

Plusieurs de ces personnes proviennent des fonctions publiques provinciale et fédérale. Tout en défendant ma paroisse syndicale, ces personnes doivent réaliser que sans des syndicats forts, elles n’auraient jamais autant bénéficier de ceux qui se sont battus pour de meilleurs salaires, de bonnes conditions de travail, et finalement de bonnes pensions.

Aujourd’hui un jeune, qui entre dans la fonction publique fédérale avec un baccalauréat ou une maîtrise, peut faire plus de 100.000 dollars par année en salaire après cinq ou six ans d’ancienneté. C’est phénoménal, et ça doit être salué positivement.

Il ne faut pas oublier que plusieurs de ces riches acadiens ont accédé à la fortune par le biais de leur entreprise privée. On pense tout de suite aux Savoie de Saint-Quentin, aux Foulem de Caraquet, aux Nadeau de Saint-François, aux crabiers de la Péninsule, et plein d’autres. Le fait qu’il y ait autant de nouveaux riches en Acadie est un signe de maturité collective.

Plusieurs de ces entreprises acadiennes ont été de bons citoyens corporatifs en ce sens qu'elles ont contribué au financement d’activités communautaires et d’infrastructures. Elles ont fait sentir leur présence dans leurs milieux, et c’est tout à leur honneur.

Je suis content d’avoir travaillé pour l’Union des pêcheurs des Maritimes (UPM), ce qui m’a permis en partie de contribuer à l’enrichissement actuel des pêcheurs côtiers. Il en est de même pour avoir travaillé dix ans à la Fédération des travailleuses et des travailleurs du Nouveau-Brunswick (FTTNB).

Le hasard de la vie fait que je suis de plus en plus entouré de gens riches, même de millionnaires. Plusieurs d’entre eux sont très généreux. Ça fait de belles bouffes et de bonnes agapes. À travers leurs nombreux récits de voyages, je voyage aussi.

Je ne veux pas laisser croire que tous les riches acadiens soient des saints. Certains d’entre eux paradent dans le bureau du recteur actuellement pour menacer l’université de ne plus contribuer à son financement si le nom changeait. Foutaise! Il n’y aura toujours qu’une université acadienne au Nouveau-Brunswick. Très vite, ces réfractaires reviendront au bercail pour financer notre seule et unique université. Autant il y aura des financiers acadiens qui retireront leur financement de l’université, autant il y aura de nouveaux riches acadiens pour les remplacer.

Un des gros désavantages d’avoir des fonctions publiques bien payées, c’est que plus les fonctionnaires montent dans la hiérarchie, plus ils ferment leur gueule sur les plans politique et social. On perd ainsi plein de talents et d’énergie pour la défense et la promotion de nos droits collectifs. En contrepartie, il est reconnu que des hauts fonctionnaires ont été des alliés actifs et déterminants dans l’avancement de nos droits à l’intérieur des machines gouvernementales. Ce n’est pas négligeable.

Jamais, dans son histoire, la société acadienne du Nouveau-Brunswick n’aura compté autant de personnes riches en son sein. Une croyance laisse entendre que, plus tu deviens riche, moins tu es patriote. Mais une autre croyance laisse aussi entendre que plus les riches prennent leur retraite, plus ils redeviennent militants et engagés. J’en connais plusieurs, et ça me réjouit. Plus que jamais, en ces périodes de temps difficiles, nous aurons besoin d’eux.

Eh oui, autant j’ai aimé et j’aime les pauvres, autant j’en suis rendu à la conclusion que j’aime aussi de plus en plus les nouveaux riches acadiens. Ils ont un nouveau rôle déterminant à jouer pour la pérennité de notre peuple. Bon retour sur les barricades à ces nouveaux riches acadiens!