Opinion
27 Juillet 2022
La santé est malade
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Rien ne va plus dans le monde de la santé, et c’est désolant. Même si ça semble pareil partout, c’est ici au Nouveau-Brunswick que ça nous fait le plus mal.
Comme un forcené, le Premier ministre Higgs a décidé impulsivement de mettre la hache dans le système : dehors la ministre Shephard, tutelle des deux régies de la santé, expulsion du PDG d’Horizon… Une médecine de cheval, comme on dit ! Mais était-ce les bonnes mesures à prendre ? Ça pourrait faire l'objet d'une poursuite judiciaire, comme le laissent entendre les juristes Michel Doucet et Serge Rousselle.
Selon des spécialistes, l'approche de Higgs est un peu trop radicale. Il faut garder à l’esprit que le système de santé est en crise. Une crise qui s’est exacerbée depuis la pandémie de Covid-19. En procédant comme il l’a fait, Higgs n’a fait qu’ajouter de la pression sur un système déjà grandement fragilisé.
Ce n’est pas d’hier qu’il y a des problèmes dans le système de santé. Depuis la création de deux réseaux, lors de laquelle on a voulu nous faire croire que la communauté acadienne aurait le contrôle de sa gouvernance en santé, on fonctionne sur des prémices de départ mensongères. Nous n’avons jamais eu le contrôle de la gouvernance en santé. Tout est contrôlé et centralisé à Fredericton.
De plus, la composition bicéphale des deux régies est problématique au point de départ. En effet, que les conseils d’administration de ces régies soient composés de huit élus et de sept nommés, constitue en partant une difformité. Plusieurs des élus du conseil d’administration l’ont été en cumulant plus de votes qu’une majorité de députés lors des dernières élections provinciales. Mais en bout de ligne, cette caution démocratique n’est pas considérée dans les faits. Pour que ça le soit, il faudrait que tous les membres des conseils d’administration soient élus, comme le clament plusieurs groupes de pression, dont Égalité Santé en français. J'ai été un membre élu dans le conseil d'administration de Vitalité : je me suis senti inutile.
Il y a trop de centralisation dans la façon de gérer la santé au Nouveau-Brunswick. On doit retrouver aux niveaux local et régional un certain sentiment d’appartenance au système. Ne devrait-on pas ressusciter des conseils d’administration d’hôpitaux élus ? Et le Réseau de santé francophone pourrait-il avoir un conseil d’administration d’élus émanant des conseils d’administration locaux ? Il faut y réfléchir. Et ce conseil devrait pouvoir embaucher le PDG. Ça prendrait dans le système de santé une réforme en profondeur, comme on l'a fait dans le domaine de la gouvernance locale.
Une chose est sûre, le statu quo n’est plus possible. On a voulu à un moment donné réduire les difficultés de Vitalité à la personnalité de son directeur général. On a pourtant une autre directrice générale et les problèmes ne semblent pas se résorber. Vitalité souffre d'un profond problème qui relève de sa culture du secret et de centralisation.
Il est inacceptable que l'on ait perdu quatre oncologues coup sur coup à Dumont. Il y a eu un manque flagrant de "monitoring" dans la gestion de ce problème. Une enquête publique sur cette situation devrait avoir lieu.
On ne règlera pas le problème de recrutement du personnel tant que l'on ne saura pas créer des milieux de travail sains dans le domaine de la santé. Les milieux de santé devraient être les premiers à se préoccuper des conditions mentales et physiques dans ses lieux de travail. Manifestement, ce n'est pas le cas actuellement. Une gestion décentralisée et de proximité saurait peut-être créer ces lieux de travail plus sains.
Les problèmes en santé semblent universels. Mais ce qui importe, c'est que ces problèmes se règlent rapidement au niveau provincial. Je ne suis pas convaincu que la venue du nouveau ministre Fitch et des deux fiduciaires soit l'ultime solution. Ça prendrait une unité de commandement de choc. Mais ce qui est clair, c’est que la situation actuelle ne peut plus perdurer.
Jean-Marie Nadeau
jmlacadie1@gmail.com
