École anglophone à Dieppe : à quel prix?
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Je lis, j’écoute, et plus j’y pense plus je suis inquiet.
Le projet d’implanter une nouvelle école anglophone à Dieppe est peut-être présenté comme une simple réponse à un besoin logistique. Mais pour nous, Acadiens, ce n’est jamais seulement une question d’écoles. C’est une question de survie.
Dieppe n’est pas une ville comme les autres. C’est l’un des rares endroits en Acadie où nous sommes majoritaires. Ce n’est pas un détail statistique. C’est ce qui nous permet de vivre en français au quotidien dans nos commerces, dans nos loisirs, dans nos institutions.
Or, même ici, le français demeure fragile. Il suffit de regarder autour de nous pour constater à quel point l’anglais exerce une pression constante. Ajouter une école anglophone au cœur même de ce bastion francophone, c’est ouvrir une porte de plus à cette pression.
On nous dira que ce n’est qu’une école. Mais une école, c’est plus qu’un bâtiment. C’est un aimant. C’est ce qui attire des familles, ce qui façonne un milieu de vie, ce qui influence la langue dans la rue. À terme, c’est l’équilibre linguistique qui en est affecté.
Et pendant ce temps, que disent nos candidats municipaux? Pas grand-chose.
Je le sens prudents, trop prudents. Comme s’ils marchaient sur des œufs de peur de froisser un électorat anglophone de plus en plus présent. Je comprends la politique et la nécessité de rassembler. Mais il y a des moments où le silence devient une prise de position en soi.
On ne peut pas, d’un côté, se dire fier de notre identité acadienne, et de l’autre éviter le débat quand elle est en jeu.
Je ne dis pas qu’il ne faut pas répondre aux besoins des anglophones. Bien au contraire. Mais pourquoi ici? Pourquoi à Dieppe, précisément? N’y a-t-il pas d’autres solutions, d’autres emplacements qui respecteraient davantage cet équilibre fragile?
Ce que je constate, c’est qu’on évite la question fondamentale: quel avenir voulons-nous pour Dieppe?
Une ville francophone forte, assumée, qui continue de rayonner? Ou une ville comme les autres, où le français devient peu à peu une langue parmi d’autres qui finira par disparaître sous un mascaret d’anglais?
À une semaine du scrutin, j’aurais aimé entendre des positions claires. J’aurais aimé qu’on me dise, sans tergiverser, où l’on se tient.
Alors aujourd’hui, je me retrouve dans une position inconfortable. Je ne sais pas pour qui voter. Et ce n’est pas faute de m’y être intéressé.
Raymond Lafrance
Dieppe
